Jojo Rabbit : La guerre à hauteur d’enfant

Victor Bouteiller, 14/02/2020


/!\ ATTENTION SPOILER /!\

Le 29 janvier dernier est sorti le nouveau film de Taika Waititi (réalisateur de Thor Ragnarok). À peine sorti en France, ce dernier a remporté l’oscar du meilleur scénario adapté lors de la 92ème cérémonie des Oscars, le 9 février. Adapté du roman Le ciel en cage de Christine Leunens, le film nous raconte l’histoire de Johannes,  « Jojo », Betlzer, 10 ans, et son envie d’intégrer un clan. Il comble cette envie en intégrant un camp de la jeunesse hitlérienne, appelé Jungvolk. Fidèle patriote allemand et naïf, le jeune garçon construit ses convictions avec l’aide de son ami imaginaire, Adolf Hitler. Sa vie et sa vision des choses changent lorsqu’il découvre que sa mère, jouée par Scarlett Johansson, cache une jeune juive dans leur maison.

Taika waititi oscar

Taika Waititi posant avec son oscar

Un « Feel-Good movie » comme imposture

Derrière la bande-annonce, qui promettait un film comique et rocambolesque, se cache un long métrage à la fois drôle, provoquant, émouvant, poétique et réfléchi. Tout d’abord, le générique semble annoncer un film comique, puisqu’on assiste à une véritable « Hitlermania », sur fond d’images d’archives du Führer, accueilli par des hordes de fans hystériques. On assiste à une parodie de l’accueil des Beatles en Amérique, avec en bande-son leur célèbre titre « I want to hold your hand » en allemand. Le film confère donc un statut de rock star au dictateur, sur un ton irrévérencieux et insolent. C’est une entrée en matière pleine d’humour noir, que l’on retrouve d’ailleurs tout au long du film, avec le langage des enfants, les exercices du camp et l’ironie.

Tout ce qui apparaît à l’écran est bien ficelé, notamment les ruptures de ton opérées par Taika Waititi. Par exemple, on peut aisément passer d’une scène mignonne, comme celle où Jojo parcourt la ville et poursuit un papillon, à une scène tragique où ce papillon l’amène aux pieds de sa mère, pendue pour avoir soutenu les Alliés. Il s’agit certainement de la scène la plus triste et la plus en rupture avec l’esprit feel-good du film. Le réalisateur tient à rappeler que nous sommes dans un contexte de guerre en mettant une claque au visage du spectateur.

Cependant, on trouve aussi l’exemple inverse avec la scène de la Gestapo. Dans cette partie du film, Jojo se retrouve face à des membres de la Gestapo, venus examiner sa maison de fond en comble. Se met alors en place une tension, le spectateur étant au courant de l’existence de la juive hébergée dans la maison. Néanmoins, le ton tragique bascule lorsque le comique prend le dessus avec la ridiculisation des saluts hitlériens, donnant lieu à une scène tendue au possible, mais procurant des rires nerveux à chaque salut.

La guerre à hauteur d’enfant

Le coup de maître de Taika Waititi réside dans le fait qu’il a réussi à retranscrire les horreurs, et les affres de la guerre, à travers un regard enfantin. On le constate surtout avec le personnage de Yorki (Archie Yates), qui agit pour l’armée allemande, aveuglément, mais qui ne comprend pas pour autant pourquoi les nazis en ont après les juifs. Ensuite, le personnage de Jojo et ses propos, bien que virulents envers les juifs, paraissent inoffensifs dû à son insouciance et sa naïveté. Comme le dit Elsa (la jeune juive cachée), Jojo n’est pas un nazi, c’est juste un gamin de 10 ans qui aime les croix gammées et qui veut faire partie d’un clan.

Jojo and elsa

Elsa et Jojo, l’amour fraternel

C’est au moment de la découverte d’Elsa que Jojo paraît le plus fragile. Taika Waititi tourne ce dernier comme un film d’horreur et c’est cette horreur qu’éprouve Jojo envers les Juifs qui se retournent contre lui. Dans le fond, le film nous montre un enfant qui agit par fanatisme plutôt que par réelle idéologie, montrant au passage qu’Hitler avait plus ce statut d’idole que de tyran auprès du peuple.

La poésie comme toile de fond

Tout au long du film, la relation entre Elsa et Jojo va évoluer, jusqu’au moment où Jojo se rendra compte de l’amour qu’il éprouve pour cette dernière, qui l’aime comme un petit frère. Il se rend compte de cela lorsqu’on voit les papillons dans son ventre, un beau moment du film, très enfantin. Le rapport à l’enfance est d’ailleurs très bien travaillé. En effet, Rosie Betlzer par exemple, doit assumer son rôle de mère mais aussi celui de père, en jouant littéralement son rôle. Lors des disputes avec son fils, ou lors des balades, elle agit comme une enfant face à un Jojo plein de convictions. Mise à part cela, l’autre aspect enfantin et poétique du film est la romance homosexuelle entre le Capitaine Klenzendorf et Finkel. La tension transparaît tout le long, sur fond d’humour mais sans jamais paraître niais, cliché ou étrange. C’est juste enfantin, drôle et mignon.

En conclusion, « Jojo Rabbit » est un film profondément beau, dans lequel un jeune garçon se questionne sur les rumeurs qu’on peut dire des autres, notamment des juifs, et se libère de la pensée qu’on lui impose. Il découvre ce qu’est l’amour à travers les fausses lettres qu’il lit à Elsa et il devient conscient de ce qu’est la notion de sacrifice avec la mort de sa mère ou du Capitaine K.

En somme, Jojo mûrit grâce à ce qui l’entoure, refusant à la fin le fanatisme aveugle d’Hitler, le dégageant littéralement de sa vie. Le film se clôt sur une danse, symbole de liberté, avec comme musique « Heroes » du regretté David Bowie. Tout comme pour les deux enfants, les frissons s’installent, un léger rictus s’en suit, et la musique nous emporte. « Jojo Rabbit » est un voyage à travers les émotions, offrant des escales durs et drôles, sans jamais trop s’attarder dessus. Nous ne pouvons que vous conseiller d’aller le voir, vous n’en sortirez pas indifférents !  

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 14/02/2020