La démocratie en danger ? L’exemple du Brésil

Lucas Pilleul, 06/11/2018


Le 28 octobre 2018, Jair Bolsonaro, candidat du parti social libéral (PSL), a été élu Président de la République fédérative du Brésil à 55,13% des voix contre Fernando Haddad du parti des travailleurs (PT) avec 44,87%. Son élection marque l’entrée du Brésil dans la liste, de plus en plus longue, des Etats démocratiques où un parti nationaliste a pris le pouvoir.

 

Ces démocraties atteintes par le nationalisme de droite (Libération)

Ces démocraties atteintes par le nationalisme de droite. (Image : Libération)

Cette élection controversée s’inscrit dans un mouvement bien plus large, celui de la croissance constante du nationalisme de droite, qu’on pourrait qualifier de populiste puisque le procédé reste toujours le même. Les nationalistes s’adressent aux classes populaires, leur font peur et leur expliquent que s’ils sont élus, tout va changer. Ainsi, ce nationalisme de droite a touché la première puissance mondiale, les États-Unis, en janvier 2017.
La volonté populaire de nationalisme de droite s’explique cependant par plusieurs facteurs. D’abord, les échecs répétés de la gauche au pouvoir dans les différentes démocraties du monde incitent les citoyens à réclamer du changement, un changement incarné par les différentes droites nationalistes. Une raison, plus ancrée encore dans la société, réside dans l’idée qu’il faut consommer local. Cette volonté grandissante de retour au circuit court, de décroissance, soutenue par les altermondialistes marque un croisement entre deux camps opposés qui finissent par se confondre, l’extrême gauche et l’extrême droite.
En réponse à ces mouvements nationalistes, on pourrait penser qu’il faudrait « revenir à un système de troc entre les nations ». Ce troc permettrait notamment d’éviter de passer par toutes les taxes existantes qui rendent les produits que l’on achète aussi chers. De cette manière on ne se renferme pas sur soi-même.

Au Brésil, le contexte était propice à l’arrivée du nationalisme, la gauche, avec le PT, était au pouvoir depuis deux mandats, mais l’ancien président Lula est maintenant emprisonné pour des affaires de corruption, cheval de bataille de Bolsonaro, et Dilma Rousseff a été destituée par le Sénat pour violation des lois de finance. Les conditions n’étaient donc pas favorables à un vote pour le PT.
De surcroît, les sorties médiatiques de Jair Bolsonaro font de lui un personnage, certes clivant, mais aussi très apprécié au Brésil. Ses discours, homophobe, raciste et sexiste, permettent aux électeurs « anti-système » de se reconnaître dans le personnage qu’il incarne. S’ajoute finalement à cela l’attaque au couteau contre Bolsonaro le 6 septembre 2018, en pleine campagne présidentielle. Un de ses fils réagissait alors en disant : « un message pour ces bandits : ils viennent d'élire le nouveau président, et ce sera fait dès le premier tour », finalement, il ne se trompait pas.

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Jair Bolsonaro, le nouveau Président de la République brésilienne. 

Concrètement, que va changer cette élection pour le Brésil ?

Le risque principal serait avant tout la montée de l’autoritarisme. Risque accru notamment par le fait que Jair Bolsonaro est un ancien militaire et que toute l’armée brésilienne le soutient à en croire les défilés de militaires dans les rues le soir de son élection. Si cette montée de l’autoritarisme se confirme, c’est la démocratie même qui est en danger. Le régime brésilien est un régime jeune qui est par conséquent fragile. Les craintes de voir l’armée au pouvoir d’ici quelques années se font ressentir parmi les Brésiliens. Cecilia Baeza, docteur en sciences politiques,lors d’une interview pour le 1, disait avoir « été choquée de voir les conservateurs prôner publiquement un coup d’Etat militaire ».
Les mouvements anti Bolsonaro prennent de l’ampleur avec notamment Ele não (pas lui), un mouvement antifasciste qui a émergé sur Twitter durant la campagne présidentielle. C’est finalement la crainte d’un retour en arrière sur les avancées sociales que met au jour ce cri transformé en hashtag.


Et si le PT avait été élu ?
Le risque, si le Parti des Travailleurs était resté au pouvoir, demeure, pour certains Brésiliens, « que l’on retombe dans les mêmes histoires de corruption ». Pour eux, un candidat (Haddad) qui affirme être l’héritier de Lula ne peut pas mettre en confiance les électeurs.


Le Brésil commencera donc à écrire un nouveau chapitre de son histoire dès le 1er janvier 2019, jour de l’investiture de Jair Bolsonaro. Affaire à suivre...

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Date de dernière mise à jour : 09/11/2018