Pour ou contre l’arrêt du nucléaire ?

Théo Alleaume, Anne Laure Bancel, 20/03/2020


C'est un débat qui gangrène et divise les français depuis des années : pour ou contre le démantèlement des centrales nucléaires en France ? Nous nous sommes posés cette question et avons décidé d’y répondre dans ce 1vs1 opposant Théo et Anne Laure !

Centrale de dampierre

Centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, 2010

Théo : pour le démantèlement


Pour moi ce débat a assez duré et il est temps d’y mettre un terme. Jouer avec le nucléaire est une très mauvaise idée et l’Histoire nous l’a montré plus d’une fois. L’incident de Tchernobyl, en Ukraine nous parle moins car le 26 avril 1986 est une date qui nous est lointaine. Cependant, je suis persuadé que vos parents s’en rappelle encore, des terribles images de l’explosion, de la crainte de voir le nuage toxique arrivé jusqu’en France, mais qui, heureusement, s’est arrêté à notre frontière. Notre génération a en mémoire la catastrophe de Fukushima, au Japon, le 11 mars 2011. Le tremblement de terre qui a eu lieu a eu des conséquences terribles sur le Japon et selon un article du Monde, le pays ne semble toujours pas s’être remis des 18000 victimes de la catastrophe ni des conséquences des retombées radioactives de l’explosion.

Bien que ce soit arrivé à l’autre bout du monde, il est tout à fait possible que cela arrive en France, comme nous l’explique Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) dans une interview accordée à Libération : “Il faut imaginer qu'un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe. Je ne sais pas donner la probabilité et on fait un maximum pour éviter que ça arrive, mais malgré tout, on pose le principe que ça peut arriver”. Ce risque aurait des conséquences dramatiques quand on sait qu’environ ⅔ des Français vivent dans un rayon de 75 km autour d’un réacteur nucléaire selon Greenpeace. Toujours selon l’ONG, ils estiment que le rayon minimum d’impact mesuré sur un accident nucléaire est de 80 km.

Au-delà du risque d’explosion, le nucléaire est dangereux, que ce soit pour la santé ou pour l’environnement. Ce qui est dangereux avec le nucléaire, c’est le dose à laquelle on est exposée. Une dose se mesure en millisieverts (mSv). Par exemple, on estime qu’à Paris, l’irradiation naturelle s’élève à 2,5 mSv/an. Plus la dose en mSv est grande dans votre organisme, plus les effets de la radioactivité sont important. Vers 700 mSv, des signes avant-coureurs comme des nausées ou des vomissements se manifestent. 4500 mSv équivaut à une dose létale pour une Homme. On estime qu’à cette dose, la probabilité de décéder est de 50%, causés par la destruction de votre moelle osseuse. Et au-delà de 6000 mSv, la mort n’est pas loin, soit en quelques heures par oedème cérébral, soit en quelques jours causée par destruction de la paroi du tube digestif. Il faut également ajouter l’apparition de tumeurs ou de cancers notamment celui de la thyroïde. Après la destruction des villes d’Hiroshima et de Nagasaki, environ 90.000 personnes avaient été suivies de près par des médecins. On a remarqué, pour les personnes ayant été exposées à au moins 100 mSv, un pic de leucémie six à sept ans après le bombardement.
Ces conséquences se ressentent aussi sur l’environnement ou des objets du quotidien. Le photographe Masamichi Kagaya, six ans après la catastrophe de Fukushima, nous montre les effets de la radioactivité sur les objets du quotidien. Si les vidéos vous parlent plus, les youtubeurs Mamytwink et LE GRAND JD se sont rendus respectivement à Tchernobyl et à Fukushima et leur compte-rendu montre très bien les effets de la radioactivité sur l’environnement.

Mais le nucléaire n’impacte pas que notre santé, il impacte également notre portefeuille. En effet, le nucléaire coûte cher, très cher. Dans un rapport de la Cour des Comptes, publié en 2012, on estimait à environ 121 milliards d’euros dépensés depuis 1945. Ce chiffre comprend notamment 96 milliards pour les 58 réacteurs en France, répartis en 19 centrales. À ces chiffres s’ajoutent les coûts de recherche, d’investissement et de dépenses ce qui fait grimper l’addition à 188 milliards d’euros. De plus, il faut ajouter le coût du personnel, d’entretien, de gestions des déchets…

Ces mêmes déchets qui s’entassent et dont on ne sait quoi  faire. En France, selon l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs), on estime à 2 kilos/habitant de déchets produits. Hautement radioactifs, ces déchets doivent être enfouis très profondément sous terre afin de limiter leur impact sur notre quotidien. Si nous savons où sont enterrés ces déchets, qu’en sera-t-il des générations futures

Les défenseurs du nucléaire avanceront l’argument de la mise à pied de beaucoup de personnes, ainsi que des différentes conséquences que cela aurait sur les personnes dépendantes du nucléaire. Certes, dans un premier temps, cela aurait des effets sur le court terme. Cependant, dans un soucis de transition énergétique, l’abandon du nucléaire est obligatoire. C’est en 2013 que Greenpeace a élaboré ce scénario. Puis c’est l’association négaWatt qui a élaboré le scénario négaWatt 2017-2050. D’après ce scénario, la France pourrait utiliser 100% d’énergies renouvelables, mais aussi atteindre une neutralité carbone. Cela permettrait de remplacer le nucléaire, mais aussi de créer des emplois car le secteur de l’énergie est un des plus importants en France. 

Anne Laure : contre le démantèlement 


Après les accidents historiques survenus dans des centrales nucléaires (Tchernobyl, Fukushima), de nombreux pays ont décidé de fermer leurs centrales nucléaires, et de réaliser leur démantèlement. C’est le cas de l’Italie, suivie de l’Allemagne, la Belgique et de la Suisse. Revenons sur le cas de la France : il existe en France 121 installations nucléaires de base, dont 14 sont en cours de démantèlement. C’est du moins l’objectif que le gouvernement s’est fixé avant 2035.

Les avis sont partagés à propos du nucléaire : beaucoup pensent qu’il représente un danger, mais pour les employés des usines, et habitants proches, la fermeture aurait un coût important.

En effet, le démantèlement d’un réacteur nucléaire passe par plusieurs étapes 

Phase 1 : La mise à l’arrêt définitive de la centrale, avec le démontage des installations non-nucléaires, et la vidange des combustibles. A ce stade, environ 99.9 % de la radioactivité est éliminée.

Phase 2 : Le démantèlement hors bâtiment réacteur : cette phase démarre après l’obtention du décret de mise à l’arrêt définitif, et consiste à démonter l’ensemble des équipements et bâtiments, hors bâtiment réacteur.

Phase 3 : Démonter le bâtiment réacteur : c’est-à-dire le démantèlement de la cuve, et l’assainissement des sols. Une fois cette étape achevée, le site retrouve son niveau de radioactivité naturelle et ne nécessite plus de surveillance active.

Ces 3 étapes prennent ainsi beaucoup de temps, et nécessitent une mobilisation de machines et d’ouvriers qui coûte des centaines de milliers d’euros à l’Etat. 

Lors de son mandat, François Hollande a promis la fermeture de la plus ancienne centrale nucléaire de France : il s’agit de Fessenheim, localisée dans le Haut Rhin. La fermeture de cette centrale, a été très longue, puisque le président a envisagé pour la première fois l’idée en 2012. Mais il aura fallu attendre le 22 février 2020 avant l’arrêt total des activités, car l’obtention du décret et les travaux prennent du temps.

S’ajoute à cela le versement d’indemnités à EDF, pour cause de bénéfices manqués sur la centrale nucléaire. La fermeture génère donc d’énormes dépenses pour l’Etat.

Selon la cour des comptes, lors de la fermeture de Fessenheim, les coûts étaient bien supérieurs aux bénéfices, car la centrale fonctionnait sans le moindre accident.

Ensuite, le démantèlement des usines nucléaires génère aussi des coûts en termes d’emplois : 

Voilà l’argument le plus utilisé contre les fermetures des réacteurs nucléaires : lorsqu’une centrale est à l’arrêt, ce sont des milliers de personnes qui se retrouvent sans emplois. Que ce soit Fessenheim, Bugey, le Havre ; le discours est le même : une usine nucléaire offre plus de 2000 emplois (maintenance, techniciens, ouvriers, gestionnaires…).

Selon une interview réalisée par France Culture : Un salarié délégué CFDT travaillant à Fessenheim s’exprime : "La grande partie de ma carrière, je l'ai passé dans cette centrale. Et la voir mourir pour des raisons électoralistes, on trouve tous que c'est un véritable gâchis industriel, social et économique.” En effet, la plupart des travailleurs de l’usine alsacienne sont convaincus que la fermeture de leur usine est causée par des motivations électorales, et non par de réels motifs écologiques. De nombreuses manifestations de salariés ont eu lieu, pour clamer le fait que malgré sa vieillesse, cette centrale fonctionnait impeccablement.

De plus, la fermeture d’une centrale occasionne un coût en termes de développement économique pour les villes et villages environnants : disparitions de commerces, d’habitants… le maire de Fessenheim, a estimé, selon France Culture : "qu'environ 200 personnes vont partir, multiplié par 2,5 (à peu près la composition familiale), ça fait entre 400 et 500 personnes qui peuvent quitter la commune, sur 2400 habitants."

En effet, chaque démantèlement d’une nouvelle centrale ce sont des emplois en moins, et ces personnes sont souvent contraintes de changer de commune, car il y a souvent très peu de travail disponible dans les zones dans lesquelles sont localisées les centrales, classées zones à risque. Qui dit déménagement des employés dit perte d’habitants, et donc moins de consommation dans les commerces, bars des villes environnantes. Ces dernières se retrouvent donc en difficulté économiques.

De plus, le démantèlement d’une centrale nucléaire est aussi une perte d’un point de vue écologique :

Une faute écologique : le nucléaire est une énergie de masse qui ne dégage presque pas de gaz à effet de serre alors que l’installation produit 1.8 GW d’électricité. La France risque d’alourdir ses émissions de gaz à effet de serre, car il existe peu d’énergie capable de produire une quantité aussi importante d’électricité sans polluer.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 20/03/2020