Le cannabis à usage thérapeutique : pour ou contre ?

Arnaud Dumontier et Anne Laure Bancel, 15/11/2019 


Le 25 octobre dernier, l’Assemblée Nationale donnait son feu vert concernant l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France qui devrait se dérouler sur deux ans dès début 2020. Environ 3000 patients vont en bénéficier. Est-ce une bonne idée ou une perte de temps ? Anne-Laure et Arnaud nous partagent des points de vue opposés sur la question.

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Arnaud : pour le cannabis thérapeutique 


Ça y est, c’est acté ! Après des années de débâcles et débats sur la question, l’Assemblée Nationale fait un “vrai” premier pas concernant l’usage thérapeutique du cannabis en France. Une bonne nouvelle pour tous ceux qui ont consacré tant de temps et d’énergie, à convaincre les hommes politiques français d’ouvrir le débat et d’acter, au lieu de s’effondrer dans une répression aveugle. 

Une longue attente

Comme à son habitude, la France a toujours un train de retard sur ses voisins européens. La marijuana est déjà légale aux Pays-bas, Espagne, ou encore République Tchèque. Ou alors est dépénalisée comme en Belgique, Allemagne, Italie, Portugal, Autriche ou encore Islande….

Une légalisation médicale ou récréative serait une aubaine pour l'Hexagone, connu pour être le plus grand consommateur de marijuana d'Europe, et paradoxalement celui pénalisant le plus ce produit. 

Est-ce réellement nécessaire ? 

Cette expérimentation devrait se porter sur environ 3000 patients atteints de différentes pathologies telles que les douleurs neuropathiques réfractaires, certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, ou encore de  sclérose en plaques. Les traitements devraient se faire par des moyens médicamenteux uniquement, donc non fumés.

Si jamais cette expérimentation s’avérait positive, entre 300 000 et 1 million de patients français nécessitant cette plante pour recouvrer une bonne santé pourraient en bénéficier. Certains sont contraints de chercher ces produits à l'étranger tandis que d'autres s'adonnent à l'auto-culture, durement réprimée en France (7,5 millions d’euros d’amende et 30 ans de prison). Une fois de plus, le souffrant devient criminel, à cause d'une politique des" yeux fermés". 

Selon plusieurs études telles que le rapport mené en 2017 par l'Académie nationale de sciences, d'ingénierie et de médecine des États-Unis, l’utilisation du cannabis pourrait lutter contre les douleurs chroniques, prévenir les tremblements de la maladie de Parkinson, ou encore stimuler l’appétit grâce à la molécule THC présente dans la plante.

Un produit tout autant dangereux que lucratif 

Oui, le cannabis est bel est bien nocif, ce n'est plus à prouver désormais. Mais des drogues plus nocives pour la santé sont déjà légales dans l'Hexagone, telles que le tabac et l'alcool par exemple, bien plus dangereuses pour la santé que la plante verte. 

Certes, nous pouvons voir dans cette expérimentation, un pas de plus vers la légalisation du cannabis thérapeutique et pourquoi pas in fine une légalisation totale du cannabis. Cela mettrait ainsi fin à l'hypocrisie française sur cette petite plante. En plus de détruire les nombreux trafics illégaux de cannabis en France, l’Etat pourrait totalement contrôler la production et la distribution de ce produit. Selon deux économistes de l’Université de Toulouse et de la Paris School of Economics, Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard, c’est deux milliards d’euros par an qui passent dans l’économie souterraine au lieu de revenir à l’Etat. Au lieu d’en profiter, ce dernier s’acharne dans une répression sans nom coûtant chaque année 919 millions d’euros, en comptant les dépenses liées à lutte contre le cannabis ainsi que les pertes liées à l’emprisonnement des utilisateurs. De plus, avec une légalisation, c’est entre 40 000 et 80 000 emplois qui seraient créés. Une opportunité non négligeable !

Il serait d’autant plus intéressant de ne plus voir le consommateur de marijuana comme un criminel mais plutôt comme un patient ayant besoin de se faire soigner à l’aide de molécules présentes dans le cannabis (comme le CBD, THC ou autres cannabinoïdes) aux propriétés thérapeutiques. Ou comme un patient à soigner d’une dépendance à cette drogue en l’accompagnant dans sa démarche de sevrage.  Aux Pays-Bas, où la dépénalisation s’est faite en 1976, 11,4 % des jeunes consommaient du cannabis en 2005 contre 28% des jeunes français sur la même période.

Une campagne de sensibilisation à son utilisation afin de la rendre obsolète tout en étant légale serait donc préférable.

Anne Laure : contre le cannabis thérapeutique 


L’usage du cannabis thérapeutique ne date pas d’hier : les plus anciens écrits, de l’Égypte antique jusqu’à Napoléon, témoignent de l’utilisation de cette plante à vertu médicinale, pour soigner les douleurs et soulager certains maux.
L’expérimentation du cannabis thérapeutique sera bientôt une réalité en France : une polémique enfle donc à propos de son usage : plutôt pour ou contre le cannabis thérapeutique .
Tout d’abord la légalisation du cannabis thérapeutique n’est pas sans risque pour la santé sur le long terme : comme tout médicament, il entraîne des conséquences plus ou moins graves, telles que des baisses de vigilance, de la concentration, des risques cardiaques, ainsi qu’un sentiment de dépendance chez les plus psychotiques. Ce n’est sans doute pas un argument de poids dans la lutte anti-cannabis sachant que certaines personnes deviennent accros au Toplexil (sirop contre la toux qui a des effets soporifiques).
Ensuite, pour certains, légaliser le cannabis thérapeutique en France est un premier pas vers la dépénalisation du cannabis récréatif, ce que craignent de nombreuses associations et citoyens.
Selon Jean Constantin, docteur en médecine, le cannabis est « un faux médicament mais une vraie drogue » en vertu de l’état de dépendance qu’il suscite, que ce soit psychologiquement ou physiquement. Prenons l’exemple des États-Unis : le cannabis récréatif est légal depuis 2018 en
Californie. C’est le huitième État américain à faire partie de ce business du cannabis. D’après une
étude, 2 à 5 % des consommateurs réguliers de cannabis déclarent à long terme avoir du mal à s’en passer. Ce chiffre ne colle pas avec l’éthique profonde de notre beau pays.
Mais on peut craindre une certaine banalisation de cette plante aux nombreuses vertus, pouvant amener la dépénalisation du cannabis sous toutes ses formes. Ce sont les craintes de l’association « Parents contre la drogue », qui redoutent de voir leurs enfants grandir dans une société oùla tentation serait trop importante (40% des 12-25 ans ont déjà consommé du cannabis).
Enfin, comme toute décision prise par l’Assemblée nationale, un point de vue politique s’impose pour comprendre le débat. Les patients ne sont en effet, pas les seuls à attendre l’avènement du cannabis thérapeutique. En France, le marché du chanvre représente une manne financière de l’ordre du milliard d’euros… Encore un moyen pour l’État de s’en mettre plein les poches au détriment des besoins médicaux réels des patients . Nicolas Authier est le président du groupe de travail qui a planché sur l’expérimentation du médicament : il est favorable à l’usage du cannabis en tant que médication, mais se dit mitigé face aux chiffres annoncés dans la presse : plus de 300 000 à un million de patients pourraient bénéficier de cette expérience. Selon lui, c’est un chiffre qui s’inscrit dans une logique économique, mais pas médicale.
Évidemment, dans le cadre de la société de consommation, le cannabis n’est qu’un produit de plus à la mode, pouvant renflouer les caisses de l’État au même titre qu’un paquet de cigarettes ou un smartphone. Le business du cannabis n’est donc pas essentiellement à visée médicale, même si officiellement, il s’adresse uniquement aux personnes souffrant de maladies chroniques graves (sclérose en plaques, cancer…). Une version officielle fait office de loi, mais n’exclut pas un certain nombre de possibilités. Difficile d’imaginer un avenir proche dans lequel les dealers s' enrichissent au détriment de la santé, et ou le chocolat au cannabis serait roi des grands surfaces pas vrai ? 

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Date de dernière mise à jour : 15/11/2019