Les membres de la minorité ouïghours forcés de travailler dans les usines d’approvisionnement chinoises

Solveig Laudenbach, 12/05/2020


Le rapport du think tank australien ne fait que confirmer l’existence d’un vaste système de détention et d’exploitation de la minorité ouïghours mis en place par le gouvernement chinois en parfaite violation des droits de l’Homme. Il établit la responsabilité de plusieurs fabricants.

 

Fond noir

 

Les usines mises en cause font partie de la chaîne d’approvisionnement des géants mondiaux de l’automobile, du textile et de l’électronique.

Entre 2017 et 2019, 27 usines chinoises situées au Nord-Ouest de la Chine, dans la région du Xinjiang, ont eu recours à l’emploi de travailleurs ouïghours, préalablement arrêtés puis internés dans des camps de rééducation professionnelle.

Outre la privation de leurs libertés, le rapport de l’ASPI révèle que les travailleurs œuvrent « dans des conditions qui suggèrent le travail forcé ». Ils sont soumis à une surveillance permanente et disposent de salaires dérisoires (minimum légal, voire moins).

À la suite de la publication du rapport « Uyghurs for sale », l’ONG Business & Human Rights Resource Centre a invité les dirigeants des différentes marques mises en cause à réagir.

Puma, North Face/ VF Corp, Adidas, Marks & Spencer et le groupe H&M démentent toute responsabilité. Abercrombie & Fitch s’est engagé à rompre ses contrats avec les usines de textiles citées au rapport. Amazon et Gap ont annoncés qu’ils prendront des mesures immédiates.

Le gouvernement chinois avait déjà fait l’objet d’une condamnation de la part des membres de l’ONU en 2018 lorsque l’existence de son réseau de camps de rééducation extrajudiciaires dans la région du Xinjiang avait été prouvée. Malgré cela, l’ASPI confirme que le gouvernement impulse « une nouvelle phase de la campagne de restructuration sociale de la Chine ciblant les citoyens des minorités ».

Rééduqués dans des camps d’internements, les citoyens ouïghours sont ensuite vendus aux usines chinoises.

Le rapport dénonce les objectifs poursuivis par le programme étatique «Yuan Jiang» (Aidez le Xinjiang), qui énonce plusieurs mesures censées valoriser l’intégration des ouïghours au marché du travail chinois. En réalité, ce programme vise à renforcer un système d’incarcération et d’exploitation préexistant.

En effet, depuis les années 2000, le gouvernement chinois s’est employé a lutter contre la décroissance économique en supervisant l’emploi des travailleurs ruraux, notamment ceux de la région autonome du Xinjiang. Or, le véritable motif de cette politique « d’intégration » est d’endiguer tout mouvement indépendantiste. En effet, la population est majoritairement composée des membres de la minorité turcophone et musulmane des ouïghours, persécutés par le régime chinois depuis l’annexion de leur territoire au XXème siècle.

Suivant cette logique, le gouvernement a entamé la construction de plusieurs « centres de rééducation professionnels » destinés à enseigner les fondamentaux de la culture chinoise. Les dirigeants ont imposé des quotas locaux à l’administration : un membre de chaque famille doit rejoindre les centres de rééducation professionnel. Le Xinjiang s’est transformé en gigantesque état policier. Certains quartiers sont désormais quasi-déserts, vidés de leurs occupants. 

« Uyghurs for sale » affirme qu’au sein des camps d’internement, les détenus sont soumis à des conditions d’hygiène déplorables ainsi qu’à des actes de maltraitance de la part du personnel. Plusieurs heures par jours, ils doivent assister à de longues séances « d’éducation politique », véritables séances d’endoctrinement vouant un culte au président chinois Xi Jinping. Ils sont également contraint de prêter allégeance au Parti communiste chinois et doivent apprendre à lire et à écrire le mandarin. Ils ont interdiction de pratiquer leur religion, en l’occurrence, l’Islam.

À leur sortie, on leur délivre un « diplôme d’état » qui certifie leur adhérence aux valeurs politiques et culturelles chinoises. Des centaines d’entre eux sont ensuite vendus aux employeurs.

En 2018, l’ONU affirmait que plus d’1 million de ouïghours étaient détenus dans ces centres de formation professionnels. Depuis, le gouvernement chinois a reconnu leur existence, sans pour autant approuver la qualification de violation des droits de l’Homme. 

 

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 12/05/2020