Rétrospective société de l'été 2019 (partie 2)

Théo Alleaume, Arnaud Dumontier, Emma Gaheneau, Marie Picard, le 05/09/2019


Deliveroo : l'emploi, à quel prix ?

Deliveroo crise 2019

Les coursiers Delivroo, souvent apperçus en vélo avec leur sac bleu

La société britannique Deliveroo est plongée dans une situation des plus complexes : pierre angulaire de la livraison de repas à domicile, elle fait face à la forte concurrence du secteur


Tout d’abord, Deliveroo en France c’est 54 millions d’euros de chiffres d’affaires, 1,5 million d’euros de bénéfice en 2017. C’est également 10000 restaurants partenaires mais surtout 11000 livreurs, selon l’Express. Ce sont donc les livreurs Deliveroo, travailleurs indépendants ayant un statut différencié du salarié, qui portent l'économie de cette entreprise. Or, ces derniers ont subi trois baisses de salaires depuis 2017 afin de lutter contre l’arrivée de nouveaux concurrents (Uber Eats…). La dernière en date remonte à l’automne 2018 où le montant minimal d’une course était fixé à 4€80 (voir 4€10 selon certaines villes). À noter que les coursiers étaient payés à l’heure (7€50/h) et non à la course. Le 30 juillet dernier, Deliveroo a remanié sa grille tarifaire avec la suppression du tarif minimal, la diminution de la rémunération des courses de moins de 10 minutes. En revanche les courses de plus de 10 min ont été augmentées.

 

À la suite de ces décisions, de nombreux livreurs se sont mis en grève, réclamant une augmentation de leur salaire. Les manifestations ont repris le 3 août dernier avec le Collectif des Livreurs Autonomes de Paris (CLAP 75). Ces derniers ont également lancé un appel au boycott envers la compagnie afin de faire entendre leurs voix.

 

La Russie s'insurge

La contestation inedite depuis le retour de vladimir 4743159 465x330p

Les manifestatants russes, toujours présents pour réclamer des éléctions libres

Dans les rues de Moscou, ils sont venus demander des "élections libres". Une mobilisation record a eu lieu en Russie, où près de 50.000 personnes d'après L'ONG Compteur Blanc ont manifesté contre le régime pour le quatrième week-end consécutif dans la capitale russe. Les manifestants autorisés à manifester deux heures, ont rapidement rejoint le bâtiment de l'administration présidentielle, où ils étaient attendus par les forces de l'ordre.

À l'initiative de ce mouvement qui a débuté il y a 'un mois, la volonté de l'opposition de dénoncer l'exclusion des candidats indépendants aux élections locales de septembre.

D'énormes vagues d'interpellations dépassant largement le millier, avaient eu lieu lors des manifestations de l'opposition les 27 juillet et 3 août qui avaient rassemblé plus de 20.000 personnes. Des images montrant la dureté avec laquelle les autorités russes interpellaient les manifestants avaient d'ailleurs été partagées sur la toile. 

Certains d'entre eux ont écopé de gardes à vue, inculpés au motif de "troubles passifs" ou alors d'autres se sont retrouvés avec de courtes peines d'emprisonnement déjà prononcées.

 

 Le chef de file du mouvement n'est autre qu'Alexeï Navalny, figure importante de l'opposition au régime du Kremlin. Incarcéré et arrêté de nombreuses fois suite à des manifestations depuis le début de son activité politique, il est aujourd'hui visé par une nouvelle enquête pour "blanchiment" et s'est vu geler tous ses comptes bancaires. Mais pour autant, même si elle est durement réprimée, l'opposition ne faiblit pas.

 

Les élus de la République sont-ils en danger ?

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Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales

Au lendemain du drame qui a touché la commune de Signes dans le Var , le constat est alarmant : les élus de proximité se sentent abandonnés par l'État.
Le 5 août dernier, Jean-Mathieu Michel, maire de Signes, trouvait la mort, renversé par une camionnette, dont il voulait verbaliser les occupants pour avoir déversé illégalement des gravats sur un chemin privé de la commune. Le maire, officier de police judiciaire, était habilité à arrêter les contrevenants. C’est en voulant fuir que ces derniers ont percuté Jean-Mathieu Michel. Ce drame a suscité une forte émotion dans la commune, ainsi que dans toute la France où le constat est alarmant : 361 agressions envers les maires en 2019, soit 9% de plus qu’en 2017. D’après un récent sondage, un maire sur deux ne souhaite pas se représenter aux élections municipales de 2020. Les élus communaux ne se sentent plus en sécurité en exerçant leurs fonctions, réel sacerdoce, tant elles demandent de dévouement. 

Les maires ne sont pas les seuls élus de la République touchés par cette vague de violences. Plusieurs permanences de députés, ayant voté en faveur du CETA, ont été vandalisées comme dans le Jura, en Haute-Garonne ou encore dans l’Eure, où Claire O’Petit, députée de la 5ème circonscription, portait plainte pour la 7ème fois pour des actes de vandalisme, menaces et insultes.

Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, réunira, le 12 septembre prochain, des maires victimes d’agressions. Une consultation en ligne a également été mise en place. 

 

Salvini : pris dans son propre piège :

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Matteo Salvini, ministre de l'interieur qui a enchainé les mauvais choix

Début août, Matteo Salvini, ministre de l’intérieur italien et leader de la Ligue d’extrême droite, annonçait la fin de son alliance avec le Mouvement 5 Étoiles. Cette alliance lui permettait pourtant d’être à la tête de l’Etat.

Fort de son succès aux élections européennes, Salvini pensait que ce coup de poker lui offrirait la possibilité de provoquer des élections anticipées et de reprendre la majorité sans une nouvelle coalition. C’est un pari raté pour Salvini qui, en dissolvant le gouvernement, a perdu 8 ministères. Son implication dans la vie politique italienne est donc considérablement réduite. 

L’Italie n’aura pas besoin de ces élections anticipées car Giuseppe Conte, Premier ministre démissionnaire, a réussi à former un nouveau gouvernement. Le chef de l’exécutif italien, proche du mouvement M5S, s’est rapproché du Parti Démocrate et cette nouvelle équipe a prêté serment ce jeudi 5 septembre. 

Matteo Salvini ne s’avoue pas pour autant battu et confirme dans une de ses, désormais célèbres, vidéos Facebook qu’il reviendra. Pour lui, ce nouveau gouvernement est fragile, les élections arriveront vite et il assure que le million d’électeurs de la Ligue seront au rendez-vous pour le mener à la victoire. 

 

La crise à Hong-Kong : «un pays / deux systèmes» ?

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Harcourt Road, une route majeure d'Hong-Kong remplie par les manifestants

Hong Kong constitue une des deux régions administratives spéciales (RAS) chinoise, avec Macao. Depuis sa rétrocession à la Chine par les britannique en juillet 1997 et jusqu’en 2047, Hong Kong garde son propre système, notamment législatif. Mais, depuis bientôt quatre mois, Hong Kong, depuis est le fruit d’une crise importante. En effet, l’évocation d’un projet de loi en avril dernier par le gouvernement chinois a déclenché une série de manifestations à grande échelle.

La remise en cause de l’indépendance hongkongaise

Le projet de loi avait pour objet l’autorisation d’extrader de Hong Kong vers Pékin des personnes faisant l’objet de poursuites pénales, pour y être jugées. Ainsi, au début du mois de juin, plus d’un million de hongkongais se sont mobilisés contre ce projet de loi, rejetant cette position interventionniste de la Chine continentale dans leur système juridique. Chaque année, le 1er juillet est synonyme de défense de la démocratie pour les hongkongais, qui n’ont pas hésité à envahir le parlement local afin de faire entendre leurs revendications. Juillet et août ont donc fait l’objet de heurts de plus en plus violents entre policiers et manifestants ; notamment à travers le blocage de plusieurs lieux clés, comme l’aéroport de Hong Kong ou plus récemment du métro.  

 

Ainsi, malgré la suspension du projet de loi sur l’extradition par l’exécutif en juin, les manifestations ont continué de retentir sur la base de revendications plus grandes, notamment sur la défense de l’autonomie et de la démocratie hongkongaise, sans interférence de la Chine continentale.

 

Aujourd’hui, alors que la crise semble se pérenniser et qu’aucune perspective d’arrêt de celle-ci ne semblait envisagée, entraînant des conséquences financières importantes et une situation chaotique, Carrie Lam a annoncé mercredi 4 septembre le retrait officiel du projet de loi sur l’extradition. À travers cette décision, la cheffe de l’exécutif donne un tournant qui pourrait être décisif pour la mobilisation la plus importante depuis 1997 à Hong Kong.

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