Les déchets nucléaires, un poison éternel

Mélaine Lhomme, 13/12/2019


Le nucléaire est au centre des préoccupations environnementales de notre société. On souhaite se tourner vers les énergies vertes. C’est une bien belle vision des choses que de penser à notre futur en changeant notre présent mais que faire des déchets nucléaires du passé ? 

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Petit précis du nucléaire 

Contrairement au discours de certaines personnes, le nucléaire est loin d’être une énergie propre. Il n’existe cependant pas de définition claire du “déchet nucléaire”, ce qui arrange bien l’industrie du nucléaire. Pour autant, on peut dire que tous les déchets produits sont radioactifs et sont classés selon deux critères : le taux de radioactivité et la durée de vie. Les déchets les plus dangereux sont les combustibles usés des centrales et leur sort est problématique du fait de leur longue durée de vie. Pour la France, le taux de ce genre de déchets par an est de 1200 tonnes soit 20 grammes par an et par habitant. De quoi provoquer un millier de cancer à un humain. À côté de ces déchets, il faut aussi prendre en compte un véritable poison qui ne touche pas uniquement l’Homme : la pollution nucléaire, qui commence dès le début de la chaîne avec les mines d’uranium. Le nucléaire est donc un réel problème pour l’Homme mais aussi pour la faune et la flore. 

Parce qu’il est plus simple d’oublier que d’entretenir

Alors que l’énergie nucléaire approche de son centenaire d’existence, il a bien fallu s’occuper des déchets produits par celle-ci, depuis sa création. On a trouvé une solution bien pratique : les enterrer et les oublier. Cette solution a bien fonctionné pendant un temps mais comme toute chose a une date d’expiration, ces tombeaux radioactifs tombent progressivement en miettes. Récemment, un immense dôme, haut de 8 mètres construit dans les années 70, rempli de déchets nucléaires américains des années 50 et 60, s’est gravement fissuré. Située dans les îles Marshall où les Etats-Unis ont effectué de nombreux tests nucléaires, à l’endroit où la bombe test Cactus a explosé, cette “tombe” puisqu’il s’agit de son nom, a de quoi remplir 35 piscines olympiques de déchets hautement radioactifs. Cette structure n’a pas été entretenu et dès sa construction, elle a été la victime d’une rapinerie économique puisque, désormais, les déchets nucléaires sont au contact du sol et que le dôme se fissure un peu plus chaque année. Une situation qui préoccupe les habitants puisque les archipels du monde entier sont menacés par les changements climatiques. Et cet exemple est loin d’être un cas unique ! 

Le débat français autour de la question des déchets nucléaires

C’est l’Agence Nationale des Déchets Radioactifs qui est en charge de la majeure partie des déchets nucléaires français (l’autre partie, bien plus petite, est à la charge des sites de production). Actuellement, en France, toutes les zones de stockage sont en surface. Si les déchets sont peu ou moyennement nucléaires, ils sont regroupés dans des zones de stockage ouverts. S’ils sont hautement radioactifs, ils sont plongés dans des cuves d’eau en attendant que leur radioactivité diminue. On constate donc que la France n’a pas encore eu recours à l’enfouissement des déchets mais la question se pose car en 2017, l’ANDRA a monté le projet de creuser un entrepôt souterrain nommé Site Gicéo, à Bure dans la Meuse pour y stocker des déchets hautement nucléaires. Les anti-nucléaires et les populations locales parviennent à repousser le projet à défaut de l’interdire, mais jusqu'à quand ?  Enterrer les déchets reviendrait à forcer les habitants à vivre sur une véritable bombe ! Actuellement, on ne trouve sur le site qu’un laboratoire souterrain mais si le projet se poursuit, les galeries seront creusées sur 500 mètres de profondeur et l’entrepôt à 5 km de profondeur, pile au dessus des nappes phréatiques. Le Site Gicéo a encore fait l’objet d’une longue discussion lors du 5e débat sur le plan national de gestion des déchets radioactifs qui s’est tenu en novembre et dont le bilan a été rendu public le 25 novembre.

Quelles fausses-solutions sont envisagées ? 

Jusqu’à maintenant, aucune solution n’a été trouvé pour éliminer durablement les déchets nucléaires. Bien entendu, on a régulièrement pensé trouver “LA” solution au problème ; ce qui est faux. Comme nous l’avons vu, une de ces fausses solutions est d'enterrer les déchets nucléaires. Ici, les enjeux concernant les sols sont majeurs (quid des nappes phréatiques ? de l’agriculture autour ? des habitants ? ). Une autre de ces solutions miracles est de jeter les déchets à la mer. Et effectivement, l’idée est aussi stupide qu’elle en a l’air. Entre la pollution des eaux et l'empoisonnement des poissons, cette solution est l’une des pires. Et pourtant, cela a été fait puisqu’entre 1946 et 1993, 14 nations ont immergé des déchets radioactifs dans plus de 80 sites à travers l’océan Pacifique, Atlantique et Arctique. Cette solution a été interdite en 1993. Et comme cela ne pouvait pas être pire, il a été décidé que la surveillance de ces sites n’avaient pas à être continu. Il est vrai que la radioactivité est d’une stabilité à toute épreuve … et la cerise sur le gâteau ? Il n’est pas prévu de récupérer ces déchets immergés. Rien d’étonnant puisque l’on ne sait pas déjà quoi faire des déchets en surface. Des défenseurs du nucléaire ont alors imaginé un procédé : le “retraitement” qui consiste à récupérer dans les déchets ce qui peut être réutilisé pour faire de l’énergie nucléaire. Non seulement cela ne réduit pas la radioactivité du déchet d’origine mais en plus cela crée davantage de déchets ! Enfin, une dernière fausse-solution a été évoqué dès la naissance du nucléaire : de nouveaux réacteurs qui ne produiraient pas de déchets et brûleraient ceux déjà existant. Bien sûr des prototypes ont été mis au point comme les réacteurs Rapsodie, Phoénix et Super Phoénix pour ne citer que les cas français mais n’ont fonctionné que quelques années. 
Aucun mot ne sera jamais suffisant pour montrer l’étendu de l’horreur que ces déchets causeront. Les mots de l’homme sans qui le nucléaire n’aurait jamais pu être utilisé (ou en tout cas pas aussi tôt), Albert Einstein, résonnent alors comme une prédiction “J’ai fait une grande erreur dans ma vie, quand j’ai signé cette lettre”. Outre l’allusion à une paix devenue alors impossible, cette lettre, qui permit aux Etats-Unis d’acquérir l’arme nucléaire grâce au projet Manhattan, évoque également la première utilisation de l’énergie nucléaire par l’Homme et donc la création des premiers déchets nucléaires.

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