France-Italie, vers une crise diplomatique ?

Cécile Vienney, 12/02/2019


Jeudi dernier, Emmanuel Macron annonçait sa décision de rappeler Christian Masset, l'ambassadeur de France à Rome « pour consultations ». Cette décision diplomatique est considérée comme la crise « la plus grave depuis la déclaration de guerre en 1940 ». Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

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L'ambassade de France en Italie

Tout d'abord rappelons le rôle d'un ambassadeur. Il s'agit d'un représentant d'un État auprès d'un autre, ou parfois auprès d'une organisation internationale. C'est le rang le plus haut au sein de la hiérarchie diplomatique. Le rappel d'un ambassadeur n'est donc pas typique, notamment entre des pays de l'Union Européenne.

Il faut dire que les relations entre les deux pays ne sont pas au beau fixe. En effet, l'Italie reproche beaucoup à la France, et la France ne veut pas laisser passer un certain nombre de provocations de la part du gouvernement italien. La dernière en date étant la rencontre de Luigi Di Maio, le vice-président du conseil des ministres, avec un groupe de gilets jaunes. Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires Étrangères français juge cette rencontre « inacceptable ». D'autres conflits sociaux, économiques et politiques entrent également en compte. En juillet 2018, par exemple, Emmanuel Macron avait critiqué le cynisme de l'Italie concernant l'accueil des 629 migrants à bord de l'Aquarius. Pour autant, la France avait refusé de céder au « chantage » de l'Italie et avait également décliné d'ouvrir ses portes... 

Notons également la nationalisation des chantiers navals STX de Saint-Nazaire après le refus du gouvernement italien d'un partage 50-50 du capital ou la suspension du projet de la ligne de TGV Lyon-Turin.
 

Rappeler l'ambassadeur français semble être le point de départ d'une crise diplomatique sans précédent qui pourrait aller bien au-delà de la frontière entre les deux pays. Le lendemain du rappel, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, expliqua sur Europe 1 qu'il ne s'agit pas d'un « rappel permanent. Il était important de marquer le coup ».

« Marquer le coup », certes, mais dans une Europe à bout de souffle, qui ne parvient pas à régler les problèmes engendrés par la crise migratoire et le difficile départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne, sans parler des enjeux des prochaines élections européennes (le 26 mai), une crise diplomatique supplémentaire n'est absolument pas souhaitable.

Face à la décision d'Emmanuel Macron, le gouvernement italien semble vouloir calmer la situation, comme en témoigne le communiqué posté sur Facebook par Luigi Di Maio qui affirme que « les Français sont nos amis et nos alliés. […] Le président Macron s'est attaqué à plusieurs reprises au gouvernement italien pour des raisons politiques face aux Européens. […] Cela n'a jamais affecté le sentiment d'amitié qui unit nos pays et ne le sera jamais ». Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur et vice-président du Conseil italien se dit même « tout à fait disposé à rencontrer le président français Emmanuel Macron et le gouvernement français ». À ce jour, le gouvernement français ne s'est pas encore exprimé sur une possibilité de concorde.

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Date de dernière mise à jour : 12/02/2019