Le glyphosate est-il dangereux pour la santé ?

Arnaud Dumontier et Lucas Pilleul, 09/11/2018


Premier article de la série « l’avocat du diable » en version 1vs1, Arnaud et Lucas débattent sur le thème du glyphosate. Et vous, qu’en pensez-vous ?

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Débat sur le glyphosate : Dessin réalisé par Adrien Tavernier

Arnaud : OUI


Le glyphosate est un herbicide total, capable de détruire tout type de végétations, il pénètre les tissus végétaux et agit sur la durée, des feuilles jusqu’aux racines, efficace. Il est apparu en 1974 avec Monsanto, une multinationale que l’on ne présente plus désormais, au sein de son produit phare, Roundup. Cet herbicide est rapidement devenu l’Eldorado des agriculteurs, on dénombre pas moins de 720 000 tonnes écoulées par an, ce qui en fait le désherbant le plus vendu au monde. Mais pourquoi en parler ? Ces dernières années, le glyphosate est devenu un sujet à débat, notamment sur sa prétendue « toxicité » chez les animaux comme chez l’être humain. En effet, un jardinier de 46 ans pour lequel on avait diagnostiqué un cancer a d’ailleurs obtenu près de 290 millions de dollars de dommages de la part de Monsanto devant le tribunal de San Francisco. Est-ce pour autant une menace ?

Il est vrai que de nombreuses études sur le sujet ayant été réalisées dans la dernière décennie ont classé ce pesticide comme « cancérogène probable ». Tellement probable que pour la région de la Pampa en Argentine, où l’utilisation de cet herbicide est si rude que l’on en consomme environ 200 000 tonnes par an (oui ça fait beaucoup !), pour environ 18 millions d’hectares de soja OGM. Il est rare de trouver dans cette province un champ n’utilisant pas cet herbicide de nos jours. En l’espace de vingt années, le cancer y a été multiplié par trois, et on dénombre une quantité inhabituellement élevée de malformations congénitales, d’après les statistiques de certains villages de ces provinces, où le cancer est même devenu la première cause de mortalité. Mais la France n’est pas exclue de ce phénomène, avec plusieurs victimes répertoriées. D’ores et déjà, des collectifs français se mobilisent contre cet herbicide. Le glyphosate est même devenu un sujet de débat au sein de l’Assemblée Nationale qui n’a pas encore abouti à une interdiction du désherbant. Cependant, suite à l’application de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, nous ne verrons plus dans nos jardineries et supermarchés de pesticides à base de glyphosate. Le combat n’est pas encore terminé.

Lucas : NON


Depuis quelques mois, de nombreux débats environnementaux se développent et parmi ceux-ci, celui sur le glyphosate. Il s’agit d’un des débats les plus controversés du moment et pour cause, les scientifiques s’accordent en majorité à dire que le Roundup, le produit de Monsanto utilisant du glyphosate, ne serait pas si nocif que les associations de défense de l’environnement le laissent entendre. 

En premier lieu, il est important de rappeler que l’espérance de vie n’a jamais été aussi élevée, et ce grâce, justement, à la science qui permet, avec la chimie de pallier des problèmes de maladies, d’épidémies et créent des vaccins. Les femmes vivent désormais 85 ans en moyenne et les hommes 80 ans dans les pays les plus développés économiquement et donc scientifiquement. 

En second lieu, il s’avère qu’une étude de l’université de Caen démontre que les agriculteurs seraient une population moins exposée aux cancers que les autres. Un argument de poids contre ceux qui viendraient à penser que l’exposition aux pesticides et plus particulièrement au glyphosate serait nocive. Cette étude se voit de plus complétée par une recherche américaine du Journal of the National Cancer Institute qui a démontré, elle aussi, que sur le long terme les cancers ne se développaient pas plus chez les agriculteurs que chez le reste de la population. 

Enfin, et pour clore le débat, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) définit le glyphosate comme étant un « cancérogène probable » en l’absence de preuves suffisantes pour affirmer qu’il s’agirait d’un réel cancérogène. De quoi calmer les ardeurs des Anti-glyphosate. 

Peut-être faudrait-il plutôt se pencher sur le cas des pesticides et des produits réellement toxiques tels que le Bisphénol A et autres perturbateurs endocriniens que l’on rencontre au quotidien. Il y a une volonté, dans ce débat, de détourner les regards de ce qui est, finalement, vraiment nocif. 

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Date de dernière mise à jour : 09/11/2018