Pardonner l’impardonnable : Forgiven

Mélisande Queïnnec, le 09/01/2019


Près de dix ans après la sortie d’Invictus, biopic sur Nelson Mandela, une autre figure de la réconciliation sud-africaine s’apprête à vivre son heure de gloire au cinéma. Le film Forgiven, en salles aujourd’hui, met en scène la confrontation entre l’archevêque Desmond Tutu, artisan de la paix en Afrique du Sud, et un détenu particulièrement violent. 

11a8f2c1 2001 4b6a a612 9cd932575d04

Forgiven, le film événement de ce début d'année

«Faîtes le bien, par petits bouts, là où vous êtes ; car ce sont tous ces petits bouts de bien, une fois assemblés, qui transforment le monde». Archevêque noir sud-africain, Prix Nobel de la Paix en 1984, Desmond Tutu a pris la tête de la TRC (Truth and Reconciliation Commission) en 1995, après la fin de l’apartheid. La commission, créée par Nelson Mandela, visait à réconcilier Noirs et Blancs dans une Afrique du Sud encore à feu et à sang, et à amnistier les criminels de guerre en échange de leur confession.

Qui mieux que Roland Joffé pouvait dépeindre la vie de Desmond Tutu ? En 1984, déjà, il faisait entendre la voix des victimes du régime de Pol Pot dans son premier film, La Déchirure. Dans son nouveau long-métrage, Forgiven, inspiré de la pièce de théâtre L’Archevêque et l’Antéchrist de Michael Ashton, il tente ainsi de retracer l’histoire de la TRC à travers les échanges de l’archevêque et d’un prisonnier, Piet Blomsfeld, ancien officier de police et candidat pour l’amnistie. Mais Blomsfeld ne semble pas éprouver le moindre regret pour ses crimes, pas même pour le meurtre d’une adolescente lors d’une opération aux motivations inconnues.

89d90305 bceb 4902 8ac4 5a5a2c16ee1c

Eric Bana dans la peau de Piet Blomsfeld

En tête d’affiche, Forest Whitaker (Zulu, Le Majordome…) dans le rôle de Tutu, et Eric Bana (La Chute du faucon noir, Munich, Du sang et des larmes…) dans celui de Piet Blomsfeld. Quasi huis-clos dans une prison de Cape Town, le film montre plutôt qu’il ne suggère - certaines scènes sont particulièrement violentes. On assiste ainsi, avec un sentiment de malaise croissant, à des rixes sanglantes entre gangs, des viols, des meurtres ou encore des violences policières… Les scènes de procès ou les réunions de la TRC nous permettent de mieux comprendre le rôle capital que la commission a joué dans la construction d’une Afrique du Sud plus soudée.

87f99298 add5 4863 8664 8357c3709811

Forest Whitaker incarnant le rôle de Desmond Tutu

On pourra cependant reprocher à Forest Whitaker de manquer de consistance dans le rôle de Tutu, vieux sage à barbe porté par Dieu et par sa conviction selon laquelle tout pécheur peut se repentir. Son jeu est parfois en deçà de ses possibilités. Eric Bana, en revanche, porte réellement le film et nous fait définitivement oublier ses quelques piètres performances dans Troie ou Hulk ! Dans le rôle de Blomsfeld, il provoque tour à tour l’indignation, la peur, la haine et enfin, le respect et l’espoir.

Le film offre aux spectateurs une fin en apothéose façon Gran Torino de Clint Eastwood, et porte un message universel : chacun mérite d’être écouté, tout le monde peut être pardonné. Un film catharsis, à voir pour se souvenir, et pour garder à l’esprit «qu’un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.».

Commentaires (1)

Ophélie
  • 1. Ophélie | 19/02/2019
Vu, et approuvé!

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 09/01/2019