Attaque terroriste en Nouvelle-Zélande ou quand l'extrême-droite nourrit le terrorisme

Cécile Vienney, le 19/03/2019


Le 15 Mars 2019 restera à jamais un jour funèbre pour la Nouvelle-Zélande, un jour où le terrorisme frappa une fois de plus laissant un souvenir indélébile dans la mémoire de toutes les familles des victimes du terrorisme mais aussi pour le monde entier qui ne peut qu'être frappé par la violence des actes perpétrés.

Photo 2

Un homme bléssé est transporté d'urgence à l'hopital

A Christchurch au sud de la Nouvelle-Zélande, de nombreux fidèles musulmans se rendent à la prière du vendredi dans les mosquées Masjid al Noor dans le centre de la ville ou dans le Lindwood Islamic Centre en banlieue. A 13h40, heure locale (1h40 du matin en France) des coups de feu résonnent dans la mosquée Masjid al Noor. Le premier bilan est impitoyable : 40 morts et 20 blessés. Deux jours plus tard, la liste des personnes décédées fait état de 50 morts même si cette liste n'est pas officielle. Parmi les victimes, des enfants tels que Mucad Ibrahim âgé de seulement 3 ans mais aussi des personnes plus âgées comme Daoud Nabi, un Afghan de 71 ans.

A l'origine du massacre Brenton Tarrant, un Australien de 28 ans suprémaciste blanc d'extrême-droite se revendiquant lui-même fascite. Il dit avoir agit en réaction aux vagues d'immigration, dans une volonté de « lutter contre l'Islam » et afin de monter qu' « aucun endroit n'est sûr pour les migrants ». Rappelons qu'en Nouvelle-Zélande, pour une population d'environ 5 millions d'habitants, seulement 1% de cette population se dit de confession musulmane.

 

Bien que les attaques terroristes soient toujours violentes, celle de Christchurch est particulièrement traumatisante. En effet, le terroriste a filmé l'attaque dans son intégralité à l'aide d'une caméra go-pro. Cette vidéo était retransmise en live sur Facebook. Nous pouvons y voir le visage du tueur, ainsi que les armes utilisées durant le massacre sur lesquelles sont écrits de nombreux messages mentionnant les croisades chrétiennes du Moyen-Age ou encore Charles Martel, chef militaire franc du VIIIème siècle connu pour avoir mit fin à la « dernière des grandes invasions arabes de France ». Charles Martel est d'ailleurs une figure emblématique des partis d'extrême-droite depuis le XXème siècle. Pendant une durée de 16 minutes, nous pouvons voir le terroriste tirer sur chaque personne qu'il rencontre, prendre le temps de recharger son arme et d'achever les blessés avant de prendre la fuite en voiture.

 

Photo 3Miniature de la vidéo live de Facebook publié par le terroriste Brenton Tarrant

 

Avant de passer à l'acte, Tarrant avait partagé sur la plateforme Scribd, un manifeste de 74 pages intitulé The Great Replacement s'inspirant de  la théorie conspirationniste du « Grand Remplacement », popularisée par l'écrivain français d'extrême-droite Renaud Camus. Selon cette théorie il existerait un processus de substitution de la population française et européenne par une population originaire d'Afrique noire et du Maghreb. Selon Renaud Camus, ce « grand remplacement » serait soutenu par les élites politiques, intellectuelles et médiatiques européennes par idéologie ou pour des intérêts économiques. Dans ce texte, le terroriste Brenton Tarrant justifie son acte et explique ce qui l'a poussé à agir, notamment ce qu'il nomme la « balkanisation des Etats-Unis » et l'élection présidentielle française de 2017. Il écrit que la défaite de Marine Le Pen l'a « désespéré » et qu'en voyageant en France il a put observer « l'invasion des non-blancs ». Autant de propos choquants qui résonnent étrangement avec l'actualité de ses derniers jours où les actes islamophobes semblent se multiplier, notamment après la polémique de Décathlon concernant la mise en vente d'un « hjab de running » ou encore les propos discriminants d'une vendeuse chez Etam envers une jeune femme portant le voile.

A l'heure actuelle, on ne sait toujours pas combien de terroristes sont impliqués dans l'attaque des mosquées de Christchurch. Quatre suspects ont été arrêtés par la police de Nouvelle-Zélande, trois hommes et une femme. Aucun d'entre-eux n’était connu des services antiterrorisme selon la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.  Brenton Tarrant reste pour l'instant le principal suspect, il a été arrêté et inculpé. Sa prochaine audience se déroulera le 5 avril où il sera jugé pour meurtre.

 

Photo 4

Brenton Tarrant effectue le signe du «White Power» lors de la comparution au tribunal samedi 16 mars

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 19/03/2019