Les forces de l'ordre doivent-elles avoir le LBD40 ?

Arnaud Dumontier et William Lacaille, le 01/03/2019


Depuis quelque temps, le LBD40 est pointé du doigt et notamment depuis les manifestations des Gilets Jaunes du 17 Novembre 2018. Les forces de l'ordre qui sont équipées de ces LBD40 sont donc au coeur de la tempête. Les forces de l'ordre doivent-elle être équipées de LBD40 ? Nos deux rédacteurs Arnaud et William sont divisés sur cette question et nous font part de leurs arguments.

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Munition de LBD40 avec sa douille

William : OUI

Les Lanceurs de Balles de Défense de 40mm (LBD40) sont depuis plusieurs mois souvent pointés du doigt pour les blessures qu’ils peuvent infliger et notamment depuis les manifestations des Gilets Jaunes. Ayant déjà été visé directement ou indirectement par des LBD, j’explique pourquoi je pense que le LBD reste important pour les forces de l’ordre.
 

Ces armes qualifiées de «sublétales» sont faites pour pouvoir se déformer sans pénétrer la surface à laquelle le projectile est confronté. C’est pour cela que  les munitions sont en majeure partie en caoutchouc.

LBD40 et Flash-Ball ont différentes distances d’utilisation mais ce sont des dispositifs qui jouent tout d’abord un rôle dissuasif. En effet, la détonation du Flash-Ball est équivalente à un fusil de chasse calibre 12. C’est notamment ce qu’énonçait Nicolas Sarkozy (occupant le poste de Ministre de l'Intérieur) au Monde en 2002 avec ce dispositif qui a pour but «d'impressionner».
 

Alors si ce dispositif est fait pour dissuader, qu'en est-il des blessés ?

Les FDO (forces de l'ordre) qui encadrent les différentes manifestations comme celles des Gilets Jaunes sont équipées de ces LBD40.

Durant les manifestations, l’usage des LBD40 a été très médiatisé notamment pour les blessés qui ont été touché au visage. Selon l’article de Libération du 31 Janvier 2019, le LBD a été utilisé à 9228 reprises (jusqu’à la date de publication). Il y aurait 92 manifestants et journalistes blessés parpar des tirs de LBD40, soit à peine 1%. Ce rapport entre Tirs/Blessés montre que très peu de gens sont gravement blessés parpar cette arme.

En revanche ce qu’il faut signaler c’est que sur ces 92 blessés, plusieurs ont perdu un oeil ou ont eu des séquelles suite à ces usages de LBD40. Selon l’article de Désarmons-Les ! 21 personnes ont perdu un oeil ce qui représente plus 28,26% soit plus d’un quart des blessés graves.
 

Pour résoudre ce problème, il faudrait des formations encore plus strictes que celles qui existent pour les détenteurs de LBD afin de les former à une meilleure utilisation. Cependant certains facteurs  gênent à la bonne visée des FDO comme la visière en plexiglass épais qui a tendance à déformer la visée mais cela ne suffit pas à justifier les blessures. Il faut au contraire trouver un moyen de mieux entraîner les porteurs de l’arme et de trouver des solutions pour une précision encore plus importante pour éviter des blessures graves.
 

Mais pourquoi garder les LBD40 si ceux-ci sont dangereux ?

J’ai régulièrement assisté aux manifestations des Gilets Jaunes à Rouen et j’ai pu observer comment étaient utilisés les LBD40 durant ces manifestations.

Tout d’abord, l’effet dissuasif fonctionne, dès que les LBD40 sont présent, les manifestants font beaucoup plus attention et dès que les FDO commencent à viser avec leur arme, les manifestants reculent. Mais dans les cas où la tension continue de monter, ils ont recours à leur LBD. Le bruit des tirs suffit à faire reculer la foule.
 

Les FDO, aussi appelées «Gardiens de la Paix» ne cherchent pas à blesser les manifestants. Ils sont là pour encadrer et maintenir l’ordre public et quand la situation semble s’envenimer ou devenir dangereuse pour les passants, les manifestants ou pour les forces de l’ordre elles-mêmes ils doivent avoir un moyen de défense. Le LBD est fait en dernier recours par les FDO qui se voient souvent comme la cible de jets de projectiles, feux d’artifices, peinture, cocktails molotov. Le LBD fait le lien entre dissuasion et efficacité tout en évitant la létalité.
 

Les manifestants savent que ce sont des armes non-létales mais ils oublient souvent qu’elles peuvent quand même faire très mal.

J’ai par ailleurs vu des blessés aux cuisses et au torse mais toujours par des tirs sur une grande distance. Un manifestant a été blessé au front selon Désarmons-Les !.

Pour ceux qui appellent à une utilisation abusives, des enquêtes sont régulièrement faites en interne pour juger les utilisations abusives et celles qui sont justifiées.
 

Par ailleurs, l’acte XII fut consacré à la contestation des violences policières et depuis cet acte, j’ai ressenti une grande baisse des réactions et des recours aux lacrymogènes et LBD de la part des FDO. Les manifestations sont donc plus calmes et moins marquées par des blessés.

Il y a une évolution qui doit se faire des deux côtés. Un effort des FDO pour une meilleure utilisation et un effort des manifestants pour éviter les affrontements et les débordements.

Arnaud : NON

Combien d’éborgnés ou d’écorchés supplémentaires faudra-t-il pour faire avancer les choses ?
 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes malheureusement, plus d’une centaine de personnes dont certaines grièvement lors des manifestations liées au mouvement des Gilets Jaunes, en ont déjà fait les frais. L’utilisation d’une arme sublétale, entendons ici une arme conçue pour ne pas tuer ou blesser “lourdement” mais bien pour repousser et maintenir l’ordre pose actuellement problème et suscite un débat en France. Il s’agit du LBD, lanceur de balle de défense sous sa forme complète, et plus particulièrement par sa version actuelle le LBD40, équipant les forces de l’ordre. Bien que cette arme soit sublétale, elle n’en reste pas moins potentiellement mortelle… Depuis son acquisition par la police nationale, en 2002, et ce jusqu’en 2013 on dénombrait déjà un décès ainsi que 23 yeux perdus. Mais son utilisation s’est intensifiée depuis le début du mouvement du 17 novembre.  Au 19 janvier, au moins 9 228 tirs de LBD40 avaient eu lieu… De quoi alarmer. Pourtant les consignes sont simples pour l’usage d’une telle arme : tirer au niveau de l’abdomen ou des parties inférieures. Néanmoins il est assez facile pour certains de confondre tibia et lobe frontal...
 

D’après certains médecins (CHU Besançon), recevoir un tir de LBD40,  en pleine tête équivaut à recevoir un parpaing en pleine tête d’une hauteur d’un mètre, autant dire que les dommages ne seront pas superficiels...
 

De ce fait, des citoyens descendant dans la rue pour réclamer, entre autres, une justice sociale sont accueillis à coups de matraques et balles de défense. Même s’il subsiste au sein de ces manifestations quelques éléments plus virulents, appelés les “casseurs”, n’hésitant pas à provoquer les forces de l’ordre ou à dégrader des biens publics, les rapports de force sont profondément disproportionnées.De même, les personnes blessées par les forces de l’ordre n’appartiennent généralement pas au “noyau dur” de ces manifestations qui est lui, à l’origine des dégradations mais ce sont plutôt des manifestants lambda, parfois des journalistes voire même quelque fois des “curieux”, s’étant approché un peu trop prêt de ces manifestations qui se retrouvent être les malheureuses cibles de ces armes.
 

Quand bien même une partie des manifestants s’empresse à lancer en direction des forces de l’ordre des cailloux, petits projectiles ou plus dernièrement des “cacatov”  (sorte de cocktail molotov où l’ingrédient principal, l’alcool, est échangé avec un jus d’excréments), la réplique des forces de l’ordre ne se fait pas attendre. Les plus chanceux en sortiront indemnes ou au mieux n’auront que des bleus, pour les autres, ce sera moins, glamour, mains arrachées (au moins 5) yeux crevés (au moins 19), visages mutilés (des centaines) ou encore coma pour certains. Sur la douzaine de personnes ayant perdu la vie en lien avec le mouvement des gilets jaunes, une seule personne est décédée lors des manifestations. Mais cela reste du moins de trop pour des manifestations.
 

Le LBD40 (Lanceur de balles de défense) mais également grenades de désencerclement et grenades fumigènes (GLI-F4)  sont des armes dangereuses dont la nocuité n’est plus à prouver.
 

Mais la question principale est celle du LBD40, nous sommes le seul pays en Europe à l’utiliser, bien que le Conseil de l’Europe ait dernièrement appelé la France à purement et simplement suspendre l’usage du LBD. Il est inconcevable que dans une démocratie comme la France, des forces policières censées maintenir l’ordre, assurer la sécurité de tous, puissent  réprimer aussi durement des manifestations populaires en mutilant le peuple français.
 

Il n’est pas question de se déclarer totalement pour ou totalement contre ces armes, mais plutôt à nuancer le propos, à s’interroger par exemple dans quelle mesure l’utilisation de telles armes serait justifiée, en faisant un moratoire sur sa manipulation, du moins en limitant au mieux son emploi, afin  d’éviter d’avoir davantage de blessés.

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Date de dernière mise à jour : 03/03/2019