Au revoir Président...

Arnaud Dumontier, le 27/09/2019


Jacques Chirac s'est éteint ce 26 septembre 2019 tôt dans la matinée à l'âge de 86 ans, avec plus de quarante ans passés en politique. Ancien président de la République Française de 1995 à 2007, mais également ancien député, ministre, Premier ministre, maire de Paris, et président du RPR, un long cheminement entre hardiesse et désinvolture. 

Retour sur le parcours atypique d'un petit corrézien devenu chef d'Etat.

Jacques chirac en correze

Jacques Chirac à un conseil municipal en Corrèze dans les années 60.

L'itinéraire d'un haut fonctionnaire 

Il naît à Paris en 1932 de parents originaires de Corrèze. Il y passe les premières années de sa vie puis poursuit sa scolarité en région parisienne. Il sort diplômé de Science Po, où il sera parallèlement un militant communiste, distribuant l'Humanité rue de Vaugirard à Paris. 

Il effectue ensuite l'ENA (École Nationale d'Administration), afin de s'orienter vers une carrière de haut fonctionnaire. Il sera entre autres auditeur à la Cour des comptes et conférencier à l'IEP de Paris. En 1962, il devient collaborateur du Premier ministre de l'époque, Georges Pompidou passant d'un communisme militant à un gaullisme assumé, rejoignant le RPR. Ce dernier verra en Jacques Chirac la relève de la droite et sera l'un de ses principaux mentors en politique. 

Un parcours politique hors norme

Il aura été successivement neuf fois député de Corrèze, sept fois ministre, deux fois maire de Paris ainsi que deux fois Premier ministre (sous la cohabitation). Puis après une troisième tentative aux élections présidentielles, sera élu président de la République Française pour deux mandats (12 ans au total). Il fondera entre autres le parti de l'UMP (Union pour un Mouvement Populaire). 

Son parcours atypique lui permettra d'être en même temps député de Corrèze, maire de Paris et président du RPR. Il aura cumulé près de 100 ans de mandats électoraux. 

Il a notamment été le premier à affronter aux présidentielles l'extrême droite avec comme candidat Jean-Marie le Pen en 2002, l'emportant au second tour avec 82 % des voix. 

Il sera celui qui reconnaîtra la rafle du Vel d'Hiv et la responsabilité de l'Etat Français dans la Shoah. 

"Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat Français…" 

Il prononça un discours marquant au sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 concernant le climat, estimant que "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Phrase qui est toujours d'actualité à l'heure actuelle. 

Il dira "Non" à l'intervention en Irak voulue par Georges W. Bush en 2003. 

Il sera à l'initiative du musée des arts premiers, le musée du Quai-Branly à Paris en 2006. A l'occasion des dix ans du musée, a été rajouté au nom du musée celui de Jacques Chirac, en hommage. 

Mais il aura été également un président de nombreuses controverses, notamment celle concernant la reprise des essais nucléaires français. Au début de sa première élection en 1995, il a été l'instigateur d'essais nucléaires en Polynésie Française quand bien même François Mitterrand signait un moratoire en 1991 anti essai nucléaire. En 1995, le "Mangez des pommes" de Chirac s'est transformé en "Aimez vous les champignons ?". La communauté internationale n'a pas tardé à réagir, une majorité d'états comme la Nouvelle-Zélande ou encore les États-Unis, condamnant durement cette action. 

Il avait aussi été critiqué pour son intervention en Nouvelle-Calédonie, qui avait fait couler beaucoup d'encre… La crise indépendantiste d'Ouvéa avait coûté la vie à dix-neufs militants kanaks indépendantistes ainsi qu'à deux militaires qui avaient été kidnappés. 

Une vie politique rattrapée par les affaires

Néanmoins, comme souvent en politique désormais, Jacques Chirac s'est retrouvé dans de nombreuses affaires judiciaires, et ce à partir de 2011, bien après son mandat présidentiel. Pour des faits datant de ses deux mandats à la mairie de Paris, il a été soupçonné puis mis en examen pour avoir détourné des fonds publics, pour 'abus de confiance,et prise illégale d'intérêt.

Mais il n'a été condamné qu'une seule fois. 

Il a été le premier ex-président à avoir été condamné par la justice française. Deux ans de prisons avec sursis, concernant l'affaire des emplois fictifs de Paris. 

Le président des phrases 

Le président "cool" était également connu pour ses nombreuses phrases mythiques, amateur d'une vie à la française, de saucisson et de corona, il proclamait d'ailleurs en 1995 "J'aime les pommes", fruit qui fût à la fois la couverture de son livre de campagne et son emblème pour les élections présidentielles, se résultant en un excellent outil de communication. 

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Jacques Chirac en déplacement présidentiel à Nouméa.

Mais il était aussi capable de prononcer certaines phrases provocantes :  lors d'un discours prononcé à Orléans devant des milliers d'adhérents de son parti, il fît polémique, en évoquant le "bruit et l'odeur" des populations issues de l'immigration extra-européenne en France. 

Fin de vie 

On lui avait diagnostiqué une anosognosie en 2011 et il avait été hospitalisé à La Pitié-Salpêtrière en 2016 pour une infection pulmonaire. Très affaibli, il se déplaçait depuis uniquement en fauteuil roulant.

Il est ainsi décédé dans son sommeil à son domicile parisien. 

En plus d'une allocution télévisuelle d'Emmanuel Macron ayant eu lieu jeudi soir où témoignait de tout son respect à l'égard de l'ancien président, un hommage populaire lui sera rendu aux Invalides ce dimanche. Son inhumation aura lieu au cimetière du Montparnasse, lundi prochain, dans un cadre strictement privé. 

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Date de dernière mise à jour : 27/09/2019