Journée internationale des droits de la femme et violences : que s’est il vraiment passé pendant les manifestations ?

Anne Laure Bancel, 10/03/2020


Le 8 mars dernier a eu lieu la Journée internationale des droits de la femme. Pour l’occasion, plusieurs dizaines de milliers de manifestantes, mais aussi de manifestants ont défilés, à Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, Rouen le dimanche 8 mars. Le samedi 7 mars, une marche nocturne s’est aussi déroulée à Paris, organisée par un collectif indépendant; c’est notamment lors de cette manifestation que des dérapages ont eu lieu, sur lesquels nous reviendrons. 

 

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Collage féministe

Cette journée est le symbole d’une lutte, qui traverse les époques, le combat de chaque femme pour obtenir la même reconnaissance et les mêmes droits, physiques ou moraux, que le sexe opposé. Pas la peine de décrire en long, en large et en travers les revendications de ces militantes : elles sont les mêmes pour chaque femme, et traduisent un ras-le-bol général: “stop au patriarcat”, “stop aux violences conjugales”, “quand une femme dit non, c’est non”, voilà ce qui est brandit sur leurs pancartes et crié à tue-tête. De plus, l’affaire Polanski est dans tous les esprits. Aux yeux des féministes, c’est une atteinte aux droits des femmes.

Les manifestations de ce week-end ont pris une tournure bien différente des rassemblements féministes habituels, qui se déroulent toujours dans le calme. De nombreuses manifestantes ont en effet fait les frais d’une importante violence policière, notamment dans les rues de Paris.

C'est le cas lors de la marche nocturne à Paris le samedi 7 mars au soir, qui dénonce le sexisme et le racisme. Selon des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux, les heurts commencent Place de la République : on y voit des policiers traîner des manifestantes dans les escaliers du métro et utiliser du gaz lacrymogène sur la foule. Selon la Police de Paris, 9 personnes ont été interpellées ce jour-là. 

Violences policieres

Selon les forces de l’ordre, la manifestation aurait déviée de son circuit et aurait tentée de se diviser en un cortège sauvage, donnant lieu à des dégradations, qui seraient donc la raison du recours à la violence. Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes s’exprime sur ces exactions via Twitter : "Je suis atterrée de voir que le ministère de l'Intérieur a choisi de déployer des moyens pour réprimer les femmes plutôt que de renforcer les moyens de lutte contre les violences machistes". 

"Des féministes ont été frappées par les forces de l’ordre alors qu’elles manifestaient -notamment- contre les violences sexuelles”, a affirmé de son côté la militante Caroline De Haas, du collectif Nous Toutes. 

Anne Hidalgo, maire de Paris, se dit scandalisée des événements et apporte son soutien aux manifestant(e)s. 

Le recours à la violence lors de cette manifestation fait donc polémique, mais selon le secrétaire d’Etat, l’intervention était justifiée, car la marche n’a pas respecté le chemin, tracé au préalable. Marlène Schiappa, principale concernée, s’est exprimée sur le sujet : elle se dit atterrée de voir que les femmes n’ont pas pu exprimer leurs droits convenablement, mais justifie elle aussi l’intervention. Selon elle, on parle d’une manifestation qui se déroule de nuit, réalisée par des groupes anticapitalistes, antifascistes et féministes, dont certain membres ont intentionnellement déviés du trajet prévu ex ante. L'utilisation de la violence est certes choquante, mais nécessite d’être replacée dans son contexte. 

Aux yeux des manifestantes de la journée du 8 mars, il ne fait pas de doute que ces violences s’inscrivent dans un climat développé en France depuis fort longtemps et qui fait perdre de plus en plus confiance en la justice incarnée par les forces de l’ordre. Certaines déplorent d’avoir peur d’emmener leurs enfants manifester, à cause de ces tensions et de cette violence omniprésente et toutes se déclarent choquées que cet événement se soit produit à la veille de la journée des femmes, qui constitue donc une atteinte à leurs droits. 

 

 

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 10/03/2020