Joaquin Phoenix, le joker renaît de ses cendres

Mélaine Lhomme, 16/10/2019


Cela fait des mois que les fans de la nemesis de la célèbre chauve-souris de Gotham attendent et le jour “J” est enfin arrivé : le film Joker est sorti dans les salles obscures le mercredi 09 octobre dernier. Alors que la DC Entertainment laissait tomber les informations au compte-goutte, les inquiétudes étaient nombreuses quand on connaît le tournant qu’avait pris la franchise ces dernières années.

Joker affiche

Un nouveau Joker, une nouvelle histoire

De Cesar Romeo à Joaquin Phoenix, en passant par Jack Nicholson, Heat Ledger ou Jared Leto : a chaque acteur, son Joker. Pour la DC, 2019 a comme un goût de changement. Pour ce film solo du Joker, il n’est pas question de mettre en scène une énième prise de bec entre le Joker et Batman. Il est question d’Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté qui tente de gagner sa vie dans la rue en tant que clown. Un jour, il est agressé ; remettant en question tout ce à quoi il croyait. Méprisé et prenant conscience que le faible est toujours la proie du plus fort, il sombre peu à peu dans la folie, donnant ainsi naissance à Joker. Le film met donc l’accent sur les origines du personnage, un homme brisé par la vie.

Photocollage 20191014 140550179Joaquin Phoenix, nouveau visage du Joker

Joaquin Phoenix est le nouveau visage du Joker sur le grand écran. Cette nouvelle avait fait grand bruit dans le milieu du cinéma, provoquant une vague de réaction. Une partie de celle-ci était satisfaite du choix, rien d’étonnant quand on connaît le parcours de l’acteur. Quant à l’autre, elle était plutôt mitigée. Difficile de passer après l’interprétation de Heath Ledger alors considérée comme le meilleur Joker de tous les temps. Cette dernière étant qualifiée de chef d’oeuvre (d’où un oscar !) et collant parfaitement au personnage du comic. 

Pour autant, ce nouveau Joker est bien à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer. Très rapidement, les avis positifs se sont imposés.Joaquin Phoenix est le nouveau Joker. La prestation est telle que le film de Todd Philipps est salué à la Mostra de Venise par un magnifique Lion d’Or. Désormais, on ne juge plus Phoenix en le comparant à Ledger, on les place sur un pied d’égalité.

Pour aborder ce nouveau Joker, Joaquin Phoenix a subi huit longs mois de préparation dont quatre d’un régime intensif. Ce dernier lui a d’ailleurs permis de perdre pas moins de 23 kilogrammes ! De quoi mettre en condition, puisque d’après Todd Philipps, son Joker se devait de paraître physiquement malade, au moins autant que son esprit dérangé. Joaquin Phoenix s’est donc nourri de fruits et de légumes à la vapeur sous la direction d’un médecin puisqu’un tel régime a forcément des conséquences sur l’esprit humain. A cela, il faut ajouter les heures de travail que l’acteur a passé à perfectionner son rire, les cours de danse et de contorsion … Joaquin Phoenix a souhaité offrir sa propre interprétation du Joker, différentes des précédentes versions du personnage et collant à l’histoire du comic. Todd Philipps lui avait accordé une grande liberté dans celle-ci.

Un film polémique

Joker a fait une entrée fracassante totalisant rien qu’en France, 1 357 118 entrées en 5 jours, réalisant le 4e meilleur démarrage de l’année au cinéma. Pourtant, même si ses scores sont aussi bons outre-atlantique, le film est entouré d’un certain nombre de polémique. Lors des avants premières déjà, les critiques avancent que le film fait l’apologie de la violence et les craintes sont que ce nouveau Joker devienne la figure d’une souche nouvelle de criminalité. Le film est truffé de références mais le problème est que cet espace géographique (Amérique du Nord dans les années 80) est celui qui comptabilise le plus de morts par arme à feu (arme principale du film).Face à cette montée au créneau des avis négatifs, la Warner n’a eu d’autre choix que de préciser que le film ne prônait aucunement la violence. La police de New York mais aussi celles d’autres villes nord américaines, avaient placé des agents en civil au sein des cinéma lors des projections. 

Toutefois, un autre sentiment, plus surprenant encore que la violence, a animé le coeur des spectateurs : l’empathie. 

Arthur Fleck, un Joker marqué par une profonde humanité

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Alors que le Joker est l’ennemi attitré de Batman, il a tendance à s’attirer les foudres des fans. Et étonnamment, la version de 2019 est très loin de ce cliché du clown détraqué qui ne jure que par la mort et la folie. Bien au contraire, le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine empathie pour cette homme, Arthur Fleck, qui sombre dans les méandres de la folie à cause d’une vie et d’une société qui le détruit petit à petit. Le spectateur parvient même à s’identifier au personnage, comprenant la douleur qui le consume et allant même jusqu’à justifier ses actes.

Ce mal-être, éprouvé par le personnage de façon croissante tout au long du film, est caractérisé par un rire qu’il ne parvient pas à retenir lors des situations fortement émotives. Qu’il s’agisse de joie, de tristesse, de colère ou de douleur, Arthur rit. Et ce rire est pour lui tantôt une arme, tantôt un handicap. Ce rire est donc indépendant de sa volonté, comme une part de lui-même qui cherche à sortir pour montrer de quoi il est capable. Le Joker qui est enfermé et qui ne souhaite qu’une chose : vivre (ce qui manque cruellement à Arthur).

Résultat : un clown teinté d’une tristesse incommensurable, condamné à pleurer derrière son immense sourire rouge et ses mimiques ironiques, tout en parcourant le chemin tracé d’une vie pathétique qu’il aurait rêvé grandiose. Et qui un jour, craque.

Ce film profond qui aborde un sujet très actuel entre violence et douleur, offre un focus sur la vie d’un homme maltraité par une société élitiste.. Les avis sont donc très tranchés sur la question et la meilleure façon de se forger sa propre opinion est de se ruer dans une salle obscure afin de visionner le film.

 

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