Les Gilets Jaunes ont-ils raison ?

William Lacaille et Cécile Vienney, 30/11/2018


L’Avocat du Diable revient cette semaine en 1VS1 avec le débat omniprésent en ce moment : les Gilets Jaunes ont-ils raison ? Cécile et William s’opposent sur la question. Le sondage réalisé par La Voix du Robec sur Facebook donne le résultat de 44% favorables aux Gilets Jaunes et 56% défavorables pour 135 votants.

235007a5 005a 4fa7 922b 85847aa49b9a

Le mécontentement des Gilets Jaunes à Rouen sous le pont Flaubert. 

William : OUI


Suite à la décision du gouvernement d’Edouard Philippe d'augmenter les taxes sur les produits pétroliers et surtout sur les carburants automobiles, les prix à la pompe à essence vont flamber. Ceci va avoir un lourd impact sur le pouvoir d'achat des Français. Il faut donc réagir et faire comprendre que ce choix est néfaste pour limiter voire même annuler cette mesure.

Quelles sont les revendications des Gilets Jaunes ?

Ils sont contre l'augmentation du prix de l'essence et surtout pour une sauvegarde du pouvoir d'achat ! Mais les revendications vont parfois plus loin avec le souhait de rétablir l'ISF ou encore de créer une assemblée citoyenne sur la transition écologique pour que les citoyens puissent faire entendre leur voix de manière institutionnalisée. La liste des multiples revendications établie par les Gilets Jaunes  est longue et c’est ce qui fait leur force. 

Plusieurs pétitions ont été créées dont la pétition de Priscilla LUDOSKY (1 100 000 signatures sur le but du million et demi), la plus populaire. Mais la pétition ne suffira pas, il faut être entendu de manière plus directe. Une manifestation ? Une grève de la faim ? Mais est-ce que le gouvernement va vraiment réagir face aux actions ? Rien n'est moins sûr, il sera plus facile pour les militants de craquer et d'abandonner. Il faut une action avec un fort impact et notamment économique. C'est la raison des ralentissements et des blocages. 

Une fois que ces choix d'action ont étés pris, la mobilisation a gagné en ampleur ! Nombreux sont ceux qui veulent faire bouger ce système et faire comprendre que la démocratie est essentielle ! « Le gouvernement par le peuple et pour le peuple », or si une décision « pour le peuple » se révèle controversée, son avis est-il vraiment pris en compte ? 

C'est un combat qui se fait pour des idéaux et un souhait collectif. Les gens qui sont mobilisés sont de tous les horizons, chômeurs, travailleurs, retraités, mères au foyer… Si tous sont réunis et s’ils sont autant à contester, cela souligne bien l'état d'esprit général : un épuisement, un agacement et un ras-le-bol général qui doit cesser ! Sinon ce n'est plus un problème sur l'essence qui va se poser mais une question de pouvoir se nourrir et de vivre de manière décente. 

Nous avons pu voir après les différentes mobilisations les incidents qui se sont produits. Les Gilets Jaunes sont pacifistes, la majeure partie des incidents sont faits par des militants des deux extrêmes ainsi que des casseurs. Il n'est pas compliqué d'enfiler un gilet jaune pour rentrer dans le cortège. Certains Gilets Jaunes ont déclaré « ne pas avoir reconnu leur mouvement ». Les incidents ne sont pas seulement d'origine militante, les deux morts sont en lien avec des gens ayant forcé les barrages. Les conducteurs ont même eu de mauvais comportement envers les forces de l'ordre.

De plus, malgré les semaines qui s'écoulent et les différents événements, le soutien aux Gilets Jaunes reste stable et est à hauteur de plus de 75% en fonction des différents instituts de sondage. Il y a un véritable attachement à la lutte menée : la majorité des Français est d’accord avec ce qui est fait. 

Les Gilets Jaunes sont juste présents de manière pacifique pour contester des décisions et défendre le pouvoir d'achat des Français. Une guerre ne se fait pas sans perte et les automobilistes ont eu des comportements dangereux. Des casseurs se sont introduits, ce qui a apporté un regard négatif envers ce mouvement. Sans contestation, le gouvernement ne peut pas se rendre compte de la grogne qui monte.

Cécile : NON


Nous l'avons compris, le maître mot des Gilets Jaunes est « Blocage ». Depuis le 17 novembre, la plupart des grandes villes comme Toulouse, Paris ou Lyon mais aussi les zones rurales et les petites villes telles que Bréhal, Fougères, Bayeux ou encore Tourville-la-Rivière sont bloquées à corps et à cri. Mais plus qu'une ville, c'est toute une population qui se trouve victime de ces manifestations. Les Gilets Jaunes, en bloquant les rond-points, les accès aux autoroutes ou toutes sortes de voies routières, empêchent une grande majorité de Français de se rendre au travail et pour les plus jeunes, à l'école. Loin d'être un mouvement soutenu par tous, beaucoup de personnes se voient contraintes, dans la mesure du possible, de changer leurs horaires, de modifier leurs rendez-vous ou plus radicalement, de tout annuler.

Pour les Français qui ne peuvent faire autrement, ce sont de longues heures d'attentes dans les embouteillages qui s'annoncent. Le 20 novembre, en Charente à hauteur de Girac, sur la Nationale 10 s'est par exemple formé un embouteillage de plus de 30 km. Rappelons que cette nationale est l'un des axes majeurs de communications nord-sud dans la région. Les camions ont été bloqués dans les deux sens. Soulignons la menace que peuvent revêtir ces blocages pour les véhicules d'urgence qui transportent des personnes en danger. Les pompiers ou le SAMU, même s'il est vrai que la plupart des manifestants les laissent passer, sont tout de même considérablement ralentis. 

Ces embouteillages, en plus de faire croître la tension des Français, ont de lourdes conséquences sur le climat. En effet, une voiture consomme deux fois plus d'essence dans les bouchons. N'est-ce donc pas paradoxal de lutter contre l'augmentation du prix de l'essence tout en provoquant un gaspillage monstre ? Rajoutons à cela, la pollution de l'air causée par le brûlage de pneus, ce que l'on a pu voir sur la plupart des axes bloqués par les gilets jaunes.

Si la grande majorité des barrages reste nonviolente, plusieurs actes insupportables ont été enregistrés. Une vidéo a été diffusée sur laquelle une femme noire est victime de propos violents et racistes. Arrêtée au rond-point de la Trache à Cognac (Charentes), une automobiliste noire manifestement excédée, sort de sa voiture. Le ton monte rapidement et, devant ses enfants, plusieurs Gilets Jaunes lui crient de « retourner dans son pays » et qu'ils ne veulent « plus entendre parler de l'histoire des Noirs ». Les organisateurs démentent les propos mais la vidéo tourne déjà depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux.

Les Gilets Jaunes, en plus de bloquer les routes, s’attaquent désormais aux zones commerciales, nous en avons l’exemple avec celles de Barentin et de Tourville-la-Rivière. Les manifestants bloquent les accès aux magasins, empêchant de rentrer et de sortir les clients, ce qui provoque parfois des mouvements de panique et met en danger la sécurité de tous. Le blocage des magasins ne va finalement pénaliser qu’une seule partie de la population, les mêmes qui manifestent, ceux pour qui finir le mois est déjà compliqué. Le risque que prennent les Gilets Jaunes en faisant chuter les chiffres d’affaire des grandes enseignes est de se faire licencier. En somme, ils se portent préjudice à eux-mêmes. 

La colère des Gilets Jaunes est palpable et c'est exactement de cette colère que se nourrissent les partis extrêmes, qu'ils soient de droite ou de gauche. Le mouvement devient l'instrument des partis extrêmes contre le gouvernement. A ce propos, Yannick Jadot, militant écologiste et député européen depuis 2009 accuse les partis politiques extrêmes d'avoir « attisé la colère ». A sept mois des élections européennes, l'enjeu est de taille ; la peur et le mécontentement des Français semblent être le pain béni de ces mouvements des deux extrêmes politiques que sont le Rassemblement Nationale et la France Insoumise.

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 30/11/2018