Opération “Source de paix” : un tollé international

Jeanne Jouveaux, le 21/10/19


Ce 9 octobre 2019, plus de 60 000 civils syriens se sont retrouvés dans l’obligation de fuir leur village. Cet exode fut forcé à cause des bombardements d’une nouvelle offensive turque sur le territoire syrien.

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L’armée turque qui avance en syrie (source: Libération)

Après deux premières interventions, le président turc Recep Tayyip Erdogan renouvelle une troisième opération, nommée “Source de paix” au nord de la Syrie. Erdogan a pour but de repousser les Kurdes du territoire sur une trentaine de kilomètres, et d’en profiter pour créer une “zone tampon”, c’est-à-dire, une zone de sécurité sur laquelle la Turquie pourrait installer environ 3 500 000 réfugiés.

Pour arriver à ses fins, le président turc a déployé son armée ainsi que 18 000 soldats supplémentaires, venus de l’opposition syrienne, en direction de deux villes syriennes situées au nord : Tal Abyad et Ras-al-Aïn. Ce n’est pas la pas la première intervention turque sur le territoire syrien ; deux ont déjà eu lieu auparavant : l’opération “Bouclier de l’Euphrate” le 24 août 2016 et “Rameau d’Olivier” le 20 janvier 2018. Ces deux manœuvres avaient permis de débarrasser une zone de 40 000 km2 des groupes terroristes.

Si l’offensive “Source de paix” a eu lieu, c’est en majeure partie grâce aux Etats-Unis. En effet, Donald Trump a laissé la porte ouverte à la Turquie en décidant de retirer ses troupes positionnées sur le Rojava. 

Une offensive loin d’être supportée par la communauté internationale

Le sujet a créé l’indignation chez beaucoup, à commencer par l’Europe. La commission européenne a fait part de sa désapprobation par le biais de sa vice-présidente, Federica Mogherini : “ Les conséquences potentielles d’une telle action militaire sont claires pour tout le monde, au moins claires pour nous. [...] nous appelons la Turquie à arrêter immédiatement son action militaire unilatérale. L’action unilatérale de la Turquie menace aussi les progrès réalisés par la coalition globale visant à vaincre Daech, dont la Turquie est un membre.”  

Par ailleurs, le Conseil de Sécurité de l’ONU doit se rassembler à la demande de l’un de ses membres permanents, la France.

Cependant, Erdogan ne se montre pas inquiet par rapport à ces propos, et menace même l’Europe d’ouvrir les portes d’émigration, ainsi que de libérer indirectement des prisonniers djihadistes retenus dans des camps Kurdes à Rojava, le Kurdistan syrien.

Mais la révolte de l’Europe est également partagée par certains pays arabes. On peut notamment évoquer l’Arabie Saoudite ainsi que l’Egypte, deux pays qui condamnent cette agression.

En outre, Donald Trump affiche une position assez indécise quant à cette attaque. Il paraît de fait que ce soit lui qui ait laissé la Turquie agir, entraînant une réaction vive de la part des Kurdes. 

En réponse à la polémique, il prétend que les Etats-Unis ne doivent pas se mêler de ce conflit local ; “Les Kurdes se battent pour leur terre.” dit-il, et il ajoute : “Ils (les Kurdes) ne nous pas aidé pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ne nous ont pas aidé en Normandie, par exemple.”

Alors accusé de trahison auprès de ces derniers et suite à l’indignation de son propre camp, Donald Trump change de discours et menace alors la Turquie de la détruire économiquement si elle dépasse les limites.  

Mise en accord d’une trêve entre Ankara et Washington

À la suite de ces évènements, un accord entre la Turquie et les États-Unis a été signé ce 17 octobre. Celui-ci exige une trêve : selon les termes de l’accord, les attaques de l’armée turques sont suspendues pendant 120 heures et prendraient donc fin ce mardi soir. 

Le but est de permettre aux Kurdes de se retirer du nord-est de la Syrie et permettre à la Turquie de mettre en place la “zone de sécurité”.

Le président Erdogan précise que cette zone de sécurité sera d’abord longue de seulement 120 km, puis sera rallongée jusqu’à 440 km. La Turquie compte y installer douze postes d’observation.

Il est cependant important de rappeler que cette trêve est fragile.

Les pays sont encore sous tensions. Erdogan annonce: “notre attente de notre allié américain, c’est qu’il reste attaché, cette fois-ci, aux promesses faites à la Turquie.”  dans laquelle on peut y voir un pic lancé à Donald Trump.

Cette trêve est d’autant plus instable que la Turquie accuse les Kurdes d’avoir trahi le pacte, et vice-versa.

Le gouvernement turc prétend que “des terroristes” (terme que la Turquie utilise pour désigner les Kurdes des Unités de protection du peuple) auraient menés une dizaine d’attaques ces dernières heures avec des armements lourds comme légers, notamment avec des roquettes.

Pourtant, de l’autre côté, on accuse également la Turquie de ne pas respecter l’accord. Mazloum Abdi, l’un des commandants des Forces Démocratiques Syriennes (en abrégé : FDS), déclare que la Turquie empêche le retrait des combattants.

Par ailleurs, dans une cité située face à Ras-al-Aïn, Ceylanpinar, des témoignages affirment avoir entendu des tirs en provenance de la Turquie vers Ras-al-Aïn.

Enfin, l’Observateur syrien des droits de l’Homme assure que, ce vendredi, des frappes d’avion ainsi que des tirs d’obus auraient tué 14 civils et 8 combattants kurdes à Bab-al-Kheir, dans le nord-est de la Syrie.

En réponse à tout cela, Donald Trump rappelle que l’armée américaine est toujours présente en petit nombre sur le territoire de la Syrie. Il y aurait environ 200 soldats chargés de s’assurer que les champs pétroliers ne tombent pas dans les mains de l’Etat Islamique. 

Le président des Etats-Unis n’hésite pas à menacer de rapatrier ces troupes-ci.

Commentaires (2)

Marais Christine
  • 1. Marais Christine | 24/10/2019
Félicitations ma Jeanne, je suis fière de toi, on ne croirait pas qu'il s'agit d'un premier article !
Continue comme ça.
Jouveaux louis
  • 2. Jouveaux louis | 23/10/2019
Bravo a l auteure de l article !! Continue c est genial A P L

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Date de dernière mise à jour : 22/10/2019