Little Bob veut "rendre hommage à l'Aquarius à l'Armada"

Adèle Pottier, 14/06/2019


Little Bob, de son vrai nom Roberto Piazza, est considéré comme un chanteur culte et une icône française. Il sera présent sur la scène des concerts de la Région ce soir.

Little bob 1

Little Bob apportera son énergie ce soir, à l'Armada

Pouvez-vous raconter votre histoire et raconter comment vous êtes rentré dans le monde de la musique ?

«Quand j’étais enfant, et que je vivais en Italie, j’entendais des titres de Rock’n’roll et tout de suite ça m’a électrisé. J’allais voir des films où il y avait Elvis Presley, avant qu’il devienne une star lourde. Il y avait aussi Eddy Cochran, Chuck Berry et Bobby Day. »​

Enfant également, vous avez quitté l’Italie pour la France, comment cela s’est passée ?

« On est parti pour venir vivre en France, car mon père qui avait repris le commerce de mon grand-père mort prématurément n’a pas su faire marcher l’affaire. Il a perdu son argent et a fait faillite, dans une petite ville bourgeoise d’Italie. Mais il a trouvé du travail en France, au Havre. »

Mais la musique vous suivait partout.

« La musique était déjà ancrée en moi, même si je n’en faisais pas encore. J’étais trop jeune. Je n’avais même pas 13 ans. Je vieillissais mais je ne grandissais pas vite. A 18 ans on m’aurait donné 12 ans, ce qui était d’ailleurs compliqué pour draguer les filles. J’ai donc appris le français très vite grâce au Latin.»

Comment se passait la vie en France ?

« Ma famille n’était pas riche donc à 16 ans j’ai été obligé de rentrer dans le monde du travail. Avec mes premières payes j’ai acheté mes premières guitares, des disques, mon premier ampli et mon premier micro. J’ai donc eu envie de créer mon premier groupe, qui s’appelait « Les Apaches ». »

Comment définiriez-vous votre musique ?

« Ma musique a toujours été influencée par la musique noire, c’est-à-dire le blues. Les Rolling Stones aussi m’ont influencé. Les Beatles j’aimais bien, mélodiquement parlant c’est magnifique mais ce n’était pas mon style. Les Rolling Stones étaient plus rebelles. »

Pourquoi avoir commencé tard la musique finalement ?

« Je n’avais pas envie de faire le saut parce que j’étais petit. J’ai donc travaillé pendant longtemps, et j’ai commencé à me produire et me consacrer totalement à la musique à mes 30 ans. J’aimais et j’aime chanter du rock et du blues. Il y a donc eu les Apaches, puis la création de Little Bob Story, et maintenant notre groupe est Little Bob Blues Bastard. »

Le groupe Little Bob Story


Comment a débuté Little Bob Story ?

« Un ami qui travaillait en Angleterre a apporté une de nos cassettes à une agence Galloise, qui a beaucoup aimé. Il nous ont pris pour une tournée. On a fait 12 concerts en 12 jours, aux Pays de Galle, Ecosse, Irlande… C’était en 1975, on n’avait pas encore sorti d’album puisqu’il est sorti en 1976. Un anglais a donc pris contact avec nous, pour devenir notre agent et manager anglais, ça nous a ouvert les portes pour la Scandinavie, la Hollande… »

Little Bob, une icône

L’année dernière vous a rappelé de bons souvenirs de cette époque.

« On a sorti un best of l’année dernière avec 3 lives, un à Londres, un au Havre, et un autre à Paris à la Cigale. On a sorti aussi un dvd qui parle de ma vie « Rockin’ Class Hero ». »

Et après Little Bob Story ?

« Après j’ai continué sans maison de disque, et en tenant tout ce temps, je suis devenu un genre de culte ! J’ai créé par la suite le groupe les Blues Bastard, car on « batardise » le blues avec du rock’n’roll.. Le groupe se compose de Bertrand Colloume à la contrebasse, Gilles Mallet le guitariste, et mon neveu à la batterie. »

Avez-vous essayé de vous produire en Italie ?  

« On a tourné en Italie. J’y suis retourné avec ma femme décédée il n’y a pas longtemps. On avait fait une petite tournée mais, l’Italie c’est comme la France, il faudrait chanter en Italien pour que ça plaise. J’ai quand même fait un album avec des chansons en italien, qui s’appelle Libero. C’est un prénom anarchiste, le prénom de mon père, car mon grand père était anarchiste doux. Je le dis d’ailleurs dans une chanson du film d’Aki Kaurismäki « Le Havre » : « Libero a dit à son enfant « mon nom veut dire que je suis libre, alors ne soit l’esclave de personne, sois libre mon fils ». »

Comment expliquez-vous, dans une certaine mesure, les difficultés que vous avez pus avoir ou avez pour être plus reconnu en France ?

« Je chantais en anglais,. En France on aimait les chansons en français. Je chantais pour le swing de l’anglais. Si j’avais été moins feignant j’aurais pu prendre du temps pour essayer de faire swinguer le français. »

La musique vous a fait voyager et rencontrer des personnes formidables telles que Lemmy Kilmister.

« J’ai rencontré vraiment des supers personnes, j’avais joué avec Lemmy à Londres mais il fallait être hargneux car le public de Motörhead c’était quelque chose ! Je m’étais fait voler mon blouson dans les loges de ce concert et c’est comme ça que j’ai acheté mon fameux cuir rouge. J’ai rencontré des musiciens de tout style différent. Je connais évidemment Jean Louis Aubert et Louis Bertignac de Téléphone, les membres de Trust…  Quand on jouait il y avait les Clash qui venaient nous voir, les Sex Pistols aussi. »

On vous a également vu apparaître dans le film Le Havre d’Aki Kaurismaki. Pouvez-vous raconter comment ce projet a débuté ?

« Pour le film Le Havre, tout a commencé quand on est allé jouer en Finlande. Aki Kaurismäki était étudiant et il nous avait vu jouer.  Son premier assistant français à ce moment, Gilles Charmant était un fan de Little Bob Story. Il l’a donc un peu influencé à venir au Havre pour découvrir la ville et son histoire. Il lui a dit pendant sa découverte « Mais Little Bob vient du Havre. ». »

L'afiche du film Le Havre

Puis tout s’est accéléré au Havre donc ?

« Il est venu me voir, il est rentré dans mon jardin et il m’a dit « Ah ! You are a rebel like me ! » (Tu es un rebelle comme moi). Et il m’a annoncé « Bob, je t’emmène à Cannes ! » pour le festival de Cannes. On a monté les marches avec les musiciens, sur la chanson que l’on avait joué pour le film. »

Litte Bob dans le film "Le Havre"

Êtes-vous resté en contact depuis ?

« Aki est resté un ami, qui dans ses films parlent de sujets important. Dans son dernier il parle d’un Syrien, il parle du racisme… Il parle du fait que ces gens soient en danger. Je suis d’ailleurs triste car mon pays d’origine s’oriente maintenant vers l’extrême droite. »

Aki Kaurismaki, réalisateur de "Le Havre" et aujourd'hui grand ami de Little Bob

On va vous retrouver à l’Armada avec votre groupe Little Bob Blues Bastards, comment l’organisation s’est-elle passée ?

« On jouait à la fête de la musique à Caen l’année dernière, il devait y avoir 5000/6000 personnes au concert. On s’est retrouvé à la fin, pour boire un café avec le groupe, et à coté de ma table se trouvaient les organisateurs de l’Armada. Alors, il y a une personne qui se lève et qui me dit « Mais Bob, tu n’es jamais passé à l’Armada ? », ça marchait pour moi de façon nationale et internationale pendant un moment. Je leur ai dit « Si vous ne m’appelez pas, je ne viens pas » et ils m’ont donc dit que cette année ils allaient me prendre ! Sur l’affiche, mon nom est écrit en plus petit que d’autres groupes, je trouve ça nul.. Les groupes locaux sont marqués en plus petit comme par exemple « La maison Tellier », qui sont des gens connus à Rouen, ils remplissent le 106 quand ils jouent donc c’est dommage. Pour nous ils ont juste écrit « Little Bob » au lieu de « Little Bob Blues Bastard ». De plus, on joue à 19 heures donc je suis forcément un peu déçu car à 22 heures il y a plus de monde, la nuit tombe et c’est plus simple pour faire un show et faire bouger les gens. »

Avez-vous prévu un show spécial ?

« A propos du show on a été obligé de le raccourcir un peu, car on ne joue que 1 heure. On a dû faire un tri dans les morceaux. Il y aura tout de même du blues, des ballades, et des chansons pour faire participer les gens au concert, car ça leur fait du bien d’ouvrir un peu leur cœur durant un concert. Je suis vraiment content d’être à l’armada quand même, surtout qu’il va y avoir un public world. L’envie d’être sur scène je l’aurais toujours, maintenant il faut que je garde la forme. Si les gens viennent c’est qu’ils aiment. Je tiens d’ailleurs a dire quelque chose, que je dirais également sur la scène, à propos de l’Aquarius. Ce bateau qui a sauvé beaucoup de migrants comptait venir à l’Armada mais il n’a pas été ajouté à la programmation des bateaux. C’est un regret. Les bateaux sont très beaux, mais j’aurais trouvé normal de voir l’Aquarius sur les bords de la Seine même si ce n’est pas un beau bateau à voile. Il a sauvé tellement de vie, que je pense qu’on aurait pu lui rendre hommage de cette façon. »

L'Aquarius, le bateau «qui a sauvé beaucoup de migrants comptait venir à l’Armada»


 

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Date de dernière mise à jour : 14/06/2019