Femmes des temps modernes : Guerrière ou Sorcière ?

Alicia Trotin, 10/04/2020


Ce 8 Mars 2020 a été mouvementé, et après les avalanches d’affaires dont les femmes ont été les principales concernées, il est normal de se sentir perdu. Ensemble, c’est l’histoire des combats des femmes que l’on va retracer : d’où cela a-t-il commencé, et où en sommes-nous aujourd'hui ?

Je vais tenter de vous convaincre que ce n’est pas une histoire d’hystériques, mais une histoire de citoyens et de citoyennes, voir d’humains. Pour qu’on puisse se comprendre, s’entendre et s’accorder, voici comment tout a commencé.

Femmes des temps modernes

Naissance des Fondamentaux, de nos droits actuels 

Le Féminisme n’est pas né au 19e siècle quand les suffragettes ont décidé de demander le droit de vote à travers le monde. Il est né il y a bien longtemps, quand des femmes douées en médecine ou en rhétorique ont été brûlés pour sorcellerie, dès le Moyen-Âge.
La 1e Vague reconnue fût de 1840 à 1948 où les femmes se sont battues pour obtenir le graal de l’époque : le droit de vote. Durant ces précieuses années, elles ont obtenu le droit au salaire (1907), le droit au baccalauréat (1924), et même le droit d’aller à l’université.

La 2e Vague se forme dans les années 60, avec le droit à l’indépendance financière : en 1965, la femme peut ouvrir un compte en banque et même travailler, tout cela, sans l’accord de son mari. Quelques années après, l’impensable fût permis : la libération sexuelle (on dit merci Simone).
En effet, Simone Veil nous apporte sur un plateau le droit à la contraception et à l’avortement le 26 Novembre 1974. “Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir” avait-elle déclaré devant cette assemblée à majorité masculine, à cette femme courageuse, on a maintenant envie de dire : nous non plus.
Les années 90 ont détruit les codes sociaux, pas tous, mais la plupart. L’orage gronde à nouveau après une libération des codes vestimentaires et sociaux, la musique et le cinéma illuminent cette nouvelle liberté : sexualité omniprésente, femmes nues, femmes cadre, femmes indépendantes, et même Journée des droits de la femme, bref la femme est partout.

Mais est-ce vraiment la fin du combat ?

2017 : Début de la 3e Vague ? 

En 2013, la nouvelle décennie prend du recul et prend conscience qu’en mini-jupe ou en pantalon : Madame Égalité n’est toujours pas arrivée. C’est là que le terme Féminisme devient un gros mot, une honte même pour certaines femmes. Le viol lui est pire : un tabou. 

Alors qu’en 70’, les femmes étaient solidaires, les années 2000 creusent l’écart au sein du genre. Féministes ou pas, burkini ou bikini, cheveux longs ou cheveux courts, celles qui se battent et celles qui se disent “Carpe Diem”. Deux camps s’affrontent, la lutte perd son entrain, la colère guide celles qui se sentent concernées, et la parole des unes se trouve souvent remise en cause par d’autres.

Le 7e art enquête 

C’est en 2004 que Sharon Waxman, journaliste au New York Times, décide de donner un premier coup de pied dans la fourmilière. Elle réussit à recueillir un premier témoignage accusant Harvey Weinstein d'agressions sexuelles.
Cependant, ce monstre du cinéma est si puissant à l’époque que la rédaction décide au dernier moment de ne rien publier. À partir de là les rumeurs fusent, on parle d’une liste rouge d’actrices susceptibles de le dénoncer, ou encore d’espions chargés de protéger le producteur contre toutes accusations. C’est donc un véritable réseau qui protège le producteur milliardaire.

Octobre 2017, c’est l’actrice américaine Rose McGowan qui met fin à cet interminable silence. Grâce aux réseaux sociaux, elle est entendue et suivie. Une première qui sera un succès sans précédent pour une affaire de viol. À l’ère des hashtags, les révélations vont se faire avec le mouvement #metoo, c’est un véritable “web-tsunami”. De nombreuses actrices allant de Gwyneth Paltrow à Angelina Jolie en passant par Asia Argento, ou encore Léa Seydoux. 

Avec lui, d’autres hommes du showbiz tombent et en quelques jours, c’est l’hécatombe. Le réalisateur James Toback qui était accusé par pas moins de 38 femmes, le photographe Terry Richardson fuit par Vanity Fair et Vogue après des années d’attouchements. Et l’acteur Kevin Spacey, n’échappe pas non plus à cette vague de révélations. Abdellatif Kechiche, Woody Allen, Roman Polanski et bien d’autres se retrouvent eux aussi sur le banc des accusés.
On voit faire surface des projet à destinations des femmes dans le milieu professionnel, comme “Time’s Up” pour annoncer la fin du harcèlement dans le 7e art.

Retour au pays de Simone de Beauvoir, où le film J’accuse est présenté comme LE grand film de cette fin 2019 dans les salles obscures.
C’est ce moment que l’actrice Valentine Monnier a choisi, pour parler de manière plus détaillée du viol et de la tentative d’ingestion de drogue que lui a fait subir le réalisateur, en 1975. Déjà poursuivi aux États-Unis depuis 1978, 12 femmes l’accusent, pourtant l’homme et l’artiste sont récompensés à de nombreuses reprises (Oscar du meilleur réalisateur en 2003, Césars du meilleur réalisateur en 2014 et en 2020).

Ce dernier prix le 28 Février 2020 a retenti comme une explosion, Adèle Haenel “se casse”, Virginie Despentes “emmerde” le patriarcat dans une  tribune enflammée, Natasha Polony lui répond… C’est une honte, un scandale, l’affaire de trop.

Quelques jours plus tôt, Weinstein avait été jugé coupable et passible d’une peine de 25 ans de prison (en revanche pour le badge de “Prédateur sexuel”, il faudra attendre). C’est alors une première victoire depuis 2017, les femmes ont défilées dans les rues ces 7 et 8 mars 2020, elles étaient prises aux tripes par cette avancée monumentale à la fois pour le mouvement Metoo, et par cette déclaration de guerre contre les gros bonnets du cinéma. Cependant, la partie n’est pas finie.

Une nouvelle ère

Fort heureusement, le 21e siècle ce n’est pas que de la confrontation et de la tempête. Les moeurs ont évoluées : la femme est indépendante, elle n’est plus cloîtrée entre la cuisine et le linge, et les enfants ne sont plus son seul plan de carrière.
Les exigences ne sont plus les mêmes, le modèle de la femme parfaite, après avoir évolué d’années en années, s’efface doucement. Les rondeurs, les vergetures, fesses plates ou rebondies, bonnet B ou bonnet F, pilosité et compagnie : la diversité se veut normalisée, notamment avec le #bodypositive ou le défi #Januhairy. Encore une fois, internet participe au changement.

Les désagréments féminins tels que les menstruations, l’endométriose pour certaines, sont exposés aux grands publics pour une meilleur connaissance et à terme, la fin d’une honte injustifiée.
La pluralité de l’image féminine est accompagnée par la communauté LGBTQI+, de plus en plus nombreuse puisque l’identité et l’attirance sexuelle s’assume d’avantage. Les communautés s'unissent pour avoir un plus grand impact avec les messages délivrés.

Du coup, c’est quoi être féministe ?

En 1968, des femmes engagées dans la lutte contre le patriarcat (système où la gente masculine est la seule autorité possible) ont décidées de mettre de la bonne humeur, voir du piquant dans les manifestations.
Elles sont fait appelées W.I.T.C.H (Women’s International Terrorists Conspiracy from Hell = la Conspiration Féminine Terroriste Internationale des Enfers). Leur but était de faire peur avec une touche humoristique. Elles ont écrit un manifeste dans lequel elles inscrivent les idées défendues par ce groupe pour le moins radical : 

 

"Il n’y a pas d’adhérentes WITCH.

Si vous êtes une femme et osez regarder en vous-même,

Vous êtes une Sorcière.

Vous établissez vos propres règles.

Vous êtes libres et belles.

Vous pouvez être invisibles ou apparentes,

Selon comment vous choisissez de faire connaître ou non votre sorcellerie."

 

Elles ont commencé à arriver dans de grandes organisations comme à Wall Street lors d’un festival religieux annuel, puis au Salon du mariage prônant sur des tracts que “le mariage était une institution déshumanisante, une prostitution légale des femmes”, souvent habillées tout en noire en allusion à la figure de la sorcière à laquelle elles s'identifient. Ce groupe d’activistes s’est propagé dans toutes les grandes villes des États-Unis et elles libèrent cette rancoeur enfermée pendant tant d’années, qui a été nourrie du mépris des hommes. Régulièrement, elles dénoncent le statut de la femme, réduite à l'esclavage. Leur volonté d’effrayer le patriarcat était sans limite, ou presque. 

Néanmoins le début des années 1970 les fait disparaître. Pour ne refaire surface qu’une cinquantaine d’années plus tard sous le nom de Witch block dans les manifestations où on ne les attend pas. 

L'extrémisme féminin s’est sagement endormi, pour se réveiller en 2008 avec un nouveau groupe : les Femens. Né en Ukraine, ce mouvement autant physique que moral, symbolisé par les seins nus de ces activistes, la pauvreté et la vulnérabilité des femmes qui ne sont finalement propriétaire que de leur corps. Ce mouvement féministe, par leurs actions extrêmes, a su se faire remarquer : des défilés de femmes poitrines à nu, avec pour objectif de défendre les droits des femmes bafouées. Ce sont ces irruptions très organisées lors d’événements médiatisés qui ont fait leur réputation.

On peut préférer sa carrière professionnelle à une famille nombreuse, assumer sa féminité peu importe la fréquentation des rues, être une maman épanouie, être une femme d’affaire célibataire, venir de quartiers difficiles ou d’arrondissements côtés, ne jamais avoir été victime d'agression ou bien l’avoir été, être une fan incontestée du pantalon-basket, avoir une coupe pixie ou les cheveux de Raiponce. On peut même être un homme et être féministe. 

En fait, être féministe, c’est finalement vouloir une égalité des droits des femmes dans ce monde maintenant dépassé.

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Date de dernière mise à jour : 10/04/2020