Good cops, bad cops !

Cécile Vienney, 04/12/2018


Au Manny's Blue Room, un bar situé dans le village de Robbinsen proche banlieue de Chicago dans l'État de l'Illinois aux États-Unis, la soirée semblait avoir commencé de manière tout à fait anodine. Jemel Roberson un vigile Afro-Américain de 26 ans prend son service comme tous les soirs. Sauf, que cette nuit ce sera son dernier.

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Jemel Roberson et son fils. Photo du Daily Mail

Dans la soirée, une bagarre éclate dans le bar, un homme sort un pistolet et pointe son arme sur les personnes se trouvant dans le bar. Jemel Roberson s'interpose et immobilise le potentiel tireur. Rapidement alertés de l'attaque, des policiers de la brigade de Midlothian (un village également situé dans le comté de Cook) arrivent sur les lieux et tirent sur Jemel Roberson, le tuant sur le coup. Si de nombreux témoins de la scène déclarent que Roberson portait de façon visible et évidente des vêtements de vigile, ce n'est pas ce que dit le rapport de police de l'Illinois qui affirme qu'il portait seulement des vêtements noirs sans aucun badge ou casquette de sécurité. Le tireur présumé, quant à lui, n'a pas été appréhendé.

Une tragédie de plus ou un meurtre anodin, une question qu'il est légitime de se poser au vu du nombre d’Afro-Américains tués par des policiers blancs. Selon une étude de Vox (média en ligne américain possédant une ligne éditoriale libérale), s'appuyant sur les chiffres du FBI, en 2012, 31 % des personnes tuées par des officiers de police aux Etats-Unis étaient noires. Et cette liste macabre ne cesse de se rallonger avec à chaque fois le même scénario : des policiers, blancs en général, se sentent en danger ou analysent mal la situation, ils tirent. Chaque fois la victime est noire. Citons par exemple le cas de Stefon Clark, un jeune homme de 22 ans qui fut abattu dans la ville de Sacramento (Californie) le soir du 18 mars 2018. Stefon Clark se trouvait dans le jardin de sa grand-mère et essayait de rentrer chez elle par la porte de derrière. Étant déjà connu pour de multiples délits, surtout des vols, les policiers le prennent pour un cambrioleur. Après quelques secondes de confrontation, les policiers le pensent armé, tirent sur Stefon Clark et le tue. Le rapport d'autopsie déclare que 8 balles l'on atteint dont 6 lorsqu'il était de dos. Clark était seulement armé de son téléphone portable...

Parmi d'autres victimes de ces crimes raciaux nous pouvons aussi citer le nom de Walter Scott, Eric Garder ou Trayvon Martin. C'est d'ailleurs à la suite du meurtre de cet adolescent de 17 ans tué le 26 février 2012 que le mouvement militant afro-américain Black Lives Matter verra le jour. Georges Zimmerman, le vigile ayant abattu Trayvon Martin, gagne son procès le 13 juillet 2013, ce qui provoque une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. Le hashtag #blacklivesmatter sera utilisé pour la première fois par Patrice Cullors dans sa « lettre d'amour aux amis Noirs ». Après la mort de Michael Brown en 2014, un adolescent noir de 18 ans non-armé abattu par la police à Ferguson (Missouri) et Eric Garder, un homme noir de 44 ans également non-armé décédé des suites de son arrestation par la police, le mouvement prend de plus en plus d'ampleur et les premières manifestations ont lieu. Celles-ci font passer le mouvement d'un simple hashtag à un véritable exercice de mécontentement social. Depuis 2014, plus de 1000 actions ont déjà eut lieu ; et cela ne semble pas prêt de se terminer compte tenu de la recrudescence des crimes raciaux aux Etats-Unis.

Le meurtre de Jemel Roberson témoigne, une nouvelle fois, de cette ambiguïté du port d'armes aux États-Unis. Comme nous le savons, il n'est pas interdit de porter et posséder une arme dans ce pays. Il est en effet écrit dans le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis qu'« une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Cet amendement fait partie des dix amendements écrits et votés le 15 décembre 1791, aussi appelés Bill of Rights (Déclaration des Droits). Toutefois, plusieurs cas témoignent du danger pour les personnes noires de détenir une arme, même dans les Etats où le port d'arme est légal ou bien dans le cadre de leur travail.

 

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En rouge, les Etats dans lesquels le port d’arme est autorisé. 

Jemel Roberson est un nom de plus qu'il faut inscrire dans cette funeste liste de victimes des armes à feu. Dans un rapport sur la mortalité aux États-Unis, le Centre fédéral de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a recensé 36 252 morts par arme à feu en 2015 dont 500 lors d'interventions policières. Si la présence d'arme dans la sphère sociale est sans aucun doute un problème, celui de l'intolérance et des préjugés est encore plus conséquent et difficile à combattre.  

 

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Date de dernière mise à jour : 04/12/2018