Grenelle des violences conjugales

Emma Gaheneau, le 17/09/2019 


Le grenelle des violences conjugales s’ouvrait le 3 septembre dernier. Il se tiendra pendant 12 semaines, sur l’intégralité du territoire national. Se réuniront les différents services de l’État, les associations et les familles de victimes afin de discuter des mesures à prendre pour protéger efficacement les femmes victimes de violence conjugale.

 

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Photo prise lors de la manifestation du 8 mars 2019 ©Jeanne Menjoulet

Les dates n’ont pas été choisies au hasard par Marlène Schiappa, Secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes. En effet, le 3/09/2019 fait référence au numéro de téléphone 3919, un numéro d’écoute pour les femmes victimes de violences. Gratuit et anonyme, il est accessible 7j/7, de 9h à 22h en semaine et de 9h à 18h les week-ends et jours fériés. Les écoutants sont, pour la plupart, des travailleurs sociaux et tous sont formés à l'accueil des victimes. 53 244 appels ont été reçus par cette plateforme d’écoute et de conseil en 2018, mais ce numéro est encore trop méconnu des victimes, livrées à elles-même. La date de fin de ce grenelle, correspond, quant à elle, au 25 novembre 2019 soit la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. 

Au lendemain de son élection, Emmanuel Macron choisissait l’égalité femme-homme comme grande cause nationale du quinquennat. 3 ans plus tard, alors que le nombre de féminicides depuis le 1er janvier 2019 s’élève à 106, ce grenelle est très attendu, tant par les associations que par les victimes et familles de victimes. 

Une organisation nationale 

Tout au long des 12 semaines de discussion, 91 grenelles locaux seront organisés en France par les préfets. Les pouvoirs publics ont mis en place une carte interactive, afin de recenser et créer les lieux de débats. Ces derniers seront organisés autour de trois thèmes majeurs : Prévenir, Protéger et prendre en charge et Punir, ce qui permettra une réunion des propositions formulées à l’attention du gouvernement.  

Des mesures “d’urgences” annoncées dès le 3 septembre

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Discours d’ouverture du Grenelle, prononcé par Edouard Philippe à Matignon

C’est entouré de Marlène Schiappa, ou encore de Nicole Belloubet, ministre de la Justice, qu’Edouard Phillippe, Premier ministre ouvrait le Grenelle des violences conjugales à Matignon. C’est à cette occasion qu'il a annoncé 10 mesures, qui seront mises en place dans les plus brefs délais. 

Il promet donc la création de 1000 nouvelles places d’hébergement d’urgence à partir du 1er janvier 2020 et un système de localisation des places disponibles , ainsi que l’accès pour les victimes à la garantie Visale : une caution gratuite permettant aux femmes de se reloger plus rapidement. 

Dans le cadre juridique, le Premier ministre a annoncé une suspension ou aménagement de l’autorité parentale lorsqu’une plainte aura été déposée. Des chambres d’urgences seront également expérimentées dans certains des 172 tribunaux de France pour pallier la lenteur de la justice actuelle. Toujours au chapitre justice, la mise en place d’un bracelet anti-rapprochement est prévue en 2020. 

Enfin, Edouard Philippe a insisté sur le “machisme séculaire”, trop répandu, qui empêche beaucoup de femmes de porter plainte. Pour faciliter ces procédures, les plaintes pourront désormais être déposées dans les hôpitaux auprès d’un personnel formé à cet effet. Un audit de 400 gendarmeries et commissariats est également prévu pour améliorer les conditions d'accueil des victimes et la prise en charge de leurs témoignages. 

Le budget ne suit pas les mesures

Aucun budget n’a encore été alloué officiellement aux mesures prises par le gouvernement. Comme le disait Marlène Schiappa dans une interview pour Le Figaro en août : les financements seront trouvés en fonction des mesures nécessaires. 

Il est difficile aujourd’hui de trouver le budget du gouvernement pour lutter contre les violences conjugales car c’est une lutte interministérielle. Le Haut Conseil à L’Egalité entre les femmes et les hommes estime que les moyens du gouvernement, qui s’élèvent à 78,7 millions d’euros, sont très largement insuffisants et devraient représenter 506 millions d’euros. Ces sommes n’ont rien d’officiel et sont seulement estimées dans le rapport Où est l'argent contre les violences faites aux femmes ?. Les données sont donc lacunaires. 

A noter qu’un million d’euros a été débloqué à destination des associations. C’est un fonds exceptionnel baptisé “Fonds Catherine contre les féminicides”. 

Les associations demandent un milliard

Les associations, qui sont souvent les premières interlocutrices des femmes victimes de violences conjugales, ont un avis partagé sur les mesures prises par le gouvernement. Pour la plupart, l'arsenal juridique français est complet, encore faudrait-il l’utiliser. Les ordonnances de protection sont, par exemple, très rarement appliquées. Elles demandent également un véritable engagement de l’Etat, sur le modèle espagnol, avec l’investissement d’un milliard d’euros. Les espagnols ont réussi à diviser par deux le nombre de féminicides sur leur territoire en moins de 15 ans.

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Screenshot du compte twitter @NousToutes

Une partie de l’opinion publique regrette que les autres formes de violences envers les femmes, qu’elles soient physiques ou verbales, soient absentes du débat, notamment après les multiples prises de paroles grâce aux hashtag “me too” et “balance ton porc”. Il faudra maintenant attendre le 25 novembre pour connaître les nouvelles mesures et 2020 pour les mises en application de ces dernières. 

 

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Date de dernière mise à jour : 17/09/2019