Més que un club

Louis Lesueur, 15/03/2019


Gérard Piqué (défenseur du FC Barcelone) pestait récemment contre les médias madrilènes affirmant que ces derniers devraient « s'intéresser aux prsionniers politiques, plutôt que débattre sur la VAR ».  Dans le monde entier, le FC Barcelone est connu pour ses strasses et paillettes, et pour Lionel Messi. En revanche, en Catalogne, Barça rime avec Independencia.

El camp nou en un partido de la uefa champions league

"Nous sommes une équipe"

Le 6 mars dernier, la pluie faisait son apparition en Catalogne et venait couvrir la province de ciel gris. Pourtant, ces derniers jours, le ciel était bleu, d’un beau bleu même pour les Catalans après les victoires dans les Clasico du FC Barcelone à Bernabeu face au Real Madrid (3-0 en Coupe du Roi et 1-0 en Liga). Le Real, évincé de ces deux compétitions, l’est même d’une troisième le 5 mars, avec l’élimination en Ligue des Champions par l’Ajax Amsterdam, à Bernabeu de nouveau (2-1,1-4). Les Rouges et Blancs ont honoré Johan Cruyff, l’ancienne gloire de l’Ajax, par la suite devenu idole au Barça et même dans toute la Catalogne. Son fils porte un prénom purement catalan, Jordi. Ce prénom est d’ailleurs loin d’être anodin, Sant Jordi est le Saint Patron de la Catalogne. La croix rouge, présente sur l’écusson du Barça, est son emblème. Elle y est accompagnée des rayures catalanes (rouges et jaunes) et des rayures du FC Barcelone (bleus et rouges). Premier symbole d’un club marqué (fortement) par l’identité catalane.


Le Camp Nou, terrain d’expression
Le Camp Nou (« nouveau stade » en catalan) est le premier terrain d’expression pour les joueurs, évidemment, mais aussi pour les idées des Catalans, notamment d’indépendance. Ainsi, ces dernières années, à chaque match et dans les deux mi-temps, à 17 minutes 14 secondes, les cris se font entendre. Durant tout le match c’est le cas, direz-vous, mais ici ces cris sont spéciaux : « INDEPENDENCIA ». Ce mot résonne dans l’enceinte pendant une minute. Pourquoi à ce moment là ? La référence est simple, 1714. Cette année correspond à la chute de Barcelone face aux troupes de Philippe IV d’Espagne, à la chute de la Catalogne. Un message clair donc, que la devise du Barça, « més que un club » met en évidence. Créée en 1968, cette formule, qui signifie en français « plus qu’un club », dénote du rôle du FC Barcelone d’être bien plus qu’un club de football, sinon un vecteur de l’identité catalane. L’hymne du club « Cant del Barça » (écrit en 1974) participe également à la promouvoir. Retentissant au début et à la fin de chaque rencontre au Camp Nou, ce chant symbolise l’unité créée autour du Barça. Les voix des supporters présents chantant l’hymne sont d’autant plus fortes quand se présentent face au FC Barcelone le Real Madrid ou l’Espanyol de Barcelone. Le Real Madrid représente évidemment le pouvoir royal espagnol, le pouvoir de la capitale d’un pays dont les Catalans veulent se séparer. Le club voisin de Barcelone est le club « allié » des madrilènes, selon les Culés (les supporters du Barça), le club espanyol (« espagnol » en catalan) de la ville. Alors quand, en 2007, à l’avant dernière journée de championnat, Raul Tomado (attaquant de l’Espanyol) marque un doublé au Camp Nou et prive le Barça du titre -pour l’offrir au Real Madrid- , tout un club est traumatisé. Tamudo, lui, joueur historique de l’Espanyol (joueur le plus capé et meilleur buteur de l’histoire du club) est devenu une icône à Madrid, sans cesse remercié dans les rues la capitale espagnole depuis ce match. Le buteur était surtout la fierté du club barcelonais, étant formé au club.

La Masia pour une formation identitaire
La formation, justement, elle est aujourd’hui le point fort du FC Barcelone, grâce à Johan Cruyff. A son arrivée au club comme entraîneur, les standards de recrutement des jeunes sont avant tout basés sur la taille (1m80). Le Néerlandais recentre les critères sur les qualités techniques et l’intelligence de jeu. Les équipes de jeunes doivent également avoir le même système de jeu que l’équipe première ; le dogme de la possession fait dès lors loi des débutants aux seniors. Guardiola est le plus bel exemple de ces jeunes pousses se développant grâce au jeu de position de Cruyff, non pas grâce à son physique mais par sa technique et son intelligence. De plus, Guardiola est l’exemple de l’identité locale, né en Catalogne, comme le sont plus récemment Puyol, Xavi, Busquets, Piqué, Victor Valdès, Jordi Alba, Fabrègas, Sergi Roberto ou le jeune Carles Aleña. Oleguer, défenseur du Barça de 2001 à 2008 et né en Catalogne également, pousse même le bouchon plus loin en refusant la sélection espagnole, étant catalan.



 

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Date de dernière mise à jour : 15/03/2019