Ultra critiqué, mais ultra important

Louis Lesueur, 01/02/2019


Souvent critiqués pour leurs violences, plus que soutenus pour leurs animations souvent grandioses, les ultras prennent néanmoins une place toujours plus importante dans le football moderne, un football qui néanmoins les révulse.

Fumi

Un craquage de fumigènes, phénomène répandu chez les groupes ultras

La création « officielle » du mouvement ultra s’opérait dans la seconde partie des années 1960. La société italienne traversait des changements nombreux et radicaux. Les jeunes désiraient s'émanciper de leurs parents. Dans les stades, ce modèle se reproduisait. Les plus jeunes supporters fondaient leurs propres groupes dans les tribunes où les places étaient le moins cher : derrière les buts.

Lors de la saison 1968-1969, la Fossa dei Leoni, au Milanc AC, était le premier groupe à se revendiquer ultra. Elle est née sous l'impulsion d'adolescents qui se retrouvaient près de la rampa 18 de la partie sud du stade San Siro. C’était ensuite dans l’autre club milanais, l’Inter, qu'apparaissent les Boys San 1969. Les Ultrà Tito Cucchiaroni, de la Sampdoria de Gênes du nom d'un joueur populaire auprès des jeunes supporters étaient le premier groupe à porter le nom d'ultra. Ce terme était choisi en référence aux ultraroyalistes qui faisaient aboutir leurs idées par la violence. Le mouvement prenait une place majeure en Italie durant les années 1970. Le premier groupe ultra en France était le Commando Ultra de l'Olympique de Marseille fondé en 1984. Depuis, le mouvement s’est développé en France mais son image est négative. Apparentés aux hooligans, les ultras sont seulement désignés comme ceux amenant de la violence dans les stades et ses alentours, dans le milieu du football en général. Alors oui, les ultras sont à l’origine de bagarres sur les aires d’autoroute, des bagarres autour du stade ou même dans les centres villes, qui ne sont évidemment pas à négliger mais selon Sébastien Louis, historien et sociologue, spécialiste du supportérisme radical en Europe et en Afrique du Nord, « les ultras sont avant tout des animateurs des stades, ils se réunissent au sein d’un groupe et se retrouvent derrière une banderole, généralement dans les tribunes populaires des stades, celles situées derrière les buts. Ils sont les « chefs d’orchestre » du stade et organisent l’ambiance en lançant des chants et des slogans, ils colorent aussi les gradins à travers des animations plus ou moins élaborées. Parfois il arrive que ces ultras affrontent leurs rivaux, mais la violence n’est pas leur priorité et ne représente que 1% de leurs activités alors que les hooligans recherchent fondamentalement l’affrontement avec l’autre gang de hooligans ».


Juve

Les ultras de la Juventus Turin en 1972

Les ultras sont avant tout de fervents supporters, capables de remuer ciel et terre pour encourager leur équipe ; capables de se mobiliser des jours, des mois même pour préparer des animations en tribune que l’on ne voit que quelques minutes. Ce sont le nec plus ultra en terme d’encouragements et de soutien pour leur club. A une récente enquête menée par Luc Arrondel et Richard Duhautois en collaboration avec le journal l’Equipe (fin 2018), plus de 80 % des sondés ont répondu être sensibles, dans un stade, à l’ambiance des tribunes. Réponse venant en tête à cette question devant notamment la victoire de leur équipe, la combativité des joueurs ou la qualité de jeu. Si souvent critiqués, les groupes ultras représentent donc un moyen d’attraction pour les clubs, une valeur marchande même pourrait-on dire. Sans eux, les matchs seraient moins attrayants, moins vivants, et ce même pour les joueurs. Au Football Club de Rouen, le club a la chance d’être soutenu à chaque match depuis cinq ans maintenant par les Rouen Fans, le groupe ultra rouennais et leur apport pour le club est indéniable. « Lorsque nous sommes dans la difficulté, il n’y a qu’à entendre les chants pour que nous ne nous sentions pas seuls et continuions à défendre et attaquer », soulignait Jason Gibon, joueur des diables rouges, sur le site officiel du club. Son coéquipier Kader N’Chobi abondait dans son sens, « Je n’ai jamais vu une telle ambiance, même à l’extérieur lors du match contre Quevilly. Lorsque je suis rentré sur le terrain, avec le tifo, les fumigènes … tu te dis qu’il y a tellement de monde que tu n’as pas le droit de te louper ». Ces deux joueurs ont parfaitement résumé l’apport des ultras rouennais. Un apport que l’on retrouve pour les ultras en général avec des tifos, des banderoles, des spectacles visuels à base d’engins pyrotechniques (qui sont loin d’être dangereux lorsqu’ils sont réalisés de manière réfléchie) et évidemment des chants.


Spectacle

Le spectacle est sur le terrain mais aussi dans les tribunes

Une nouvelle idée des groupes ultras doit être mise au goût du jour. Malgré les bagarres qu’ils peuvent parfois engendrer, leur rôle est désormais majeur dans les rencontres, ce sont des acteurs du spectacle.

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Date de dernière mise à jour : 01/02/2019