Est-il nécessaire d’interdire le tabac aujourd’hui ?

Arnaud Dumontier, 23/11/2018


En ce mois de novembre, les feuilles tombent, le grand froid est de retour et le tabac est boudé. En effet c’est à cette période de l’année que l’opération « Moi(s) sans Tabac » est lancée depuis deux ans déjà en France. Elle connaît dès lors un franc succès. De plus en plus de français s’adonnent à ce défi collectif et certains même parviennent à le relever. Chapeau. Cet évènement encourage donc, vous l’aurez deviné, à arrêter sa consommation de tabac dont la nocivité n’est plus à prouver désormais.

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Paquet de cigarettes avant l’arrivée du paquet neutre.

6 millions de morts par an dans le monde

Dont 700 000 en Europe et 73 000 seulement en France. La cigarette tue plus que le sida et le paludisme réunis. Mais qu’attendons-nous pour l’interdire ? Selon un sondage de La Voix du Robec réalisé sur un échantillon de 530 étudiants rouennais, 41% des personnes interrogées affirment qu’il faut l’interdire.

D’ores et déjà, on l’a interdite dans les lieux publics, interdite aux mineurs, imposé un paquet neutre et le paquet coûtera 10 euros en 2020. Des campagnes publicitaires sont mises en vigueur depuis de nombreuses années car il vaut mieux prévenir que guérir. Dans cette lancée, nous pourrions effectivement entreprendre un processus d’interdiction totale du tabac. Une sorte de prohibition du tabac en définitive.

« Nuire pour le plaisir, c’est le propre de l’homme »

Ce produit psychotrope agit sur le cerveau principalement par la nicotine qui crée une forme de dépendance. Cela procure du bien-être chez le fumeur, un bien-être illusoire. Le tabac crée un manque, dont il est difficile de se défaire. Interdire serait criminaliser le fumeur au lieu de l’aider. D’importantes mesures sont déjà mises en place dans notre pays. La prise en charge médicale des fumeurs coûte déjà des milliards d’euros à l’Etat. Aider, mais pas forcer.

Oseriez-vous arracher la pinte de votre voisin étudiant en lui prétextant que c’est pour son bien sachant que l’alcool est lié à la mort de 3 millions de personnes chaque année dans le monde ? Non, certainement pas. Certes c’est un plaisir, un plaisir nuisant à sa propre santé. Mais il reste toujours un droit de se nuire au nom de la liberté. Si on devait interdire tout ce qui est nocif à notre propre santé on ne serait pas sorti de l’auberge ! Le fumeur est conscient de la dangerosité du tabac, même avant de commencer à fumer. Il est d’autant plus important d’insister sur le fait que l’on ne force personne à fumer, et comme toute liberté individuelle on ne pourrait forcer à arrêter. Ceci dit, il est important d’accompagner une personne souhaitant effectivement dire stop à la cigarette, car bien que légal, le tabac reste une drogue addictive, et comme pour toute drogue il faut un sevrage, une désintoxication suivie médicalement. 

Le point négatif resterait donc le tabagisme passif, toutes ces personnes qui n’ont pas forcément envie d’avoir un cancer des poumons. Je les comprends totalement.

Un réel Impact

L’interdire directement, en plus d’inciter certains fumeurs à aller s’approvisionner à la frontière (Belgique, Andorre) où les tarifs concernant le tabac sont bien plus bas, c’est créer une « Mafia Nicotina » en France, encourager la naissance de petits Al Capone, et nourrir un marché parallèle qui est déjà présent dans l’Hexagone.

L’Etat quant à lui perdrait une source de revenu substantielle, 14 milliards d’euros de taxes directes (environ 80% du paquet) et 6,6 milliards de “retraites évitées”, du fait de la mort prématurée de fumeurs selon l’OFDT ! L’argent des taxes irait directement dans les caisses de la sécurité sociale tandis que la TVA financerait la branche maladie de l’assurance-maladie. Et nos buralistes seraient aussi victimes de cette interdiction, des petits commerces fermeraient et une vingtaine de milliers de personnes se retrouverait sur la paille. Oui la cigarette tue mais fait vivre aussi. 

Une interdiction ne baisserait pas forcément la consommation de tabac, les fumeurs n'arrêteront pas d’en « griller une » du jour au lendemain car c’est illégal. On peut déjà voir  comment l’interdiction du cannabis fonctionne dans le premier pays consommateur de marijuana d’Europe.

Ceci étant, on pourrait rendre l’accès au tabac de plus en plus difficile dans le pays, en augmentant son prix afin de financer les soins directement, aider ceux qui fument à cesser de le faire, encourager les jeunes à ne pas commencer, et pourquoi pas, si la consommation baisse drastiquement, envisager un réel durcissement de la loi sur ce produit sans jamais l’interdire totalement, mais en rendant le tabac obsolète.

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Date de dernière mise à jour : 23/11/2018