PMA pour toutes : une évolution pour la société ?

Arnaud Dumontier, William Lacaille, 11/10/2019


La PMA (Procréation Médicalement Assistée) est actuellement au centre des débats avec notamment les changements de la loi bioéthique. La PMA pour toutes suscite beaucoup de réactions en faveurs mais aussi contre ce projet. Arnaud et William vous présentent les deux points de vue de l'opinion publique.

Pma

Arnaud : pour


"Une avancée majeure pour notre société afin de pallier l'exclusion des femmes homosexuelles et des femmes seules d'une pleine maternité" 

Les années 70 ont marqué le début des techniques de procréation médicalement assistées (PMA), avec la création des banques de sperme en 1968, la fécondation in vitro (fivète) en 1978, la naissance du premier bébé éprouvette en France, la petite Amandine en 1982...

Mais jusqu'ici, toutes ces avancées biologiques étaient exclusivement réservées aux couples hétérosexuels.

 

De nombreux pays ont aujourd'hui ouvert cette opportunité à toutes les femmes afin de mettre un terme à la discrimination quant à l'accessibilité à la PMA. Nous pouvons citer l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Danemark, la Suède, la Norvège, l'Irlande, etc. La France a donc un énorme retard à rattraper sur ses voisins européens afin de s'inscrire elle aussi, dans les pays permettant à toutes les femmes, de pouvoir procréer. 

D'ailleurs, puisque cela n'était pas possible en France, nombre de femmes, nous pouvons même parler de milliers de Françaises, n'ont eu d'autre choix que de se rendre à l'étranger, afin d'avoir recours à ces techniques, avant de pouvoir par la suite revenir en France. Dans le cas où il s'agit d'un couple de femmes, celle qui n'a pas accouché peut, conformément à l'avis de la Cour de cassation rendu le 22 septembre 2014, adopter l'enfant de sa conjointe, même s'il a été conçu à l'étranger, un autre exemple de notre hypocrisie législative à la Française…

Ce système de réserve de la PMA aux couples hétérosexuels est profondément discriminatoire. Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes et le Défenseur des droits au nom du principe d'égalité de traitement avaient déjà diagnostiqué ce problème, en 2015. Le CCNE a à son tour rendu en juin 2017 son avis concernant la PMA, il proposait de l'étendre à toutes les femmes. Nos institutions avaient donc déjà émis leur avis sur la question. Il ne manquait donc plus qu'une personne enclenche le processus…

En 2017, Emmanuel Macron présentait son programme électoral, en vue de la présidence de la république française. Parmi les différentes propositions, figurait l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. Il est donc logique que l'homme politique, maintenant président de la République, tienne ses promesses. Liberté de la femme de pouvoir procréer, Égalité entre toutes les femmes devant la procréation médicalement assistée, Fraternité au sein de notre société. 

Penchons-nous désormais sur l'opinion publique. Concernant l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, nous pouvons clairement voir que dorénavant, selon un sondage Ifop rendu le 13 septembre dernier, 68% des français se déclarent favorables à cette ouverture pour les femmes seules contre 53% en 1990 et 65% se déclarent favorables pour les couples de femmes contre 24% en 1990, soit une large majorité des français. Donc qu'attendons-nous pour légiférer ? 

Notre gouvernement a mis "en marche" le processus. Ce mercredi 9 octobre, au soir, les députés avaient terminé leur examen du projet de loi relatif à la bioéthique. Ils ont adopté en première lecture, l'ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes, ce qui n'a pas manqué de susciter une farouche indignation quant aux opposants à cette loi. Dimanche dernier, des dizaines de milliers de manifestants étaient descendus dans les rues parisiennes, aux appels du collectif "Marchons enfants" dont fait partie la "Manif pour Tous" afin de protester contre ce projet de loi qui a d'ores et déjà été adopté.

 

 

William : contre


Alors que le débat sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA) fait rage, les élus se penchent sur les lois bioéthiques qui pourraient changer l’accès à cette PMA. Cette question suscite beaucoup de clivages. Une manifestation contre la PMA s’est même déroulée à Paris et en province le 6 octobre dernier. Mais quelles sont leurs revendications ?

L’actuelle présidente de «La Manif pour Tous», Ludovine de La Rochère, explique tout d’abord que la question principale de cette manifestation n’est pas contre les homosexuels. Ce qui est ici contesté, en majorité, par les différentes associations présentes, c’est la remise en cause de la paternité. En effet la PMA pour toutes, si elle est mise en place, pourrait permettre aux femmes en couple homosexuel ou alors aux femmes célibataires de pouvoir avoir un enfant. Mais le problème majeur est la question de la figure paternelle qui, pour les manifestants, est nécessaire à l’enfant. Beaucoup expliquent qu'outre les couples homosexuels, les femmes célibataires souhaitant avoir un enfant pourraient en avoir un sans nécessiter de conjoint. Cela poserait un véritable problème pour l’enfant, car la figure paternelle serait importante pour sa construction. L’homme ne deviendrait en somme qu’un “fournisseur de sperme” et n’interviendrait plus dans le processus d’éducation. 

Lors d’une interview à Europe 1, Jean-François Mattei, Ministre de la santé sous Jacques Chirac, évoque lui aussi cette question de l’équilibre chez l’enfant dû au manque d’un père.Il explique : «les psychiatres, les pédopsychiatres et les psychologues, en très grande majorité, nous disent : “nous serions bien en peine de dire dans le détail ce qu’apporte la présence d’un père, mais en revanche, nous savons parler des conséquences de l’absence d’un père”».

En effet, la PMA utilise le don de sperme : quand un enfant est issu d’une PMA, il lui est impossible de savoir qui est son géniteur. Mais le plus gros problème qui semble être à venir avec le don de sperme, ce sont les réserves de cette banque qui sont assez basses et loin de pouvoir supporter une ouverture de la PMA à un public plus large.

La PMA, qui était initialement prévue comme une alternative médicale face à une pathologie ou l’infertilité du conjoint, va donc devenir une nouvelle option pour toutes les femmes célibataires, en mal d’enfant. Mais la liste d’attente pour les interventions va s'agrandir et les couples qui sont médicalement indisposés à avoir un enfant auront, eux aussi, une attente plus longue. Cela entraînera donc de plus en plus de difficultés pour tous d’avoir un accès à la PMA.

De plus, beaucoup ont peur que cette ouverture de la PMA entraîne une avancée vers la GPA (Gestation Pour Autrui), un sujet beaucoup plus sensible, puisqu’elle fait appel à des mères porteuses, une sorte de commerce illégal pour certains pays et légal pour d’autres. L’autre crainte est celle d’aller de plus en plus loin dans le transhumanisme, c’est-à-dire la modification de l’humain de manière artificielle et non naturelle. 

 

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Date de dernière mise à jour : 12/10/2019