Faut-il interdire la pratique de la corrida ?

Théo Alleaume et Mélaine Lhomme, 25/10/2019


Si il y a bien une pratique qui fait débat depuis plusieurs années en France, c’est la corrida. Cruelle, violente ou bien magnifique et respectueuse, les arguments ne manquent pas pour exprimer son point de vue. Mélaine et Théo ont donc décidé de se pencher sur cette question clivante. 

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Théo : pour la pratique de la corrida. 


Si il y a bien une tradition qui fait débat depuis bon nombres d’années, notamment en France, c’est bien évidemment la corrida. Cruelle, monstrueuse, faisant l’apologie de la violence animale, voilà le genre d’arguments que les anti-corrida avancent pour faire interdir ce lutte entre l’Homme et l’animal. Aussi ai-je choisi de me positionner en faveur de cette pratique. 

Bien souvent, le premier argument que l’on peut entendre est celui de la souffrance animale. Et bien sachez que, certes l’animal souffre, mais pas pendant la corrida. C’est le vétérinaire et chercheur Juan Carlos Illera de Portal, qui a mit en avant l’existence d’une hormone sécrétée par les taureaux. Cette hormone, nommée “béta-endorphine”, neutralise la douleur au moment de la piquée, et bloque le stress. Cela empêche l’animal de souffrir. Certes l’animal meurt à la fin, cependant, il s’agit d’une belle mort, au combat, glorieuse, dans l'apanage de la toute puissance de la bête. Une mort sûrement préférable à celle de ces congénères dans les abattoirs.
Un argument que les défenseurs des animaux avancent est que le taureau n’est pas qu’un animal agressif. C’est faux, cela reste un animal élevé dans le respect de sa nature. Il vit et grandit seulement pour combattre dans l'arène. Bien qu’agressif, puissant et impulsif, le taureau sera admiré et acclamé par tous.
“Oui mais c’est dangereux pour l’Homme”, là encore, c’est faux. Certes il y a des accidents. Cependant, les toreros étudient et connaissent le danger que représente cette activité. Les spectateurs sont également au courant de cela lorsqu’ils viennent voir une corrida. Toutes les personnes participant de près ou de loin à la corrida sont parfaitement au courant des dangers que cela occasionne. Et ces personnes ne sont pas du tout des pervers que la cruauté animale fait frissonner de plaisir. Bien au contraire, on a pu noter des hommes de goût comme Mérimée ou encore Picasso. On est bien loin de l’image des fous dangereux que l’on veut coller sur cette tradition. 

Une tradition qui ne doit pas être perpétuée, je n’appelle pas cela une tradition.

 La corrida a permit à plusieurs régions, que ce soit en France ou en Espagne, de se faire connaître et d’attirer des touristes. Moteur économique pour ces régions de part les différents emplois créés (toreros, gérants d’arène…). De plus la corrida est porteuse de nombreuses valeurs comme la courage, la combativité, le respect. Cette tradition doit être perpétuée. Cet événement ne prône pas la violence comme étant de l’art, mais c’est bel et bien la lutte Homme-Animal qui est au centre de la corrida. La mise à mort n’est qu’une partie de la danse entre le torero et l’animal. Grâce, agilité, combativité, voilà ce qui est mit en avant comme art. C’est toute la parade, la domination de l’Homme sur le toro qui est dans la lumière. La violence n’est pas gratuite, elle est précise, calculée pour honorer la bête. De plus, cela n’incarne en aucun cas, un message violent. Souvent le rapport à la mort n’est que très peu évoqué par et pour les enfants. Ce n’est pourtant pas tabou étant donné qu’un jour ou l’autre, on y est confronté. Cela permet de mieux informer nos enfants sur le rapport vie-mort mais également sur le comportement animal ou la symbolique des rituels.

Mélaine : contre la pratique de la corrida.


Lorsque l’on pense à la Corrida, impossible de ne pas penser à la torture qui est infligée au taureau pendant 20 minutes. Le picadores, sur son cheval, plante des piques de 20 à 30 centimètres dans son cou ; les peones plantent 6 banderilles dans son corps, puis le matador tue l’animal en visant l’aorte (souvent raté ce qui oblige un homme à l’achever au poignard). Il n’est pas rare que le cheval soit blessé ou éventré par le taureau apeuré et souffrant. L’animal agonise au centre de l’arène, crachant des litres de sang sous le regard appréciateur des spectateurs. 

La Corrida est un combat entre un homme courageux, armé et un animal féroce doté de cornes effilés. Mais en vérité, l’animal est affaibli au préalable. On l’enferme dans l’obscurité pendant 24 heures, le drogue, lui scie la partie innervée des cornes (afeitado) pour lui faire perdre toute perception spatiale, lui scie les sabots, lui place des piques en bois sous les onglons, on le déshydrate et le prive de nourriture, lui met de la vaseline dans les yeux pour l’empêcher de voir, lui brise les pattes … Où est l’égalité ? 

Le taureau est un animal mais aussi un “être vivant doué de sensibilité” comme le défini le droit depuis 2015 avec le nouvel article 515-14 du Code civil. À cela, ajoutons que comme beaucoup d’autres mammifères, le taureau est doté d’une conscience, éprouvant des sentiments et usant d’un langage. Mais, tous ces éléments sont rarement pris en compte car ils participent à une meilleur prise en compte de leurs intérêts. 

Le taureau est loin d’être de nature dangereuse. Il est puissant mais ne vous attaquera pas. Il est herbivore donc ne chasse pas pour se nourrir. De même, il n’est pas excité par la couleur rouge, ne distinguant pas assez bien les couleurs alors qu’il voit très bien dans le noir. Seul la corrida lui fait peur. Un excellent exemple a été donné par quarante étudiants de l’Institut de technologie et d’études supérieures de Monterrey. Ils se sont dispersés dans une arène, pour certains vêtus de rouge, et ont lâché un jeune taureau excité. Personne n’a été blessé.

L’homme est également mis en danger car il ne peut pas faire le poid physiquement face à un taureau. Beaucoup se font blesser voir pire. Il y a quelques temps, un jeune torero de 29 ans est décédé, encorné par l’animal. Ce fut une première depuis trente ans en Espagne. Plus récemment, un torero borgne se fait encorner pour la seconde fois au même oeil ! 

La corrida s’est perpétué dans certaines villes pour des raisons économiques. Mais les adeptes de cette pratique se font de plus en plus rares. On peut donner plusieurs exemples. D’un point de vue économique français, les sept corridas organisées à Bayonne n’ont rapporté qu’un déficit de 400 000 euros. Et d’un point de vue “popularité”, celles de Nîmes ont perdu pas moins de 20 000 spectateurs en un an ! 

Cette pratique ne date que de la première moitié du XVIIIe siècle et ses règles ont été en grande partie fixées dans un traité de tauromachie de 1836 initié par le matador Francisco Montes “Paquiro”. Cette pratique ne relève donc pas de la tradition. Et ce n’est pas parce qu’une pratique a été commise par des milliers de personne pendant plusieurs décennies que cette pratique est justifiable, surtout si son éthique est contestable. Ce fut le cas de l’esclavage ...

Certaines personnes élèvent la corrida à un art. L’art est donc subjectif. Certe, on peut trouver les costumes des matadors beaux, leurs gestes gracieux semblable à une danse. Nonobstant, la vision d’un taureau se vidant de son sang, tremblant de peur et d'effroi ne peut pas être qualifié d’art. C’est une insulte au monde artistique.

La corrida est-elle vraiment un message à transmettre aux futures générations ? Cette pratique prône la violence faite aux animaux auprès de jeunes enfants alors que l’on devrait plutôt leur enseigner la bienfaisance, la tolérance et la gentillesse. Ces derniers temps, une polémique est née concernant ces écoles. Les militants anti corrida demandent à ce que l’enseignement de la corrida soit interdite aux mineurs. Pour le moment, des enfants de tout âge, même de 7 ans, intègrent ces écoles … 

La loi soutient de moins en moins la tauromachie même si elle met du temps à agir. Depuis 1850, la loi Grammont condamne les souffrances imposées aux animaux. Puis en 1951, l’Assemblée nationale vote un texte excluant la tauromachie. Certaines régions interdisent cette pratique comme la Catalogne en juillet 2010. En 2016, l’Union Européenne a décidé de couper les subventions attribuées à la Corrida mais ne passe pas  à l’acte. On assiste aussi à la montée au créneau de personnalités médiatisées anti-corrida. La députée française Aurore Bergé travaille sur un projet de loi pour la protection du bien être animal qui devrait être présentée d’ici la fin de l’année. 

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Date de dernière mise à jour : 25/10/2019