L'activisme politique bienfaits ou prejudice ?

Théo Alleaume, Arnaud Dumontier, 21/02/2020


L'activisme politique est la forme la plus directe du militantisme. Dernièrement, la divulgation de vidéos privées à caractère sexuel de l'ex-candidat à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, a fait débat. L'un des auteurs identifiés de cette publication, Piotr Pavlenski, s'autoproclame artiste et activiste politique. Une activité politique particulière et qui est souvent mal perçue par les citoyens. Arnaud et Théo alimentent aujourd'hui la discussion sur cet engagement.

 

Activisme politque

Manifestants contre l'Oligarchie en Angleterre

Arnaud : les bienfaits de l'activisme politique


Quels sont les bienfaits de cette forme de militantisme politique ?

Le but premier de l'activisme politique est donc de défendre des causes idéologiques, tant communautaires que nationales. Ce qui distingue l'activisme du militantisme traditionnel est le fait de préconiser une action directe, là où le militantisme va privilégier l'action au sein d'une organisation ou parti politique. 

La plupart du temps, les modes d'action employés sont non-violents, et font même partie de notre quotidien : manifestations, pétitions, grèves, ou encore grèves de la faim sont monnaie courante. 

Le recours à ces actes n'est pas pour autant anodin. En premier lieu, il est toujours utilisé en réaction à une colère, à une réalité qui apparaît comme insatisfaisante pour l'individu concerné . Si une personne souhaite l'employer contre le racisme, pour la cause féministe ou encore la cause LGBT, c'est qu'elle estime que la réalité est insatisfaisante. 

La colère est un fondement et permet à cet activisme de fonctionner, dans ce sens elle est nécessaire puisqu'elle nourrit l'engagement des concernés et donne l'envie de se battre. Mais pour autant, il faut que le mouvement puisse s'en détacher à un moment donné afin que le message porté ne soit pas corrompu par une colère mal dosée. 

La désobéissance civile est un droit

Vivre en démocratie, c'est accepter de vivre sous la gouvernance d'un État et de ses principes. Mais c'est également reconnaître la possibilité de désobéir et pointer du doigt lorsque les lois de ce même État sont injustes, entravent à la liberté d'autrui et peuvent avoir de malheureuses conséquences par leur application. 

Que ce soit Greenpeace, Extinction Rebellion, les Femens, des mouvements LGBT ou encore L214, les actions de ces activistes, parfois spectaculaires, ne sont jamais faites par pur hasard mais toujours en réaction à des décisions ou des procédés discutables. Par leurs actions, ils souhaitent d'abord sensibiliser puis ouvrir le débat sur tel ou tel sujet, et à terme arriver à un changement, cela passe par une loi ou une abrogation de loi, une meilleure reconnaissance de droits, à l'humain comme à l'animal ou un changement de pratique considérée alors comme néfaste. 

La non-violence est un devoir

En ces termes, Gandhi et Martin Luther King défendaient de véritables causes pour des droits humains, l'un pour la fin de l'administration britannique en Inde et l'autre pour la reconnaissance de droits aux afro-américains et la fin de la ségrégation raciale. Tous deux préconisaient une lutte basée sur la désobéissance civile non-violente afin de faire passer un message pacifiquement. Leurs engagements ont récolté un franc succès car, suite à leurs actions et aux mouvements qui s'ensuivirent, de grands changements se sont opérés. 

Et par la suite, ils ont inspiré de nombreuses organisations de sit-in, de grèves contre la faim, et de boycott. On comprend mieux pourquoi ils sont autant reconnus et adulés encore aujourd'hui ? 

Bien évidemment , l'activisme peut aussi se faire par des actions illégales et parfois violentes. Les militants sont prêts à se mettre en danger pour leur cause. Cela passe par une destruction de biens, détériorations ou sabotages, et plus dernièrement par de l'hacktivisme (détournement de sites internet comme avec le groupuscule Anonymous). Ce sont aussi des actes violents contre des personnes, du terrorisme et plus récemment le "terrorisme vert" comme avec le démontage du McDonald's de Millau en 1999.

L'usage de la violence se fait en dernier recours, dans la mesure où elle est encadrée et utile.

Théo : les préjudices de l'activisme politique


Tout d’abord, il faut savoir que la définition n’était pas complète. En effet, l’activisme politique est la forme la plus directe du militantisme. Mais, cette forme d’action a pour modalité principale de braver la loi en ayant recours à des actions très souvent violentes et intimidantes. 

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je n’ai, en soi, rien contre l’activisme politique. J’estime que chacun est libre de défendre ses idées et de les crier haut et fort. Rien ne nous oblige à les soutenir ou à être d’accord avec, mais s’il y a bien une chose sur laquelle je ne suis pas d’accord, c’est le recours à la violence pour faire passer ses idées. La violence est, selon moi, un manque d’arguments évident et l’argument des faibles. Après tout, la plume n’est-elle pas plus forte que l’épée ? 

Vous me direz “aux grands maux les grands remèdes”, je vous répondrai : faux. Si l’on reprend l’exemple d’Arnaud avec Gandhi, l’Angleterre exerçait une forte pression sur l’Inde. Et pourtant, grâce à ces mouvements pacifiques et les marches organisées, l’indépendance  s’est vue proclamée le 15 août 1947. Preuve, s'il en est, que l'activisme politique n’a pas besoin de violence.

Généralement, l’activisme déborde très rapidement sur le recours à des actions violentes ou choquantes afin de parvenir à ses fins, sans que ce soit forcément justifié. On l’a récemment vu avec l’affaire Griveaux/Pavlenski. L’activiste russe avait diffusé des vidéos intimes du candidat LREM à la mairie de Paris, afin de discréditer l’élu et le pousser vers la sortie. Là encore, pourquoi avoir recours à de telles extrémités si ce n’est pour humilier publiquement Benjamin Griveaux ? De plus, ce n’est pas la première fois que Piotr Pavlenski a recours à des moyens controversés pour faire entendre ses revendications : en 2012, il s’était cousu les lèvres en soutien aux Pussy Riots (groupe de punk rock féministe russe) ; en 2013, il s’était cloué le scrotum sur le pavé devant le mausolée de Lénine, sur la place Rouge à Moscou ou plus récemment en 2017, il a mis le feu à l’entrée d’un bâtiment de la Banque de France à Paris. Beaucoup d’actions qui ont surtout été commenté pour leur caractère controversé que pour leur revendication.

Autre exemple, plus historique. En France, différents groupes d’activistes, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont usé de méthodes discutables. On a par exemple La bande à Bonnot, un groupe illégaliste ayant usé des grèves puis des braquages pour faire valoir leurs revendications. L’illégalisme est un courant de l’anarchisme qui revendique le banditisme comme mode de vie, afin de subvenir à ses besoins. L’activisme d’extrême droite va lui aussi connaître un essor sous la Troisième République, notamment autour de positions nationalistes et antisémites. L’organisation la plus connue est La Cagoule qui fut active dans les années 30 et avait pour principale revendication le renversement de la Troisième République. Pour ce faire, de nombreux attentats ont été perpétrés, de même que des sabotages ou des assassinats étaient planifiés. Tout cela pour dire que le recours à la violence n’est pas quelque chose de récent.

Pour sortir de nos frontières, on peut braquer les projecteurs sur des pays comme le Chili où sous la dictature de Pinochet, on a eu des mouvements initiés par les populations comme le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire qui avait recours à la guérilla urbaine. L’Algérie est également un exemple d’activisme politique, tout comme le Chili, puisque le Front de Libération Nationale fut créé, lui aussi par ses habitants pour obtenir l’indépendance de l’Algérie. Ici, on a des exemples de pays ayant recours à la forme de violence la plus violente et explicite où les combats sont permanents, on a un recours à la terreur ainsi qu’une intimidation des autorités. 

L’activisme politique est un sujet complexe car il dépend énormément du contexte dans lequel il est appliqué. Dans tous les cas, la revendication est simple puisqu’il s’agit d’une contestation envers une idée ou un mouvement politique. Même si la portée de ces idées varie en fonction des lieux ou des époques, comme on a pu le voir, l’utilisation de la violence reste le fer de lance de beaucoup de mouvements. Or, on a également pu voir qu’il n’était pas nécessaire d’en arriver à de pareilles extrémités.

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Date de dernière mise à jour : 21/02/2020