Guy Bedos : hommage à un artisan de la scène française

Théo Alleaume, 04/06/2020


Figure majeure de la comédie et de l’humour, Guy Bedos s’en est allé le 28 mai dernier. C’est son fils, Nicolas Bedos, qui a annoncé sa mort sur les réseaux sociaux. Depuis, les hommages se multiplient envers un homme qui aura vécu sa vie comme il l’entendait. 

 

Guy bedos

Guy Bedos, 2006

Une enfance difficile

C’est le 15 juin 1934, à Alger, que naître Guy Bedos. Fils d’Alfred Bedos et de Hildeberte Verdier mais également petit-fils d’Alfred Letellier, ancien député de l’ex-Algérie Française de 1881 à 1883, l’humoriste en devenir est bousculé par la séparation de ses parents et son placement en pension. De plus, les relations compliquées avec sa mère et son beau-père n’arrange rien : ce dernier frappe sa mère, qui frappe son fils en retour. C’est cependant à cette période que va éclore en lui, une conscience politique humaniste qui le suivra toute sa vie. C'est cette même conscience qui lui évitera de faire la guerre d'Algérie, prétextant des problèmes mentaux.

C’est à 16 ans que Guy se décide à quitter le nid familial et vivra de petits boulots, du moins pendant un temps.

Un démarrage lent

C’est au début des années 50 que Guy Bedos s'inscrit à des cours de théâtre et d’art dramatique à l’Ecole de la Rue Blanche à Paris. A tout juste 18 ans, il mettra en scène une pièce de Marivaux : Arlequin, poli par l’amour. De plus, il intégrera la compagnie du Théâtre du petit Jacques et y tiendra le rôle de Bidibi dans Les aventures de Bidibi et Banban aux côtés de Michèle Bardollet ou encore Roger Dumas.

Cependant, malgré ce succès, le jeune homme connaît une longue période de disette et de chômage. C’est en se produisant sur la scène du cabaret de Pierre Prévert, frère de Jacques Prévert, que Guy Bedos fait la rencontre de Jacques Chazot, ancien danseur et acteur parisien. Ce dernier va proposer à Bedos d’interpréter un sketch sur scène et fort de sa performance, mais aussi poussé par Jacques Prévert, Guy va commencer à écrire ses propres sketchs et à se lancer dans l’humour.

Un artiste complet

C’est finalement en 1963 que Guy Bedos va réellement se révéler aux yeux du grand public. En effet, le producteur Pierre Kalfon lui propose d’adapter un de ses sketchs au cinéma, proposition que le jeune comédie acceptera et c’est ainsi que sortit : Dragées au poivre, aux côtés de Jean-Paul Belmondo, film qui connaîtra un franc succès. 

2 ans plus tard, c’est au côté de la chanteuse Barbara qu’il se fait ses débuts au music-hall de Bobino. Peu de temps après, il formera un duo comique avec sa première femme, Sophie Daumier, duo qui performera des dizaines de sketchs à la télévision. Après leur séparation, Guy Bedos entamera une carrière d’humoriste solo, tout en continuant d’apparaître sur le grand et le petit écran.

C’est notamment pour son rôle récurrent de Simon, un médecin couvé par une maman très possessive dans deux films : Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, réalisés par son ami Yves Robert, que l’humoriste se distinguera.

N’oubliant pas d’où il vient, Bedos reste fidèle aux planches et continue de mettre en scène des pièces et des spectacles, comme par exemple Coup de Soleil à l’Olympia avec Michel Boujenah et Smaïn. De plus, il fera un duo avec Muriel Robin en 1992. 

Toujours ouvert aux nouvelles expériences, il contribua régulièrement au journal satirique Siné  Hebdo créé par le dessinateur Siné. Une participation qui perdura jusqu’à l’arrêt de la production de l’hebdomadaire.

Un engagement qui ne l’a jamais quitté

Un peu plus haut, nous vous parlions d’une certaine conscience politique humaniste propre à Guy Bedos. Cette vision de la politique, il l’a doit à son beau-père et à sa mère : l’un était raciste et antisémite, l’autre était pétainiste. Cette aversion pour les idées de ses proches ne va plus le quitter, lui qui se dit “homme de gauche” sans soutenir un parti en particulier. 

Militant actif pour l’euthanasie, il s’implique régulièrement auprès de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et cosigna, en 2012, un appel aux candidats des élections présidentielles afin qu’ils s’engagent à déposer un projet de loi en faveur de l’euthanasie. D’autres causes lui tenaient à coeur comme il l’a souvent exprimé à travers ses sketchs. On peut penser au sketch “Toutes des salopes” où, grâce à l’ironie, il se positionne en défenseur du féminisme ; le sketch “Vacances à Marrakech” peut, au premier abord, sembler raciste. Or, il dénonce avec humour et satire, les tensions de l’époque notamment à l’égard des immigrés. 

Mais cet engagement lui a parfois valu des soucis juridiques notamment avec l’ancienne ministre Nadine Morano, qu’il a invectivé lors d’un spectacle en 2013. Il sera relaxé par le tribunal de Nancy et le 7 juin 2017, la cour de cassation rejeta les poursuites de Nadine Morano envers Guy Bedos.
L’humoriste est un coutumier des coups de gueule et déclarations cinglante, il avait déjà été porté devant les tribunaux par Marine Le Pen, en 2013 pour avoir dit : “elle fait la campagne d’Hitler”. Procès qu’il avait d’ailleurs gagné. De plus, Guy Bedos avait ouvertement pris la défense d’Yvan Colonna, indépendantiste, corse condamné pour l’assassinat du préfet Claude Erignac. 

Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Guy Bedos aura su marquer son époque par ses sketchs ou plus récemment par ses prises de positions engagées. Il rejoint de nombreux humoristes partis avant lui. 

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Date de dernière mise à jour : 04/06/2020