Soudan, la crise sous silence

Cécile Vienney, 21/06/2019


Le Soudan traverse actuellement une crise de violence sans précédent et faiblement expliquée et relayée. Pour cause :  un climat d'instabilités politiques, économiques et sociales depuis la destitution du président Omar Hassan el- Bechir. 

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Des barricades sont disposées dans les rues de Khartoum pour empêcher les chars du RSF de passer

 

Omar Hassan el-Bechir, ancien militaire au pouvoir depuis environ 30 ans, a été destitué le 11 avril dernier. Il a été notamment condamné par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité lors de la guerre du Darfour en 2003, conflit ethnique qui s’est rapidement transformé en génocide. Après de nombreux mois de manifestations suivis par le soulèvement de l'armée, le dictateur soudanais Omar el- Bechir se décide à « démissionner ». Suite à sa démission, un gouvernement de transition a été établi par l'armée soudanaise avec Abdulfattah Al-Burhan à sa tête, laissant le pays basculer dans une violence sans nom.

 

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Carte du Soudan

La chute du « président » ne suffit pas à calmer les esprits des manifestants soudanais. Ils réclament en effet un gouvernement civil et démocratique. Si les manifestations ne sont pas nouvelles (celles-ci ayant débuté en décembre dernier suite à une augmentation sans précédent du prix du pain), elles prennent une tournure beaucoup plus violente et inédite le 3 juin lorsque l'armée disperse un sit-in pacifique de manifestants. Ces derniers se tenaient, depuis le 6 avril, devant le siège de l'armée à Khartoum, la capitale du pays. On dénombre environ 60 morts à l'endroit du sit-in, sans parler des nombreuses autres victimes brûlées vives, violées, torturées, noyées et jetées dans le Nil.

Les principaux auteurs de ce massacre, en plus de l'armée régulière, sont les membres des Forces de Soutien Rapide (RSF), aussi connus sous le nom de janjawid. Ces miliciens du Darfour se considèrent comme arabes et sont encouragés, depuis 2003, à terroriser les populations non-arabes de la région. Dans une vidéo publié sur Twitter par le cartographe Thomas Van Linge (@ThomasVLinge), nous pouvons même voir les hommes du RSF danser de joie après le massacre du 3 juin. Ces janjawid étaient commandés par l'ancien président El-Bechir, leur chef Mohamed Hamdan Dogolo, surnommé Hemedti est également le second du Conseil militaire de transition (CMT). Au Soudan, les principaux médias d'informations, aux mains du gouvernement, ne relatent pas ce qui se passe dans les rues du pays. Les massacres sont tus, les réseaux téléphoniques ainsi qu'Internet sont coupés, tout est mis en œuvre pour camoufler la violence orchestrée par le gouvernement. Hemedti, le principal instigateur du massacre, fera même un discours à la télévision dans lequel il déclare ne pas être responsable et « qu'une investigation sera menée pour déterminer qui finance les barricades ».

La population soudanaise n'est toutefois pas dupe. Après le massacre du 3 juin, la coalition civile et plus particulièrement l'Association des Professionnels Soudanais (SPA), a organisé une campagne nationale de désobéissance civile et de grève qui sont, d'après les mots de la SPA « [leurs] moyens pacifiques pour arracher [leur] droit à la vie ». La terreur est omniprésente au Soudan et les militaires semblent bien décidés à faire languir cette « transition » vers la démocratie, demandée à corps et à cris par la population, et qui est censée durer trois ans. Le dialogue est inexistant entre les deux groupes, c'est d'ailleurs pour cela que Tibor Nagy, le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, est attendu dans les prochains jours afin de tenter de rétablir une écoute, même infime, entre les militaires et les contestataires. En attendant, les habitants sont invités à rester chez eux et à effectuer le moins de déplacements possibles.

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Date de dernière mise à jour : 21/06/2019