Affaire Khashoggi : une crise diplomatique

Sophie Lecoq, 11/12/2018


Jamal Khashoggi, journaliste et auteur saoudien critique vis à vis de la politique de son pays a disparu depuis le 2 octobre. Son absence pose de nombreuses questions notamment quant aux circonstances dans lesquelles il aurait été assassiné. Est-ce un meurtre commandité par le pouvoir saoudien ? 

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Jamal Khashoggi aurait été assassiné par l’Arabie Saoudite le 2 octobre. 

Qui est Jamal Khashoggi ? 

Jamal Khashoggi, né en Arabie Saoudite, était un journaliste et auteur connu pour ses positions face au pouvoir saoudien. Pourtant initialement proche du pouvoir de son pays, il rentre en conflit avec suite à l’avènement de Mohamed ben Salmane en tant que prince héritier en 2017. Très critique vis à vis du pouvoir en place à Riyad, il quitte son pays pour s’exiler aux États-Unis où il devient rédacteur pour le Washington Post. Dans ses dernières chroniques, Jamal Khashoggi s’indigne contre la guerre menée au Yémen depuis trois ans par l’Arabie Saoudite et revient sur le Printemps arabe en 2011. Il dénonce la mainmise des gouvernements arabes sur les médias et appelle les citoyens à faire entendre leur voix. 

Les circonstances de sa disparition ? 

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi se rend au consulat saoudien d’Istanbul en Turquie dans le but de récupérer certains papiers personnels dont il a besoin pour épouser sa fiancée turque. Le 3 octobre, sa disparition fait écho dans tout le Golfe et dans le monde. Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, lance des accusations contre le pouvoir saoudien. Pour appuyer ses propos, il dit détenir des enregistrements et images prouvant que le journaliste n’est jamais ressorti du consulat comme l’affirmait le gouvernement d’Arabie Saoudite. De plus, il semblerait que ces enregistrements montrent l’entrée d’un groupe de quinze Saoudiens dans le consulat. Le site Middle East Eye affirme avoir entendu des hurlements qui prouveraient que le journaliste a été torturé dans l’enceinte même du consulat avant d’être tué. L'Arabie Saoudite a, à plusieurs reprises, changé sa version officielle sur ce qui était arrivé à Jamal Khashoggi dans les locaux consulaires. Le Procureur Général d’Arabie Saoudite a finalement admis que le journaliste avait été drogué et démembré sur place tout en niant l’implication du pouvoir saoudien. 

Cependant, le Washington Post a récemment publié un rapport venant de la CIA concluant que Mohamed ben Salmane avait bien commandité l’assassinat du journaliste à Istanbul. Il semblerait que Khalid ben Salmane (le frère du prince) ait conseillé à M. Khashoggi de se rendre au consulat saoudien à Istanbul, lui assurant qu'il ne lui arriverait rien.

Tous les doigts semblent donc être pointés vers le pouvoir saoudien qui nie pourtant toute implication dans cette affaire.  

La réaction internationale ? 

Les réactions divergent aux quatre coins du monde concernant la mort du journaliste Jamal Khashoggi. Le premier a avoir réagi est le président Turc, il a rapidement accusé le pouvoir saoudien contrairement à l’Europe qui est restée assez discrète au moment de la disparition du journaliste.  

Après les révélations des médias turcs et du Président, le Royaume-Uni évoque de graves conséquences pour les autorités saoudiennes si elles s’avèrent être les responsables. En France, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Driand dénonce avec fermeté le meurtre commis et réclame « que la lumière soit faite sur les circonstances de son décès ». Aux Pays-Bas, le Premier ministre Mark Rutte a réclamé des investigations supplémentaires. Le Danemark et l’Allemagne ont d’ailleurs suspendu la vente d’armes à Ryiad en espérant lancer un élan en Europe.

Aux États-Unis, Donald Trump subit des pressions de la part des Démocrates et des Républicains qui réclament des mesures contre Ryiad. Le Président américain est quelque peu réticent à l’idée d’accuser le pouvoir saoudien en raison de leur forte alliance. Cependant, il a tout de même assuré que des sanctions seraient prises si leur implication est démontrée. La responsabilité de Mohamad ben Salmane n’étant pas prouvée, les puissances occidentales ne peuvent mettre en place des sanctions à son encontre. 

L'affaire Khashoggi aura-t-elle davantage de conséquences au Moyen-Orient et notamment sur Riyad qui voit ses partenaires économiques et politique s’envoler ? 

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Date de dernière mise à jour : 11/12/2018