Affaire De Rugy : victime de l'opinion publique

William Lacaille, le 06/09/2019


Le début de l'été fut marqué par un scandale dans les plus hautes sphères de l'état et a mobilisé l'opinion publicque pendant de nombreuses semaines : l'affaire De Rugy. Mais qu'en est-il de cette affaire ? En quoi fut-elle un scandale ? Comment s'est-elle terminée ? Pourquoi je suis totalement excédé par l'opinion publique ? Ce feuilleton de l'été a passioné beacoup de français, en voici un résumé subjectif.

 

François De Rugy, au coeur d’un scandale

 

Épisode 1 : Les dîners luxueux

L'affaire De Rugy aussi nommée «l'affaire des homards» a donc débutée le 10 Juillet après la révélation par Mediapart d'une quinzaine de dîners faits par le Ministre de la transition Écologique François De Rugy quand il occupait le poste de Président de l'Assemblée Nationale. Mais qu’il y a t-il de dérangeant à organiser des dîners ? Selon Médiapart et ce qui sera confirmé par la suite, ces dîners étaient organisés par De Rugy et payés par l'Etat alors que les politiques instauraient des restrictions budgétaires. De plus, une photo qui a fait scandale est celle des homards géants, le champagne et le vin blanc entre 265 et 550€ la bouteille à profusion sur la table. De plus, beaucoup affirment que ces repas ne seraient pas liés au cadre professionnel, ce qui n’a pas manqué après de nombreuses manifestations de gilets jaunes, de soulever une énorme contestation de l’opinion publique.
 

Mais la question que je me suis posé alors est la suivante : Pourquoi l'opinion publique se mêle-t-elle aussi rapidement de cette affaire et en précipite les jugements sans avoir aucune réponse de l’accusé ? 

Certes on a le droit de donner son avis mais juger trop rapidement et jouer le rôle d’un éventuel tribunal ça semble assez perturbant. 

Malgré les différentes explications et interventions du ministre, j’ai l’impression que personne ne l’a écouté, le jugeant désormais coupable. Beaucoup ont donc appelé le ministre à démissionner avant même qu’une enquête interne soit faite. De Rugy basait justement et humblement sa défense sur cela : si l’enquête déterminait une faute, alors il s’engageait à rembourser l’intégralité des frais. Or le mal était déjà fait et sa crédibilité totalement ruinée. 

 

Des bouteilles de vin allant de 250 à 550€ l’unité, ça ne passe pas pour tout le monde

 

Épisode 2 : Les logements et aménagements

 

Deuxième élément à charge qui s'est ajouté peu après cette première révélation, celui du logement de sa directrice de cabinet, Nicole Klein. Elle aurait profité d’un logement social entre 2006 et 2018 sur Paris alors qu’elle travaillait loin de la capitale. Ce qui est problématique dans cette situation, ce sont les demandeurs de logement sociaux qui sont en attente alors que des logements ne sont pas occupés pendant plus de 10 ans… Cela n’a pas manqué, une fois de plus, de mettre le feu aux poudres. Le limogeage de la directrice du cabinet par François De Rugy semble d’autant plus paradoxal qu’il est lui même visé par de nombreuses demandes de démission lié aux dénonciations de Mediapart. 

Mais un point qui va encore plus assombrir le tableau de cette affaire De Rugy : des travaux à hauteur de 63000 euros dans les appartements privés de son ministère. On pourrait encore justifier ces travaux en disant que les vieux bâtiments ont besoin d’être rénovés. Mais ici 17000€ sont alloués à l’installation d’un dressing ! Est-ce vraiment nécessaire ? Rapidement l’opinion publique est de nouveau intervenue en masse pour critiquer et la justification du ministre qui est passée par le fait d’une certaine “vétusté” du bâtiment. Or un des ouvriers à confié à posteriori avoir fait des travaux qu’il jugeait plus de confort que de nécessité. De Rugy a regretté avoir payé le prix le plus cher du marché pour ses travaux mais il ne semble pas avoir fait l’effort de chercher des artisans qui peuvent faire le tout pour un moindre coût. Difficile de le plaindre sur ce point là. Mais encore une fois l’opinion publique appelle en masse pour qu’il démissionne avant même une véritable investigation. 

 

Parmis les 63000€, 35000€ sont dédiés à la peinture des appartements du ministère

 

C’est vraiment un point que je veux dénoncer ici, sous prétexte qu’une histoire, un scandale est rendu publique, il faut absolument dire ce que l’on pense et imposer une sentence dont on ne peut même pas appliquer les contraintes. Entre les discussions de comptoir qui disent que tout le gouvernement devrait démissionner pour cette faute et les personnes qui profitent de cette affaire pour en faire une magnifique récupération politique, je trouve qu’il vaut mieux laisser cette affaire à des gens qui sont compétents pour juger et qui auront toutes les clés du dossier.

Épisode 3 : La démission

 

Après avoir dénoncé un «lynchage médiatique» et avoir porté plainte pour diffamation envers Mediapart, François De Rugy a finalement pris la décision, après avoir soumis la requête au premier ministre Edouard Philippe, de démissionner. Beaucoup lient cette démission avec de nouvelles révélations sur l’IRFM (Indemnité Représentative de Frais de Mandat) et son utilisation par François De Rugy. Cette indemnisation est une somme d’argent versée en complément du salaire et qui doit être utilisée pour financer des frais et prestations liées à la fonction d’un parlementaire.  Ces dépenses doivent être strictement liées à cette fonction et ne doivent pas être détournées pour une quelconque autre activité politique en dehors de la fonction parlementaire. Selon Mediapart, De Rugy aurait utilisé ce revenu supplémentaire pour faire des dons directement à son parti EELV. Or cette situation est assez complexe car lors des versements (2013 et 2014), cette transaction financière était légale. Mais depuis 2015, cela est devenu interdit et à posé de nombreux problèmes moraux.

 

Nouvelle affaire et donc de nouveaux des reproches pour De Rugy qui explique que sa démission est en partie liée à ce lynchage médiatique qui l’a empêché de pouvoir se concentrer complètement sur sa tâche primaire de ministre et donc se voyant réduit dans ses capacités, il a choisi d’abandonner ses fonctions. 

Et cela vient finalement confirmer les craintes que j’avais durant ce feuilleton : le risque que l’opinion publique prime devant les faits et enquêtes des organismes habilités….

De simples révélations qui sont certes, étoffées mais qui ne sont pas directement vérifiées et confirmées. Malheureusement en plus de cela, les proportions de cette affaires ce sont agrandies de manière considérable et le public s’est fait juge au point de mener à une sorte de lynchage médiatique qui a selon l’accusé, empêcher de remplir les fonctions desquelles il était en charge. 

 

Edouard Philippe (à gauche) a accepté la démission de François De Rugy

 

Après sa démission, les enquêtes ont été faites par l'Assemblée et le gouvernement, et ce sont révélées en faveur du fait qu’«aucune irrégularité» n’avait été décelée. De Rugy s’est retrouvé blanchi des accusations tout en ayant perdu son poste car jugé trop vite par l’opinion publique et les médias qui n'avaient pas fait d’enquêtes approfondies. Certes ces enquêtes n’ont pas été faites de manière indépendantes mais, on connaît l’état et sa soif d’économies d’argent, il aurait été possible de voir des fautes imputées au Ministre. En revanche il faut souligner le fait que le prix de certaines prestations ont été jugés «manifestement excessif», ce qui blanchi que partiellement la réputation de De Rugy. Comme je l’ai dit précédemment, je trouve qu’il n’a pas fait l’effort de chercher des artisans peu chers pour réaliser un maximum d’économies.

Cette affaire reste donc très controversée et les jugements n'ont pas toujours été juste. L'opinion publique peut-être consultée mais ne doit en aucun cas se faire le juge d'une affaire aussi complexe que celle-ci. Certaines actions de De Rugy ont été jugées douteuses mais aucune ne l'a mise en cause.

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Date de dernière mise à jour : 06/09/2019