Des Rouennais récompensés par un César

Adèle Pottier, 03/04/2019


Vincent Blanchard et Romain Greffe, du groupe Joad, ont eu l’honneur d’assister à la cérémonie des César pour leur musique que nous pouvons entendre dans le film Guy, d’Alex Lutz. Ces deux Rouennais ont eu la surprise d’obtenir le César de la meilleure musique de film, tandis qu’Alex Lutz a reçu le prix du meilleur acteur ! Nous avons eu l’honneur d’interviewer Vincent, pour évoquer cette soirée extraordinaire.

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Vincent Blanchard et Romain Greffe avec leur trophée.

Tout d’abord, êtes-vous descendu de votre petit nuage ? On a pu voir que vous ne vous y attendiez pas c’était vraiment émouvant et assez drôle également !

Ça dépend des jours et des moments, on est obligé de reprendre une vie normale donc il y a des moments où on n’y pense pas et des moments où on y pense. C’est vraiment particulier comme ressenti.

Qu’est-ce que cela vous a fait de vous retrouver avec toutes ces personnes talentueuses et connues ? Avez-vous pu créer des liens professionnels avec certains ?

Ce qui est assez particulier c’est que lorsqu’on se retrouve dans une cérémonie comme celle-là et qu’on est nommé, il y a une notion d’égalité. Il y a le déjeuner des nommés, qui se déroule trois semaines avant la remise des prix, où tous les nommés mangent ensemble. On se retrouve à manger et parler avec des gens connus. Puis une fois qu’on a le prix, c’est encore différent, ceux qui n’ont pas eu de César viennent nous féliciter et nous encourager. On parle avec des personnes comme Romain Duris, qui est super sympa, (je suis fan de ce gars en tant qu’acteur alors ça fait plaisir de voir que c’est quelqu’un d’aussi cool), Patrick Dempsey et aussi Edouard Baer qui nous a fait un sketch sur notre réaction, c’était super drôle ! Après on a parlé avec des producteurs et des réalisateurs avec lesquels nous avons échangé nos contacts pour plus tard. On s’est senti à notre place finalement, parce que c’est très bienveillant, dans un contexte de confiance.

Comment s’est déroulée la soirée ?

On est attendu pour 18 heures, pour un cocktail avec tout le monde dans la salle Pleyel, puis il y a la fameuse cérémonie dans le hall de cette salle, où se retrouvent 1800 personnes, c’est-à-dire tous les nommés avec les personnes qui les accompagnent et les invités de la soirée qui ont eu leur place. C’est déjà impressionnant car c’est un endroit très grand, avec à droite et à gauche des gens connus, c’est comme ça qu’on se rend compte où on met les pieds. Il y a donc la cérémonie qui a duré trois heures, après ça on va manger au Fouquet’s, avec des tables classées par film. Puis il y a ce qui s’appelle « la party » qui se déroule dans une boite de nuit près de l’Arc de Triomphe, où on s’est retrouvé dans une sorte de carré VIP pour ceux qui ont eu un César. Tout ça c’était nouveau pour nous c’était vraiment rigolo. Mais on ne veut pas non plus s’emballer, on garde les pieds sur terre.

Pouvez-vous nous expliquer comment votre collaboration avec Alex Lutz a débuté ?

Ça fait presque 10 ans maintenant qu’on bosse avec lui. Le début de l’histoire est un peu un hasard. Notre éditeur à l’époque avec notre groupe Joad, qui était le manager et qui démarchait les producteurs pour Thomas VDB… Et puis un producteur lui a demandé s’il connaissait des musiciens pour faire de la musique pour un spectacle, donc il nous en a parlé et on a accepté car ça nous permettait de gagner de l’argent aussi pour payer le loyer du studio et investir dans le matériel… Mais il s’avérait que le spectacle de cette époque était celui d’Audrey Lamy, et le metteur en scène était Alex Lutz, c’est comme ça qu’on a eu le contact avec lui pour la toute première fois. Régulièrement il nous appelait pour d’autres spectacles pour Pierre Palmade, Michèle Laroque, enfin des petits bouts de musiques pour des spectacles comme ça. Après il nous a rappelé pour faire son premier film en 2014, puis nous avons fait trois saisons de Catherine et Liliane, et enfin, Guy qui est arrivé en 2016/2017. C’est la deuxième fois qu’on fait une musique de film et on a déjà un César, on a l’impression d’avoir fait un Hold Up et c’est plutôt plaisant.

Depuis combien de temps composez-vous avec Romain Greffe ?

Nous n’avons pas toujours été binôme, parce que lui n’écrivait pas dans Joad. Avant j’écrivais avec Mathias qui ne fait plus partie du groupe, donc je suis quasiment tout seul à écrire les chansons pour le groupe. Par contre Romain est pianiste, il a aussi une formation de classique, donc on se complète bien dans des projets de musique de film tels que pour les Catherine et Liliane. Et c’est marrant de voir que la première fois qu’on a travaillé ensemble sur de la composition c’était avec Alex.

Avez-vous d’autres projets avec Alex Lutz ?

Je sais qu’il en a plein, car il en a toujours plein d’avance, il nous a déjà parlé d’un ou deux trucs qu’il avait en tête et on a déjà discuté du fait qu’on allait retravailler ensemble. L’histoire du film est vraiment incroyable ! L’histoire de Guy part d’une petite idée comme ça, le scénario faisait 16 pages à peine, ça partait d’un délire à lui, mais il avait tout dans sa tête ! On n’aurait jamais imaginé que ça irait aussi loin. Et ça nous a fait plaisir qu’il ait le César du meilleur acteur. On s’entend super bien et c’est un plaisir de travailler ensemble. Il est respectueux de notre boulot, on a une super relation.

Il semblait ému de votre victoire d’ailleurs !

Oui il était super ému. Avant les résultats il disait qu’il préférait que ce soit nous qui ayons un César et pas lui. Mais nous on se disait « s’il y a qu’un César il ne faut surtout pas que ce soit nous ! », car on aurait été vraiment très mal à l’aise d’avoir ce César et pas lui. On était même plus stressé à l’annonce du César du meilleur acteur que du César de la meilleur musique de film. Et ce partage est vraiment génial entre nous.

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Le groupe rouennais Joad.

Parlons maintenant plus précisément de votre groupe Joad, comment s’est-il formé ?

C’était en 2009, au début c’était un duo, qui s’appelait Révolver d’ailleurs, mais un autre groupe s’appelait aussi comme ça au même moment donc on a dû changer de nom… Mais c’était une sorte de duo un peu comme les White Stripes, ou les Black Keys. On était deux avec Greg le batteur. Finalement il y a eu Mathias le bassiste qui est venu dans notre groupe et Romain ! Romain était mon prof de piano à cette époque-là et comme j’étais pressé pour le groupe et que je ne progressais pas assez vite on lui a proposé d’intégrer le groupe en tant que pianiste. On a enregistré le premier album quasiment aussitôt.

Et que devient Joad maintenant ? Avez-vous des dates de concert de prévu ?

On avait un peu mis Joad de côté, malgré nous, car on était sur le film et que ça nous demandait beaucoup de temps. Mais j’avais commencé à créer une série de chansons avant le film, qui faisait l’équivalent de la moitié d’un album, et dès que j’ai fini le film je me suis mis à l’écriture de la fin de celui-ci, qu’on a enregistré fin 2018, en live avec tout le groupe dans la même pièce. Là je suis en train de finir d’enregistrer les voix, et l’album sortira le 7 mai. On fera un concert dans une salle qui est grande pour nous, le théâtre Charles Dullin à Grand-Quevilly, qui est une salle de 700 places, on n’a jamais fait ça jusqu’ici donc on est content. Cet album fêtera les 10 ans de notre groupe, car la formation officielle de Joad était le 5 mai 2009. On va alors refaire tout notre répertoire et notre nouvel album, faire une espèce de fête pour les gens qui nous suivent depuis longtemps.

Pour finir, as-tu un petit mot à faire passer aux lecteurs du journal ?

Il y a quelque chose d’important pour nous, c’est qu’au-delà de notre propre famille et de nos amis, on a sentis un engouement, un vrai soutien par notre ville, Rouen. On a reçu plein de messages d’encouragement. On a senti que les personnes se sentaient concernées lorsqu’elles ne nous connaissaient pas personnellement. Les gens soutenaient quelque chose qui venait de leur ville et c’était vraiment hallucinant. On est vraiment reconnaissant, on a envie de tous les remercier. On a un pote qui disait en rigolant « Rouen a gagné la coupe du monde avec ce César », comme si nous apportions quelque chose à notre ville. C’est d’ailleurs la première chose à laquelle j’ai pensée lorsque notre nom a été cité à la cérémonie, à tous les habitants de Rouen, les potes, les gens qui étaient devant leur télé à nous regarder saisir ce César, c’était vraiment très fort. Merci !

 

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Date de dernière mise à jour : 03/04/2019