La main mise étrangère sur l'industrie française

Mélaine Lhomme, 07/01/2020


Le site du gouvernement est fier d’arborer le #FIERDENOTREINDUSTRIE car il est vrai que la France possède une solide et forte industrie qui est une part non négligeable de notre économie. Mais il ne faut pas se voiler la face, le temps passant et la crise économique aidant, l’industrie française se fait petit à petit grignoter par les forces étrangères. De quoi se poser des questions sur l’avenir de l’industrie française. 

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Le gouvernement fier de son hashtag

L’un des premiers sites traitant du sujet est celui du gouvernement dont les informations datent de 2015 et n’ont donc pas été renouvelées. Si on le lit, on apprend qu’en France, l’industrie génère 3,1 million d’emploi, 266 milliard d’euro, et représente 12,4% du PIB en 2014. On apprend toutefois qu’entre 2000 et 2014, la part de l’industrie dans le PIB est passé de 16,6% à 12,4%, une baisse qui vient donc ternir cette image d’une industrie forte. Le gouvernement est fier de marquer que l’industrie est ce qui génère une forte exportation et supporte l’aide à l’innovation. Mais rappelons que ces informations n’ont pas été mises à jour depuis 2015 et que l’on a pu noter un ralentissement de notre industrie jusqu’en 2018 où la France était le pays d’Europe dont la part de l’industrie était la plus faible dans son PIB (10% quand la moyenne européenne se situe à 20%)

Quand l’industrie française passe sous pavillon étranger

Face à cette mauvaise santé industrielle, la France doit faire face à une véritable braderie de son industrie qui ne date pas d’hier. Quelques exemples suffisent à montrer l'ampleur des dégâts. Concernant les industries déjà passées sous pavillon étranger, on compte Pechiney, une entreprise privée spécialisée dans l’aluminium, reprise par en 2004 par le canadien Alcan, à son tour racheté par le géant de la mine anglo-australien Rio Tinto. Pechiney est définitivement démantelé en 2007. En 2009, c’est Arcelor, un géant européen (France-Espagne-Luxembourg) de la sidérurgie qui est racheté puis fermé par l’indien Mittal Steel. C’est ensuite au tour de la téléphonie d’être touché par la fusion d’Alcatel avec l’américain Lucent Technologies, devenant ainsi le numéro 2 mondial dans son domaine ; avant d’être racheté par Nokia (Finlande) en 2015. Dernier exemple : Alstom, spécialiste du transport ferroviaire et des systèmes de production d’énergie est approché par un groupe américain (General Electric) et un groupe allemand (Siemens). Le duel est remporté par l’américain, toutefois l’entreprise reste indépendante car l’Etat français y est actionnaire à hauteur de 20%.

L’ogre chinois à l’appétit insatiable ! 

Les chinois et l’investissement, c’est une grande histoire d’amour. Pourtant depuis quelques années, ils boudent l’Europe et l’Amérique, leurs habituelles aires de jeux, … sauf la France (+86% d’investissement chinois en 2018). Les exemples sont nombreux. Axilone Plastique, le fabricant de pièce de métal et de plastique pour les produits de beauté a été racheté en 2018 par CITIC Capital Holdings. Le monde du luxe est touché par la gourmandise chinoise puisque le lorrain Baccarat est devenu à 89% chinois (Fortuna Fountain Capital), le géant de la mode pour enfant Kidiliz s’est fait gobé par Zhejiang Semir Garment (devenu 2e mondial) et les grandes anciennes comme Lanvin, Sonia Rykiel, Sandro ou encore Mage porte désormais l’étendard rouge étoilé. De même, le premier actionnaire de l’empire automobile PSA est le chinois DongFeng. Les chinois ne regardent pas à la dépenses et ne font pas de distinction. Tous les secteurs sont touchés comme en témoigne les petits vignobles français rachetés. Ce fut le cas du château de Gevrey-Chambertin par un homme d’affaire de Macau. Mais les experts estiment que très bientôt les investisseurs chinois s’attaqueront aux domaines plus prestigieux. Enfin, il est possible de parler d’un exemple local. En Normandie, les chinois ont acheté 14 hectares d’entrepôt du port du Havre et il ne s’agit pas d’un cas isolé !

L’industrie de l’aéronautique français un peu plus menacé. 

L’aéronautique est une industrie phare de la France et pourtant elle est, elle aussi, touchée par l’expansion économique étrangère. Preuve en est, la compagnie Air France-KLM a vu deux nouveaux actionnaires arriver : l’américain Delta et le chinois China Eastern. Si cette entrée approuvée à 95% des actionnaires est une façon de relancer l’entreprise en baisse depuis quelques années, il est indéniable qu’il s’agit aussi d’une preuve de l’ingérence étrangère dans les industries françaises. Mais ce n’est pas tout ! Toulouse est la victime de deux rachats du genre : le premier est celui d’une énorme part des actions de l’aéroport de Blagnac par les chinois à hauteur de 49,9% des parts (même si très récemment, le groupe française Eiffage parvient à le racheter) et le second est le rachat de l’entreprise Latécoère par l’américain Searchlight Capital Partners.

Il est donc évident que la France subit les effets de la crise économique et de la concurrence mondiale. Pour autant, on peut remarquer que si certains pays comme l’Allemagne ont du mal à redresser la barre, la France parvient à revenir sur le devant de la scène grâce à ses manufactures qui misent sur le numérique. D’autres industries sont en pleine croissance comme Ubisoft qui profite de la régale étrangère pour s’exporter en vendant 5% de ses actions aux chinois. Des mesures sont également prises pour limiter cette mainmise étrangère comme le décret Alstom de 2014 qui dote l’Etat d’un droit de regard sur les investissements étrangers dans les industries françaises de pointe.

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Date de dernière mise à jour : 07/01/2020