Le rap, cette sous-culture

Arnaud Dumontier, 29/03/2019


Le rap est aujourd’hui un genre musical  écouté par des millions de personnes à travers le monde.  Par sa naissance prématurée, assez récente et son accroissement rapide,  il a dû se battre afin de légitimer sa place dans le domaine musical.

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Le hip-hop comme on l’entend dans son acceptation la plus générale , apparaît sur la côte Est des Etats-Unis, dans le Bronx, au milieu des années 70. Ce hip-hop regroupe cinq disciplines, le deejaying, le break dancing, le graffiti, le beatboxing et enfin le rap. Jazz, funk ou encore disco sont d’ailleurs les principales influences musicales du rap.

Les origines afro-américaines  de cette musique sont indéniables, c’est bel et bien dans la rue, plus spécialement dans les ghettos, peuplés majoritairement par des afro-américains, que cette forme d’expression vocale a été créée. Les pionniers sont donc des jeunes afro-américains voulant s’exprimer de librement, le tout sur une base instrumentale, la plupart du temps “samplée”, jouée par des DJ (qui pouvaient d’ailleurs eux-même être des “rappeurs”), présents aux “blocks parties”, des fêtes de quartiers en pleines rues. Le “père fondateur du hip-hop”, DJ Kool Herc, fera d’ailleurs ses premiers pas en ces lieux.

 

Mais cette “musique” est simple, répétitive, et sans intérêt ?

On peut dès lors trouver tous les styles de rap, traitant de tous les sujets, si l’on suit l’évolution de cette musique entre les années 80 et les années 2010, les textes ont radicalement changé, les “instrumentales” ont évolué (le boom-bap classique ne prédomine plus), les flows se sont développés,etc…(la liste est longue). Cela en fait un genre musical autant étoffé que diversifié. De NWA (Niggas Wit Attitude) à Migos, d’Oxmo Puccino à Booba, d’Eminem à Lil Pump, de Kery James à PNL, la musique rap renaît, se transforme, et se renouvelle.

Il est d’autant plus pertinent de rappeler que le rap est de loin le genre musical où le vocabulaire est le plus riche et varié : quand une chanson du groupe de punk rock Sex Pistols “God Save the Queen”  arbore 185 mots , un artiste de rap comme Eminem usera dans son titre “Rap God” de 1560 mots en à peine 6 minutes. En cause, un débit de parole plus important dans la musique rap, où c’est bien le texte en lui même qui prédomine, même si “l’instrumentale” reste la partie donnant une tonalité au morceau, les plus grands morceaux de rap se reconnaissant facilement en plus des paroles du refrain, par une mélodie pouvant inlassablement nous rester en tête.

Mais le rap est bien plus qu’un genre musical, une forme d’expression artistique. Même s’il a des origines festives, au delà de cela, il a pris le relais dans l’art de  dénoncer de manière musicale, les injustices, les inégalités sociales, d’une manière plus crue encore qu’un morceau de rock engagé.

On dit alors que le rap peut être perçu comme dangereux, violent pour la société, ou qu’il peut être misogyne, sexiste. Certes, certains textes peuvent provoquer durement, parfois inciter à la haine ou avoir des propos sexistes mais ils ne sont que minoritaires bien heureusement, et ce n’est pas pour autant qu’il faudrait stigmatiser l’ensemble de ce genre musical.L’amour par exemple est un thème assez récurent dans la musique rap. Comme il a été dit plus haut, le rap se démarque par un vocabulaire, des styles, et des thèmes divers et variés. Le rap a certainement des propos plus crus que les autres genres musicaux qui d’ailleurs pourraient pleinement faire face à ce genre d’accusations également à leur égard.

Nous  pouvons citer le rappeur américain Kendrick Lamar, originaire de Compton en Californie, qui a à travers ses premiers textes dépeint la vie dans le ghetto, la drogue, les guerres gangs...pour en arriver plus récemment à toucher à des sujets plus larges comme la condition des noirs aux Etats-Unis. Nous retiendrons ici son titre“King Kunta” faisant référence à Kunta Kinte, symbole d’émancipation des noirs esclaves. Il se verra d’ailleurs remettre le Prix Pulitzer en 2018, pour son album “DAMN” vu par le conseil octroyant ce prix comme  « une collection de morceaux pleins de virtuosité, unifiée par l’authenticité de sa langue et une dynamique rythmique qui proposent des photos marquantes, capturant la complexité de la vie moderne des Afro-Américains ».

Le rappeur belge Damso dans son titre “Julien” traite quant à lui un sujet très peu exploité voire pas du tout exploité dans le monde musical, celui de la pédophilie, ce qui peut-être étonnant pour un texte de rap. Mais la manière dont le texte est écrit est d’autant plus intéressante : il est placé du “côté” d’un pédophile. Damso déclara d’ailleurs à propos de la rédaction de ce titre qu’il avait été inspiré par l’observation, l’exploration de la nature humaine.

Cependant le rap n’est pas fait uniquement que pour les personnes de cités ou certaines classes sociales : en effet le rap plaît, et il peut toucher plus ou moins toutes les catégories de la population. De plus, c’est le genre de musique  qui a le plus vendu d’albums ces dernières années. Le rap a prouvé son efficacité.

 

Une critique pour autant justifiée ?

La critique principale du rap provient de son incompréhension par certaines personnes. Rien qu’en France, ce genre musical a de nombreuses fois été passé au crible par de nombreux écrivains, journalistes ou encore personnalités politiques : mais bon, au delà de ça, un rappeur n’a nullement besoin d’aller chez Thierry Ardisson pour pouvoir vendre son album. 

Cela ne date pas d’hier : NTM, La Rumeur ou encore Sniper en ont déjà fait les frais, et ont même connu des poursuites judiciaires à cause du contenu parfois très explicite de leurs textes.

L’une des affaires les plus connues sera sans doute celle qui opposa le rappeur Orelsan à plusieurs associations féministes. Le rappeur Orelsan sort le titre “Sale pute” en 2007. Dès 2009, plusieurs associations féministes portent plainte tandis que certains élus politiques comme Ségolène Royal appellent au boycott du rappeur, pour “incitation à la violence conjugale, apologie du meurtre ou encore de misogynie“, sans jamais prendre le temps d’écouter le morceau et de visionner le clip afin de se rendre compte qu’il s’agit d’un personnage ici créé par Orelsan, racontant une histoire pouvant autant être criante de vérité, mais l’interpréter au premier degré afin de censurer un rappeur qui déplaît était bien trop facile pour ces personnes. Ce même artiste sortira un plus tard “Suicide social”, qui laissera tous ses détracteurs bouche bée.

Même si ce genre musical ne plaît pas à tout le monde, il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Cette musique est accessible à tous, tout en revêtant un caractère assez complexe, mais faudrait-il encore vouloir la décoder...

Néanmoins, le rap a aujourd’hui amplement sa place dans l’espace musical, il a d’ores et déjà fait ses preuves.

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Date de dernière mise à jour : 29/03/2019