La question de l’Iran et des Etats Unis : la naissance d’un conflit d’envergure ?

Anne Laure Bancel, 14/01/2020


Depuis quelques semaines, les posts, tweets et actualités parlent d’une « troisième guerre mondiale », qui a débuté avec la réouverture du conflit entre l’Iran et les Etats Unis. 

Iran image

Qu’en est-il vraiment ?

Les relations entre l’Iran et les Etats Unis ont connu de multiples bouleversements, allant de la cordialité sous le règne du chah d’Iran, jusqu’à l’hostilité, notamment après les attentats du 11 septembre. 

En 1979, sous le règne de l’Ayatollah Khomeini, des militants iraniens s’emparent de l’ambassade des Etats Unis à Téhéran. 52 Américains sont retenus prisonniers pendant 444 jours. A la suite de cette action, les Etats Unis rompent toute relation diplomatique avec l’Iran. De 1979 à 2019 : les deux Etats entretiennent des relations hostiles, qui ne sont pas près de s’améliorer. 

En effet, le vendredi 3 janvier dernier, le général iranien Qassem Soleimani est assassiné lors d’un raid américain en Irak. Ce dirigeant haut placé de la République islamique était considéré comme une icône de la Résistance contre les Américains. Il a été frappé par un missile devant l’aéroport de Bagdad, aux côtés d’autres militaires irakiens pro iraniens, dont 9 sont morts. 

D’après les informations du Pentagone, la frappe proviendrait d’un tir de précision effectué par un drone. L’ordre a bien sûr été donné par Donald Trump, qui a qualifié le général de « Monstre ». Il semblerait que les forces spéciales américaines suivaient depuis des mois Qassem Soleimani, et attendaient le moment opportun pour passer à l’acte. Selon le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, le général iranien préparait un plan d’envergure menaçant les citoyens américains. 
Le jour suivant l’annonce de cette exécution, des milliers d’iraniens sont descendus dans les rues pour contester la mort du général, faisant craindre une dangereuse escalade du conflit dans les semaines et les mois à venir. 

Et les représailles contre le président américain ne se font pas désirer : dans la nuit du 7 au 8 janvier 2020, des missiles s’abattent sur deux bases américaines situées en Irak. Une douzaine de missile ont été lancés sur les bases d’Ain al-Assad et d’Erbil.

Donald Trump évalue tout de suite les dégâts face à la presse : selon lui, il n’y a rien de grave, et aucun mort à déplorer. Pourtant, Téhéran affirme qu’au moins 80 soldats américains ont péri durant l’attaque sur la chaîne de télévision nationale.

Selon l’Ayatollah Ali Khamenei, les tirs sont une gifle dans la face des Etats Unis. La République islamique appelle le gouvernement de Donald Trump et les pays alliés à rappeler les troupes déployées dans la région pour éviter de devoir recourir à une nouvelle attaque.

Le problème, c’est que les Etats Unis ne sont pas les seuls concernés par les représailles iraniennes. En effet, des soldats britanniques et allemands se trouvaient dans les bases bombardées. Les gouvernements condamnent ces attaques et ne souhaite pas aboutir à une spirale de violence. La France appelle aussi les compagnies aériennes à ne pas survoler la zone concernée par les tirs et le territoire iranien, en jugeant que la priorité est la lutte contre l’état islamique. 

La suite des événements va donner raison à ces nombreux pays méfiants : le 8 janvier, un Boeing 747 ukrainien s’est écrasé près de Téhéran, faisant environ 176 morts, dont plus de la moitié étaient canadiens. Bien sûr, les soupçons se portent tout de suite sur l’Iran, qui nie sa responsabilité dans le drame. Mais pas plus tard que le samedi 11 janvier, la République Islamique reconnaît que des missiles lancés par erreur ont heurté l’avion, et provoqué son crash. Le ministre iranien estime que Washington a aussi une part responsabilité dans l’accident : « une erreur humaine en des temps de crises causée par l’aventurisme américain a mené au désastre ». 

Le président d’Ukraine et celui du Canada réclament une enquête menée avec transparence pour retrouver les coupables de l’exaction et les traduire en justice. Il semblerait que le chef des Gardiens de la Révolution (l’armée iranienne), Amir Ali Hajizadeh endosse les conséquences de cette erreur, mais une enquête va être menée pour déterminer le vrai responsable. L’Iran s’est s’est excusé pour les faits, mais cela n’est pas suffisant par rapport aux centaines de vies sacrifiées. 
Téhéran est aujourd’hui en alerte maximale dans l’attente de nouvelles représailles de la part du gouvernement Américain, mais Trump semble préférer faire machine arrière et ne pas attiser la flamme de la violence. 

Des manifestations ont éclaté à Téhéran à la suite du crash de l’avion. Donald Trump avertit les autorités de ne pas tirer sur les protestataires, en référence aux 300 morts décomptés lors des manifestations de mi-novembre.

Au final, même si il n’y a pas de véritable menace dans l’air entre les Etats Unis et Téhéran à l’heure actuelle, le conflit est encore une plaie ouverte, qui implique désormais les autres nations, et qui aura peut être encore des graves conséquences sur la vie d’innocents. 

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