Saint Patrick se retourne dans sa tombe

Sophie Lecoq et Louis Lesueur, 25/12/2018


Ces 25 mai et 13 décembre 2018 feront date dans l’histoire de l’Irlande. Dans ce pays fortement marqué par le catholicisme depuis plus de quinze siècles, l’avortement a été approuvé par référendum puis par le parlement. Mise en place officielle : janvier 2019.

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Le Dail Eireann, le Parlement irlandais.

Au Ve siècle, lorsqu’il entame l’évangélisation de l’Irlande, Saint Patrick ne peut se douter que celle-ci mènerait à de nombreuses guerres entre Irlandais dans le pays. En revanche, une guerre contre l’avortement, il n’en est rien. Bien que le pays soit toujours fortement marqué par le catholicisme (78 % des Irlandais se déclarent catholiques), Leo Varadkar, médecin de formation, devenu Premier Ministre en juin 2017, a pour projet de le légaliser. Ainsi, en septembre 2017, le projet d’un référendum sur l’avortement est lancé. Il faut néanmoins attendre avant qu’une date définitive ne soit trouvée. En avril 2018, la décision est prise. Le référendum a lieu le 25 mai et pose la question de l’abrogation du 8e amendement de la constitution irlandaise de 1983 qui interdit l’avortement au nom du droit à la vie de « l’enfant à naître […] égal à celui de la mère ». La loi interdit donc l’avortement même en cas de viol, d’inceste ou de malformation du fœtus. En 2013, l’avortement en cas de risque mortel pour la mère est néanmoins autorisé. Les femmes souhaitant avorter peuvent se rendre à l’étranger comme le treizième amendement le permet offrant la « liberté de voyager dans un autre État » pour procéder à une IVG. 4200 femmes en moyenne par an voyagent, pour la plupart en Grande-Bretagne, pour avorter.

Ce référendum permet également de mettre en lumière la mort de Savita Halappanavar en 2012. Cette Indienne souffre lors de son quatrième mois de grossesse. Les médecins lui annoncent qu’elle est en train de faire une fausse couche. Elle et son mari supplient l’hôpital de procéder à un avortement. Interdit par la loi, c’est impossible et Savita meurt quelques jours plus tard. L’image de Savita Halappanavar est reprise par le camp du « oui » lors du référendum. En ce 25 mai 2018, des millions d’Irlandais se déplacent pour ce vote historique, des Irlandais même venus du bout du monde rassemblés autour du hashtag #hometovote. 64 % des 3,5 millions d’inscrits se déplacent aux urnes, pour un résultat significatif de 66 % en faveur du « oui ». Cette victoire du « oui » rend visible le déclin de l'influence de l'Église catholique, déjà perceptible en 2015. Les Irlandais s'étaient ainsi prononcés à plus de 60% en faveur de la légalisation du mariage homosexuel. Cette victoire du « oui » a été saluée par le premier ministre Leo Varadkar qui est, selon lui, « l’aboutissement d’une révolution tranquille ».

Ce référendum a donné lieu à un projet de loi, adopté ce jeudi 13 décembre à l’assemblée. Il prévoit un avortement libre jusqu’à 12 semaines de grossesse et autorisé en cas de risques pour la santé au-delà de ce délai. Selon Amnesty international, les services d’avortement pourraient commencer leur travail dès janvier 2019, malgré un débat toujours intense dans le pays. Le débat agite depuis plusieurs décennies la société irlandaise. Le « oui » massif au droit à l’avortement bouleverse le pays et le fait sortir de sa posture ultra conservatrice. Selon le sondage IPSOS/MRBI, les femmes ont voté à 70 % pour la libéralisation de l’IVG et 30 % contre, 65% de oui et 35% de non chez les hommes. Les personnes âgées de plus de 65 ans ont voté en majorité contre tandis que les 18-24 ans ont voté à 84 % pour. Pour celles et ceux qui se sont battus pour ce droit c’est une avancée historique qui mérite d’être célébrée.

En revanche, l’Eglise catholique, qui occupe une place très importante dans la société irlandaise, se dit très déçue de ce projet de loi estimant que « personne ne devrait avoir le droit d’ôter la vie ». Malgré la décision de l’Irlande, un bon nombre de pays ailleurs dans le monde ne donnent pas le droit à l’avortement. La libéralisation de l’IVG donne espoir à l’Irlande du Nord où l’IVG est toujours punie par la loi sauf en cas de danger pour la mère. Dans l’Union européenne le seul pays à prohiber totalement l’avortement est Malte où le catholicisme est la religion d’Etat. Cependant même au sein de l’UE, l’avortement est soumis à des conditions plus ou moins restrictives. De nombreux pays comme la Côte d’Ivoire, la Libye, le Guatemala, le Paraguay ou encore le Venezuela n’autorisent l’avortement qu’a certaines conditions.

Pour ce qui est du reste du monde, le droit à l’IVG est interdit dans de nombreux pays africains et asiatiques comme le Congo, l’Égypte la République démocratique du Congo, le Sénégal, les Philippines, le Laos, etc.

Reste a voir si ces pays vont emprunter le même chemin que l’Irlande dans cette libéralisation de l’IVG...

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Date de dernière mise à jour : 29/12/2018