4ème album de Childish Gambino « 3.15.20 » : No name, no cover .

Solveig Laudenbach, 29/04/2020


Depuis sa sortie le 15 mars dernier, les critiques sont quasi-unanimes. Tant sur l’aspect musical que sur l’écriture, “3.15.20” est un excellent album.  Childish Gambino (Donald Glover) nous y enseigne que dans un monde à la dérive, il n’y a que l’amour qui est substantiel.

 

Toronto international film festival at the roy thomson hall friday sept 11 2015 in toronto

Donald Glover au Festivial international du cinéma, RoyThomson Hall, Toronto, 11 sept. 2015.

En mai 2018, à la question posée en interview : « Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il se passe à la fin du clip “This is America” ? », l’artiste répondait « Non. Ce n’est pas mon rôle (…) Vous pouvez regarder ce clip et repartir avec l’interprétation que vous en avez faite. » Pourtant, le message est clair. Immédiatement classé à la 1ère place du Billboard Hot 100 dès sa sortie, “This is America” dressait le constat d’une société américaine en proie à la violence, au racisme et aux drames liés à la culture des armes à feu. Difficile de l’avoir oublié depuis. 

Si “This is america” exposait le caractère dérangé de la société de l’Oncle Sam, l’album “3.15.20” élargit le concept de décadence au monde entier. Or, cette fois, il semblerait qu’il y ait des solutions.

Album 3 15 20

Couverture de l’album “3.15.20”

“Little boy, little girl, are you scared of the world? Is it hard to live?” (“47.48”) 

Il y a 10 ans, il avait choisi de nommer sa 1ère mixtape, I AM JUST A RAPPER.  La suite a prouvé le contraire. Les projets musicaux du créateur de la série “Atlanta” n’ont cessé de se renouveler : R&B, pop, funk, rap alternatif et Indy rap... Aucun de ses 4 albums ne se ressemble et ce, même si l’on retrouve ses inspirations musicales dominantes. 

À la première écoute de “3.15.20”, il faut reconnaître que la musicalité est déroutante, complexe. Dès la 1ère piste “0.00”, la voix est robotique, désincarnée. Les synthés expérimentaux rajoutent à l’apparence d’une conscience immatérielle. Sur fond sonore de crash informatique, l’artiste expose les limites de l’intelligence artificielle en nommant ce qu’il existe d’inimitable en l’être humain (“Algorythm”). En même temps qu’il s’effraie de la croissance du progrès, Childish Gambino soulève des questionnements existentiels parmi lesquels le rapport au temps (“Time, ft avec Ariana Grande”), à l’avenir face au péril climatique imminent (“Feels like summer”), et à l’omniprésence de la violence dans nos sociétés diffusée à travers les réseaux sociaux et les médias (“47.48”). La perception du monde qui l’entoure apparaît troublée, désenchantée, voire relativement pessimiste sur ce qu’il advient de l’humanité. 

“There is love in every moment under the sun, boy.” (“53.49”)

Face à un tel constat, que reste-t-il ? Comme s’il avait erré dans cet album en quête de sens, Donald Glover semble aboutir à une unique certitude, qu’il transmet à son fils dans le morceau “53.49”: « There is love in every moment under the sun, boy ». 

Parce que cet album célèbre aussi l’Amour. L’amour de l’être aimé (“24.19”), mais aussi l’amour de la famille. Ce sentiment, il l’aborde notamment à travers l’expérience du deuil paternel dans le morceau “19.10”. Comme pour mieux nous guider dans un environnement en déroute, il nous offre les enseignements tirés de sa propre éducation, parmi lesquels l’amour de sa culture, de sa couleur, et davantage, l’amour de soi. 

C'est principalement aux jeunes générations qu’il adresse le message contenu in the last (et génial) “53.49”. Celui-ci implique la nécessité de mesurer l’entière liberté dont chacun dispose pour choisir sa propre trajectoire, mais aussi l’importance de pratiquer l’amour propre dans un monde haineux et violent. Sur une instru’ funk expérimentale, mêlant chant et rap, l’artiste nous convoque à une chose : ralentir. Ralentir pour prendre conscience de ce que nous voulons, et de ceux que nous aimons. En ultime remède, Donald Glover nous invite à danser, comme si s’était encore le seul moyen de se décharger des tourments.

¨Pour l’instant, aucun morceau de “3.15.20” n’a été clipé hormis “Feels like summer”, sorti en septembre 2018. Si ce n’est toujours pas fait, on vous invite à découvrir ce film d’animation (https://www.youtube.com/watch?v=F1B9Fk_SgI0) dans lequel Childish Gambino déambule dans son quartier, indifférent et écouteurs aux oreilles, lors d’une fin d’après-midi d’été. En chemin, il croise une multitude de stars du hip-hop auxquelles il rend hommage : Migos joue au basket dans la rue et Will Smith nettoie sa voiture. Plus loin, Nicki Minaj et Travis Scott s’amusent dans l’herbe. Drake se fait voler son vélo par Future. Kanye West, en larme, est consolé par Michelle Obama. Beyoncé porte un t-shirt en hommage à Fredo Santana, rappeur américain décédé en 2018. Au total, plus de 50 rappeurs ou personnalités afro-américaines qui constituent ou influencent le paysage culturel américain d’aujourd’hui figurent dans ce clip. Sauriez-vous les reconnaître ? 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 06/05/2020