Brexit or not Brexit, that is the question !

Mélaine Lhomme, 08/11/2019


Alors que nous pensions que l’épisode du retrait britannique allait toucher à sa fin, un nouveau report de la date du retrait du Royaume-Uni vient d’avoir lieu. La situation devient compliquée à comprendre pour beaucoup de gens. Pourquoi le retrait ne se passe-t-il pas comme prévu ? Quelles conséquences à prévoir du retrait ? Autant de questions auxquelles il est intéressant d’apporter des réponses simples et claires.

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Le Brexit, un vote sensible qui fragilise la situation politique britannique.

Le Brexit est une abréviation du terme “British Exit” qui désigne la sortie de Royaume-Uni de l’Union Européenne. Pour les anti-euro, l’Union Européenne est trop contraignante en terme d’immigration, de droit de l’entreprise et il n’est plus question de payer les frais d’adhésion à l’UE. Pour les pro-euro, rester permettrait aux grandes entreprises du pays de profiter des avantages commerciaux du marché unique européen mais aussi des nombreuses subventions ainsi qu’une main d’oeuvre immigrée. Un référendum est alors promis par David Cameron qui briguait son second mandat de Premier Ministre. Promesse tenue, le référendum a lieu le 23 juin 2016. Avec un taux de participation de 72%, c’est le “oui” qui l’emporte avec 51,9%. David Cameron, pro européen, démissionne. Alors que la commission européenne choisit Michel Barnier comme négociateur, Theresa May remplace Cameron en juillet 2016 puis Boris Johnson est élu en 2019. Après deux ans de négociations avec l’UE, le processus de retrait doit alors s’achever le 29 mars 2019. Puis il est reporté au 12 avril 2019. Puis au 31 octobre 2019. Puis au 31 janvier 2020 …

Entre accords …

En juin 2017, les négociations sur les modalités de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne débutent. Le 29 mars 2017, l’UE enclenche l’article 50 du traité de l’Union européenne qui encadre les conditions de sortie d’un Etat membre. Le 31 mars, les 27 annoncent qu’ils sont ouverts à un futur partenariat à certaines conditions. Le 19 juin, les négociations officielles commencent puis le 8 décembre, le Royaume Uni et l’UE s’accordent sur trois points: pas de nouvelle frontière “dure” entre les deux Irlandes, le paiement de Londres au budget de l’UE 2014-2020 et la préservation des droits des citoyens britanniques résidants en Europe ou des européens au Royaume-Uni. Le 29 janvier 2018, les 27 s’accordent sur la durée de la période de transition. Mais les premières tensions apparaissent. Le 13 novembre, un accord général sur la sortie est trouvé entre les deux parties : pas de frontière “dure” entre les Irlandes (de façon provisoire) et le Royaume-Uni reste dans une union douanière avec l’UE (une mesure de sécurité). Le 22 novembre, une “déclaration politique” est publiée annonçant la possibilité de prolonger une fois la période transition pour deux ans maximum. L’accord est entérinéle 25 novembre à l’occasion d’un sommet extraordinaire … avant d’être rejeté par la Chambre des communes britanniques  le 15 janvier 2019.

... et désaccords !

De janvier à mars, les négociations reprennent pour éviter une sortie sans accord. Il est finalement décidé que la date du Brexit sera repoussée au 12 avril puis au 31 octobre 2019 permettant au Royaume-Uni de participer aux élections européennes du 23 mai 2019. A côté de cela, la Chambre des communes propose l’instauration d’une union douanière permanente et l’adhésion du Royaume-Uni à l’Espace économique européen, l’organisation d’un second référendum et l’annulation pure et simple du Brexit. L’UE rejette tout en bloc. Alors que Theresa May démissionne au lendemain des élections européennes le 7 juin 2019, Boris Johnson est élu. Il hérite de la lourde charge de trouver une issue au Brexit avant le 31 octobre ! Mais nouveau tournant, en cas de désaccord permanent, Johnson se dit “prêt à assumer un no deal” et donc une sortie sans accord. Le Parlement britannique prend peur et vote le Benn Act (une loi anti-no deal). Il donne jusqu’au 19 octobre à Johnson pour conclure un nouvel accord sans quoi il devra demander un nouveau report du Brexit au 31 janvier 2020 … L’automne passe sous le signe des négociations autour d’une fluidité partielle des échanges entre les Irlandes, sans maintenir le Royaume-Uni dans un marché commun. 

Vers une porte de sortie ? 

Le 17 octobre 2019, un nouvel accord est né et est adopté par le Conseil européen  prévoyant des contrôles réglementaires et douaniers en mer d’Irlande. Le 19 octobre, Johnson envoie deux lettres aux 27 : la première qui demande un report du Brexit au 31 janvier 2020 qu’il ne signe pas et une seconde signée expliquant qu’il ne désire pas de délai. Le 22 octobre, les députés britanniques approuve le nouvel accord mais ils se donnent un nouveau délai pour l’examiner de manière plus approfondie. Ce faisant, un Brexit le 31 octobre est clairement impossible.  Le 1er Novembre, l’Union européenne approuve le report mais ils doivent s’accorder sur la durée car la France souhaite un délai plus court que les trois mois demandés. C’est néanmoins le 31 janvier 2020 qui est choisi par Bruxelles, à moins que l’accord soit ratifié auquel cas le Brexit aura lieu le 30 novembre ou le 31 décembre 2019.

Un départ aux enjeux multiples !

Si les conséquences économiques du Brexit dépendent directement de l’accord, les conséquences politiques sont plus difficiles à prévoir. On peut imaginer que le départ du Royaume-Uni serait une énorme perte pour l’UE qui se verrait amputée d’une de ses trois plus grosses puissances, d’une place financière d’importance mondiale et d’un partenaire privilégié avec les Etats-Unis. De plus, il faut rappeler que le Royaume-Uni est le seul Etat européen à entretenir une armée régulière. D’un autre côté, ce Brexit pourrait permettre un rapprochement entre les autres Etats européens. Le Brexit a pour objectif de limiter l’immigration, il devient alors primordiale de revoir la réglementation de la libre circulation. A propos du statut des travailleurs : ceux qui avait déjà ce mode de vie avant le Brexit, conserveront leur statut. Le problème majeur viendrait de la libre circulation avec l’Irlande si une frontière dure se voyait installée. Concernant les relations commerciales, les taxes douanières restent à définir mais nul doute que les britanniques seront très regardant puisque la moitié de leurs exportations sont à destination de l’UE. Il existe un énorme point noir au tableau : l’Ecosse. Depuis l’annonce du Brexit, les relations du Royaume-Uni avec l’Ecosse se sont désagrégés. Cette dernière a annoncé en mars 2017 au parlement britannique que l’indépendance écossaise serait soumise à un nouveau vote à l’automne 2019. Les conséquences économiques demeurent imprévisible. Après le référendum de 2016, le cours de la livre sterling a chuté accompagnant une baisse du pouvoir d’achat des ménages. Même si l’économie britannique dans sa globalité n’a pas éprouvé de difficultés jusqu’à maintenant depuis l’annonce du Brexit, on peut néanmoins imaginer qu’il y aura des conséquences négatives sur celle-ci quand le retrait aura eu lieu. Au niveau de la justice et de l’ordre, certains pensent que le Royaume-Uni perdra de son autorité auprès de l’UE tandis que d’autres estiment qu’il s’agit de l’unique moyen pour cette dernière de restaurer son autorité pleine et entière. Également, le retrait permettrait aux autorités britanniques de mieux prévenir les attentats sur son territoire. Mais au cas où aucun accord ne serait trouvé, il est intéressant de se demander comment se passeront les entraides policières comme Interpol.

Et qu’en est-il des étudiants dans tout cela ? 

Les étudiants s’inquiètent des effets du Brexit sur leurs cursus universitaires. Qu’il s’agisse des étudiants français sur le sol britannique ou les étudiants britanniques sur le sol français, de nombreuses questions se posent. Pour le moment, quand le Brexit aura eu lieu, si un accord est trouvé le Royaume Uni pourra participer aux échanges Erasmus (dans les deux sens) comme avant comme c’est déjà le cas pour plusieurs pays non européen (Turquie, Islande …). Si aucun accord n’est trouvé, le Royaume sortira du programme. Dans ce dernier, l’Union a déjà pris des mesures pour que les étudiants en Erasmus en 2019/2020 ne soient pas impactés. Concernant les aides de l’UE apportées aux étudiants, les eurodéputés ont déjà voté le maintien de ces aides pour 2020 afin de minimiser les impacts sur les étudiants.  Qu’en est-il des étudiants français inscrits dans des écoles britanniques hors Erasmus ? Pour le moment, aucune décision n’a été prise. Cependant, on peut déjà imaginer certains effets. Les frais d’inscription risquent de fortement augmenter. Les écoles ayant annoncés que les frais n'augmentera pas en 2020, mais après ? Les écoles françaises comme l’école de commerce française, EM Normandie, sur le sol britannique vont aussi être impactées. Les directeurs assurent le maintien des formations pour l’année 2020. Mais pour les années suivantes, surtout en cas de no deal, les écoles françaises devront demander la reconnaissance du statut d’établissement supérieur étranger en Angleterre. Enfin, concernant les visas, on sait déjà qu’en cas d’accord, les modalités des visas étudiants ne changeront pas. Dans le cas contraire, ce sera au gouvernement britannique de définir ces modalités. Bonne nouvelle : les crédits obtenus par les étudiants en Angleterre auront toujours la même valeur puisque le Royaume-Uni demeurent un pays européen et est donc toujours soumis, tout comme 47 autres pays, au traité mettant en place le système des crédits universitaires européens.

Deal, no deal … le Brexit aura bien lieu. Reste à savoir dans quelles conditions mais toujours est-il que les conséquences seront importantes puisqu’il n’y a pas de précédent. En revanche, si le Brexit est un succès, inutile de dire que cela donnera des envies de libertés à des pays qui trouveraient la vieille Union européenne un peu trop encombrante et contraignante à leurs goûts !

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Date de dernière mise à jour : 08/11/2019