Jean Paul Gaultier raccroche les ciseaux

Emma Gaheneau, 31/01/2020


Après 50 ans de carrière, Jean Paul Gaultier a dit adieu au monde de la Haute Couture lors d’un défilé aux dimensions hors norme le 22 janvier dernier, au Théâtre du Châtelet. Un show composé de 203 silhouettes, d’une durée d’1h30, retraçant la riche carrière du couturier.   

 

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Jean Paul Gaultier à la fin de son défilé festif 

Retour sur sa carrière 

Né en banlieue parisienne en 1952, d’un père comptable et d’une mère secrétaire, il s’initie à la couture avec sa grand-mère. Il s’exerce sur son ours en peluche Nana en lui ajoutant des seins coniques (pour qu’il devienne une poupée plus facile à habiller) qui deviendront plus tard une marque de fabrique du couturier. À 18 ans, il intègre la maison Pierre Cardin, en tant que stagiaire. Il y aiguise ses ciseaux et en 1976, se lance en solo en créant sa propre griffe. Après des débuts compliqués, les années 80 vont être marquées par le succès des collections Toy Boy et Juniors Gaultier.

La décennie suivante ne fera que confirmer cette réussite : il commercialisera sa marque de parfum en 1991, dont son parfum le plus connu : Le Mâle ; et en 1997 il intégrera la Chambre syndicale de la Haute Couture. La marque Jean Paul Gaultier, bien que subversive, entrera donc au panthéon de la couture française. 

Ses collections anticonformistes lui vaudront le surnom d’ “enfant terrible de la mode”. Jean Paul Gaultier aime casser les codes, se jouer d'eux, pour rendre le milieu de la mode de plus en plus inclusif. Il fera d’ailleurs passer une petite annonce dans Libération dès les années 80 : “Créateur non conforme cherche mannequins atypiques. Gueules cassées ne pas s'abstenir”. Une envie qui ne le quittera jamais : en 2014 il fera défiler la drag queen Conchita Wurst. Beth Ditto, chanteuse du groupe Gossip, qui défilera pour lui, dira “Avec lui, qu’on soit grosse ou maigre, on se sent belle”. Un sentiment qui manque cruellement dans le monde de la mode, adepte de la maigreur et des retouches photos. 

En 2014, il fait ses adieux au prêt-à-porter, en 2018 à la fourrure, ce qui paraît tardif, et enfin ce 22 janvier au monde de la Haute Couture avec une collection qu’il qualifie lui-même de “recyclée”. 

Plus qu’un défilé, un show-archive

Les muses et les tops préférés du couturier étaient réunis pour porter les pièces phares de la marque, évidemment modernisées par le couturier, qui aime faire du neuf avec du vieux. Tableau après tableau, nous rentrons dans le monde Gaultier, plein de bouleversements. Le show commence avec un enterrement, sur un air d’Amy Winehouse à qui il avait dédié une collection en 2012. L’enterrement est de courte durée puisqu’une modèle habillée d’une robe babydoll virginale sort du cercueil ; le défilé est lancé avec un mot d’ordre : la mode n’est pas morte ! 

Chez Gaultier, il est de bon goût de porter ses dessous dessus, alors guêpières, porte-jarretelles et crinoline s’affichent sans tabou. La danseuse érotique Dita Von Teese porte un corset rose poudré fait de ceintures, rappelant le parfum féminin Classique. La féminité est poussée à son paroxysme avec des silhouettes aux seins coniques rendus célèbres lors du Blond Ambition Tour de Madonna en 1990, dessinés spécialement pour elle. Aujourd’hui ils se déclinent de manière métallique : iconique ! 

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La femme Gaultier

S’en suit un tableau noir et blanc composé de modèles masculins et féminins, la chemise rencontre le cuir : un mélange entre Downtown Abbey et Fifty Shades of Grey. La chemise se transforme en costume, toujours monochrome, un clin d’oeil à Lagarfeld peut être ? Le corps devient alors cintre, le modèle ne porte plus le vêtement mais le supporte. La confection du vêtement est mise en avant et le top est relégué au rang d’accessoire. 

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Chapeaux melon, bottes de cuir et Hommes-cintre

Jean Paul Gaultier est aussi un habitué de l’androgynie. L’homme porte donc des jupes, et ce dernier défilé ne fait pas exception à la règle. Pour rajouter à cette fluidité des genres, la jupe est faite de cravates, pièces classiques du vestiaire masculin. 

Quoi de plus unisexe que la marinière ? Il en a fait son emblème en 1983, lors de la présentation de sa collection Toy Boy. Dans une séquence très française, sur fond de Catherine Ringer, présente au Châtelet, c’est Gigi Hadid qui a l’honneur de porter la marinière revisitée, coiffée d’un dixie cup de la Navy. La marinière se porte plissée, en collant, en effet de manche, en robe, les déclinaisons sont infinies. Symbole de la patrie, Iris Mittenaere défile dans une robe-cape aux couleurs de la cocarde tricolore et un homme se fait accompagné d’un coq sur son blouson de cuir. Il ne manque plus qu’un croissant pour compléter le tableau.

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Liberté, Egalité, Jean Paul Gaultier

Le jean est aussi omniprésent dans la carrière de l’artiste : en 2004, il crée Jean's Paul Gaultier, s’inspirant du street fashion. Il était donc évident que plusieurs pièces en jean soient du défilé: robe bustier et tulle pour la benjamine Hadid, une petite robe Donald Duck avec des guêtres et enfin Germain Louvet, danseur étoile, devenu matador de jean pour la soirée, qui défile sur pointes !  

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Tout de jean vêtu

Mention spéciale pour les stars du show : Antoine de Caunes en liftier, Béatrice Dalles qui écrase sa cigarette sur le catwalk, Coco Rocha exécutant une danse irlandaise, Cristina Cordula séduite par Djibril Cissé, Paris Jackson prête pour Coachella 2020, Amanda Lear en pull à paillettes et culotte noire parce qu’au final, pourquoi pas ! 

Comme le veut la coutume, le défilé s’achève sur plusieurs robes de mariée dont une gonflable. 

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Célébrités et ballon de baudruche

Le show se conclut sur la performance de Boy George et le salut de Jean Paul Gaultier, sortant des coulisses en bleu de travail, filant la métaphore de ces années de labeur, qui sont loin d’être terminées. En effet, à 68 ans, le couturier ne prend pas sa retraite et compte se concentrer sur de nouveaux projets comme son Fashion Freak Show. Il aimerait également continuer à créer des costumes pour le 7ème art. D’après lui, des surprises vont arriver pour sa maison, bien qu’il tourne la page de la Haute Couture. 

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Date de dernière mise à jour : 31/01/2020