Sinophobie : la véritable épidémie

Emma Gaheneau,04/02/2020


Seulement 6 cas de coronavirus sont avérés en France, et pourtant la psychose monte. Celle-ci est accompagnée de nombreuses Fake News et propos racistes dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le racisme s’affiche, décomplexé, visant la diaspora chinoise et toutes les personnes d’origine asiatique, tant les amalgames sont nombreux. Une véritable épidémie qui semble plus contagieuse que le coronavirus.  

 

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Première photo lancée avec le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus

Les réseaux sociaux : reflet de notre société

Dès l’annonce de l’épidémie, les réseaux et notamment twitter ont été inondés de vidéos, soi-disant en provenance de Chine, montrant des personnes asiatiques mangeant par exemple : une soupe de chauves-souris ou encore une salade de souris accompagnés de petits légumes. Décrites comme montrant des plats traditionnels chinois très répandus, ces vidéos sont rapidement devenues virales et, pour la population française, elles expliquent le coronavirus. On peut lire dans les commentaires “bien fait, vous avez vu ce qu’ils mangent.” Réactions que nous pourrions qualifier d’ironiques venants des Français, adeptes des escargots et cuisses de grenouilles. Ces vidéos ont depuis été reconnues comme n’ayant pas été tournées en Chine. 

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Carte évolutive du nombre de tweet avec le #coronavirus en comparaison avec le nombre de victimes

Les réseaux sociaux sont des vecteurs de nombreuses fake news, comme de faux articles de presse annonçant de nouveaux cas d’infection. Le Parisien en a, par exemple, fait les frais, leur logo ayant été repris comme entête d’un faux article.

C’est aussi sur les réseaux que la gronde de la diaspora chinoise se fait entendre, grâce aux différents témoignages et vidéos. Les Asiatiques, de toutes origines, vivant en France, se voient pris à partie dans les transports, dans la rue, puis enfin à l’école où l’exclusion des enfants d’origine asiatique est très forte depuis quelques semaines. Les parents ont peur du harcèlement qui pourrait en découler et demandent aux enseignants la plus grande vigilance. Autant d’actes racistes qu’aucune épidémie ne saurait justifier. 

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Un des nombreux tweet qui témoigne de la violence des réactions

Le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus recense des centaines d’expériences malheureuses, mais surtout, met en évidence un autre problème : le coronavirus n’a fait qu’exacerber un racisme anti-chinois, déjà présent, que l’on pourrait qualifier de racisme ordinaire, tant il est démocratisé. L’Association des Jeunes Chinois de France (AJCF) a d’ailleurs mis en place une adresse mail (ajcf.temoignages@gmail.com) pour recueillir les témoignages des victimes de discrimination, pour qu’elles ne se sentent pas seules et surtout les amener à porter plainte contre ces comportements illégaux.  

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La responsabilité des médias 

Les médias ne font rien pour éviter les amalgames et le racisme ambiant. Le Courrier Picard, titrait sur son site internet, le 26 janvier dernier : “Le Péril Jaune”, référence à l’origine chinoise du virus. Mais cette expression n’est pas dénuée de sens. En effet, elle fait son apparition au début du XIXème siècle, et elle définit la peur des peuples européens de se voir déposséder et dominer par la population chinoise. Après ce tollé, le Courrier Picard n’a pu que s’excuser, en trouvant une justification pour le moins bancale, parlant de colorimétrie d’alerte. 

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Une papier du Courrier Picard, titrant "Alerte Jaune"

Ce genre de dérapage n’est pas une spécialité française : Piers Morgan, présentateur de Good Morning Britain, la matinale télévisée la plus suivie en Grande-Bretagne, s’est fendu d’un “ching chang chong”, après un reportage sur le coronavirus. Cette intervention, se voulant être une imitation drôle de la langue chinoise, est évidemment une preuve du racisme ordinaire, subi par les populations asiatiques.

Réactions des responsables politiques 

La récupération politique était à prévoir et elle n’a pas tardé. Ce 27 janvier, Jordan Bardella, député européen du Rassemblement National, rappelle sur le plateau de CNEWS, que la France est dotée de frontières et “qu’il serait bon de s’en servir” comme d’un outil contre la propagation du virus. Une volonté qui fait écho aux mesures prises aux États-Unis où aucun étranger ayant résidé en Chine, dans les quatre derniers jours, ne peut entrer sur le territoire, et celles prises en Russie, qui a complètement fermé ses frontières terrestres. Rappelons toutefois qu’aucune recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé n’a été faites dans ce sens. 

De plus, le défilé du Nouvel An Lunaire, se déroulant dans le XIIIe arrondissement de Paris et réunissant plus 100 000 spectateurs chaque année, a été annulé ce dimanche 2 février. Il sera reporté au printemps, décision prise d’un commun accord entre Jérôme Coumet, Maire de l’arrondissement, et les organisateurs : « nous le reportons pour risque sanitaire et pour risque de psychose », justifie auprès de l'AFP Sacha Lin-Jung, responsable de l'Association Chinois résidant en France. Nous pouvons déplorer que les autorités n’aient pas maintenu ce défilé traditionnel, pour montrer qu’il était inutile de céder à la panique. 

Pour la majorité des Français originaires d’un pays d’Asie qui, rappelons-le, est un continent, le coronavirus n’a fait que mettre en exergue le racisme qu’ils vivent au quotidien. La France aurait donc plus à craindre du racisme et de la xénophobie que du coronavirus. 

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Date de dernière mise à jour : 04/02/2020