Nth Room : le scandale sexuel qui a bouleversé la Corée du Sud

Théo Alleaume, le 19/05/2020


Attention : avant de commencer cet article, l’équipe LVDR souhaite vous mettre en garde. Cet article contient des élément qui peuvent atteindre la sensibilité de certains lecteurs.


Il y a quelques jours, les autorités coréennes dévoilaient l'identité de Moon Hyung Wook (connu sous le pseudo de “GodGod”), le créateur de la "Nth Room". Le 19 mars dernier, un homme surnommé “Baksa” (docteur en coréen) est soupçonné et arrêté par les autorités pour avoir produit et diffusé dans la Nth Room des vidéos à caractères sexuelles de jeunes femmes et mineures non consentantes. Parmis les victimes, on ne compte pas moins de 103 femmes ainsi que 26 adolescentes, dont la plus jeune avait 11 ans. Qu’est-ce que la Nth Room ? Qui est derrière tout ça ? Retour sur le scandale sexuel qui a secoué la Corée du Sud.

49896396508 95fdc5c282 kCes "Nth Room" ont proliféré sur la plateforme cryptée Telegram (Yuri Samoilov/Flickr - CC BY-SA 2.0)

Tout d’abord, il est important de savoir qu’en Corée, la pression sociale sur les épaules de la femme est beaucoup plus forte qu’en Europe. On attend beaucoup des femmes, que ce soit au niveau de leur physique (il n’est pas rare de se voir offrir de la chirurgie esthétique pour ses 18 ans) ou bien pour leur avenir. Les femmes coréennes subissent beaucoup d’inégalités et on peut parler de misogynie ambiante et cela dans la vie quotidienne des coréennes. De plus, il y a énormément de voyeurisme en Corée, avec le fléau nommé : “molka”. Ce phénomène consiste à filmer des femmes à leur insu notamment dans les transports en commun ou aux toilettes. Un véritable fléau qui est de plus en plus répandu surtout depuis que ces vidéos sont diffusées sur des sites à caractère pornographique, bien que celle-ci est théoriquement interdite sur le territoire. Un des sites les plus connus en Corée, qui répertoriait des vidéos de “molka” était le site Soranet, site qui a depuis été fermé et sa fondatrice a pris quatre ans de prison ferme. Vous l’aurez compris, ce n’est pas une chose aisée d’être une femme en Corée.

 

La mise en place de la NTH Room

C’est en 2018 que tout commence. Un homme connu sous le pseudonyme de “GodGod” recherche sur différents réseaux sociaux et notamment Twitter, des jeunes femmes postant des photos d’elles à caractère sexuel, mais anonyme. Se faisant passer pour la police, le dénommé “GodGod” demandait des informations personnelles (numéro de téléphone, adresse mail, adresse physique…) en prétextant une enquête policière. De plus, il envoie également un lien sur lequel il faut cliquer afin de “protéger son compte” puisque les photos des jeunes filles auraient été volées. Ce lien est ce que l’on nomme un lien de phishing qui est une technique de piratage utilisée par les fraudeurs afin de récupérer les données personnelles d’une personne pour procéder à une usurpation d’identité. Pour sécuriser son compte, la victime devait donc rentrer ses identifiants et son mot de passe, permettant à “GodGod” d’avoir accès à leur compte.

Une fois le compte récupérer, c’est là que la manipulation commence. Si les victimes refusent de coopérer, “GodGod” diffusera les photos intimes aux proches des jeunes femmes. Au vu du contexte social très dur pour les coréennes, la plupart acceptent. Si jamais elles refusent, l’escroc a en sa possession les adresses des victimes mais aussi de leurs proches, une menace physique plane donc sur la victime.

Prise au piège, les jeunes femmes n’ont pas d’autres choix que d’obéir. Elles deviennent alors les esclaves de leur tortionnaire, qui promettent de faire durer ce supplice une semaine tout au plus. Durant cette semaine, les victimes sont forcées de faire plusieurs choses horribles : cela va de l’envoi de photos dénudées à la scarification au couteau en écrivant le terme “esclave” en coréen, sur leur peau. Certaines ont été contraintes de se mutiler la poitrine ou d’ingérer des excréments. Enfin, d’autres ont été filmés en train de se faire violer par plusieurs hommes. 

Si jamais certaines tentent de résister, alors les tortionnaires donnent leurs adresses ou écoles dans des “rooms” afin que les membres de ces rooms aillent violer ces femmes, filmer l’agression et la poster dans la room. 

 

Des actes inhumains accessibles en un clic

Ce sont dans ces fameuses “room” que les vidéos des victimes étaient partagées entre les utilisateurs d’une application. Cette application se nomme “Télégram” et elle propose un service de messagerie sécurisée. Les discussions sont cryptées afin de garantir un anonymat quasi-total, par conséquent, “Télégram” est très prisée des criminels. Les autorités pensent que c’est à la fermeture de Soranet que ce système a pu être mis en place.  Ces “rooms” sont des salons ou des groupes de discussions comme il en existe sur Messenger par exemple. Sauf qu’ici, ces salons servaient surtout à partager des vidéos des victimes. On dénombrait 8 rooms, mais au final, il semblerait qu’il en existe une centaine et toutes référencées selon le contenu qu’elles proposent. Ces rooms étaient accessibles en un clic mais contre une rémunération allant de 200.000 wons (150€) et 1,5 millions de wons (1.100€). Les rooms les plus chères étaient celles qui comprennaient les contenus les plus violents et surtout pour rentrer dans ses rooms, il fallait être acteur et non pas simple spectateur. Vous deviez envoyer du contenu ou des informations sur des potentielles futures victimes mais également prouver que vous étiez bien un homme en envoyant une photo de vos parties génitales. De plus, certaines rooms étaient dédiées au contenu pédopornographique et étaient renommé “Loli”. 

Les personnes postant des vidéos d’enfants étaient souvent de la même famille et le faisait sans aucunes contraintes. C’est ce qu’affirme deux journalistes coréens. Ils affirment également que 50% des utilisateurs de ces rooms étaient étrangers, ce n’est donc pas un phénomène de niche, puisqu’en Chine, plusieurs sites pédopornographiques similaires à ceux de la NTH Room ont été identifiés. 

 

Quels sont les responsables et quelles sont les sanctions encourues ?

Tout d’abord, c’est grâce au travail d’infiltration de deux femmes en école de journalisme que ce scandale a pu éclater. Pour ce qui est des sanctions, la Corée est très en retard notamment sur tout ce qui concerne les crimes sexuels. Par exemple, Son Jong-Woo, propriétaire du plus grand site de pédopornographie coréen, avec plus de 250.000 vidéos sur le site, n’a été condamné qu’à 18 mois de prison ferme. Un autre problème concerne les agressions sexuelles. Lorsqu’une femme porte plainte pour viol, si elle veut voir sa plainte reçue, la victime doit s’être débattue avec son agresseur puisqu’en Corée, le viol est défini comme résultant “de la violence ou de l’intimidation” plutôt que de l’absence de consentement. Autrement dit, si une femme ne se débat pas assez, aux yeux de la loi, il n’y a pas eu d’agressions sexuelles. C’est pour cela que 55% des plaintes pour viols sont classées sans suite. Pire encore, la victime peut recevoir une plainte pour diffamation de la part de son agresseur. C’est pour cela que la population est inquiète pour les condamnations. 

 

On retrouve plusieurs suspects dans cette enquête notamment :

  • GodGod, celui qui arnaquait les victimes sur les réseaux sociaux. Il a été récemment arrêté, le 11 mai dernier. Il est soupçonné d’être le créateur de la NTH Room et répond au nom de Moon Hyung Wook.

  • Watchman. Un homme de 38 ans également arrêté. Il est suspecté d’avoir dirigé la “Godam Room” qui comptabilise plus de 10.000 vidéos dont une centaine à caractère pédoponographique. 

  • Pacific Ocean. Ici, il s’agit d’un jeune homme de 16 ans, qui aurait vendu entre 8000 et 10.000 vidéos en un peu plus d’un an.  

  • Un jeune militaire sud-coréen est également soupçonné d’être le manager de plusieurs rooms. 

  • Un jeune homme de 12 ans a également été arrêté pour avoir recréé le procédé sur Discord. 

  • Cho Joo-Bin alias “Baksa”, 25 ans. C’est ce dernier qui est soupçonné d’être à la tête de ce gigantesque scandale. C’est cet ancien major de promo sans histoire, qui aura donné cet aspect business à la NTH Room. Il aurait eu des complices dans les services sociaux mais aussi des détectives privés afin de récolter le plus d’informations possibles sur ses victimes. De plus, les autorités pensent qu’il aurait diffusé des photos de célébrités de la K-Pop dans différentes rooms, mais reste à savoir si c’est vrai ou pas.

Comme nous avons pu le voir, la NTH Room n’est pas un scandale comme les autres. Organisé, vaste (on estime à environ 260.000 hommes dans l’ensemble des rooms) et inhumain, ce scandale retourne la Corée et la population réclame justice. De plus, beaucoup de sud-coréens et de sud-coréennes espèrent que la loi évoluera suite à cette affaire qui est loin d’être terminée. On parle même d’hommes politiques ou de célébrités en lien avec la NTH Room.

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Date de dernière mise à jour : 19/05/2020