Les attaques armées récentes au Mali : vers un risque de guerre civile entre communautés ethniques ?

Marie Picard, 27/06/2019


Actuellement, le Mali laisse transparaître une opposition ethnique entre peuls, caractérisés comme des agriculteurs nomades et les dogons, agriculteurs sédentaires. Des affrontements caractérisés de « communautaires » sont observés dans la région centre du Mali.

Un mali

Un point sur la situation de la République du Mali

Le Mali, pays d’Afrique de l’Ouest et ancienne colonie française, est indépendant depuis 1960. Après avoir connu deux républiques en 1961 et 1991, toutes deux renversées par des coups d’état, une transition démocratique débouche sur la troisième république. Le Mali va connaître plusieurs difficultés dès 2010, notamment avec le retour de Libye d’anciens mercenaires Touaregs dans le Sahara malien. Mais, aussi, de par le développement des mouvements djihadistes et la perte de contrôle du territoire par Bamako. En effet, en 2012, la capitale est frappée par un coup d’état militaire qui nécessitera la mise en place d’une nouvelle élection présidentielle. Le déploiement d’une force africaine et de troupes françaises a été mis en place en 2013, en particulier avec l’Opération Serval, qui sera substitué en 2014 par l’opération Barkhane. Ainsi, le climat dans lequel le Mali est plongé depuis est conflictuel et inquiétant.  

Très récemment, en mars 2019, un village peul a été massacré, massacre attribué à des chasseurs dogons. En juin 2019, c’est une milice armée peul qui a assassiné des habitants d’un village dogon. Ces échanges d’attaques mortelles entre des groupes armées se revendiquant des différentes communautés maliennes entraînent un climat de guerre civile dans le pays.

La place du gouvernement malien

La question prédominante actuellement se trouve autour du risque de voir le pays s’enfoncer dans une guerre civile. En effet, où se trouve l’intervention du gouvernement malien face aux attaques des différents groupes armés ?

Le gouvernement malien a connu en avril un bouleversement, due notamment à des manifestations. Ces dernières avaient pour argument premier le manque d’implication et l’incapacité du gouvernement dans la protection des populations. Ainsi, Soumeylou Boubèye Maïga, le chef du gouvernement a présenté sa démission et, son successeur Boubou Cissé n’a pas tardé à réagir à l’attaque récente de juin. Il évoque notamment le rôle des dirigeants politiques dans le renforcement et l’accélération des efforts en matière économique, sécuritaires et politiques, afin d’obtenir une réconciliation et une paix effective. Les réactions aux différentes attaques comptent notamment celle de la France, en particulier de Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, qui condamne fermement ces attaques et insiste sur la responsabilité des dirigeants à mettre fin à ces violences. Cependant, l’inaction du gouvernement malien est certaine, et menace une rivalité grandissante entre communautés ethniques

La nuance entre guerre civile communautaire et implication djihadiste

Ainsi, les attaques armées récentes au Mali ne sont pas à considérer comme des rivalités entre communautés ethniques. Au-delà de ça, les groupes djihadistes sont impliqués dans cette rivalité, dont la perspective de déboucher en guerre civile entre communautés est grande.  En effet, l’alliance principale djihadiste du Sahel, qui est liée à Al-Qaïda, a revendiqué leur place de « rempart » des peuls. Cette base ethnique utilisée par les groupes armés dans les attaques répétées menace d’ouvrir sur un réel conflit entre communautés et donc sur une guerre civile, si le gouvernement ne met pas en place une intervention immédiate et efficace.

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Date de dernière mise à jour : 27/06/2019