Midterms aux États-Unis, un verdict révélateur de discordances

Elsa Leduc, 16/11/2018


Vous entendez parler des « midterms » aux Etats-Unis sans comprendre leur impact sur la politique du pays ? La voix du Robec vous fait un petit « BrainStorming » à l’Américaine...

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Dessin d’Adrien Tavernier.

Mardi 6 novembre, à la suite des nombreuses campagnes menées par les personnalités pour encourager les Américains à aller voter, ce sont 114 millions d’entre-eux qui se sont déplacés aux urnes en vue d’établir leur nouveau Congrès… Soit 31 millions de plus qu’aux midterms du dernier mandat de 2014 (chiffres d’une enquête du New York Times).

Pourquoi est-ce important ?

Ces chiffres permettent de mettre en évidence le désaccord d’une grande partie de la population avec la politique menée par Donald Trump depuis son entrée en fonctions en janvier 2017. Ce record de participation est déjà perçu comme une victoire pour les citoyens engagés. Mais la plus symbolique est la suivante : pour la première fois depuis 2010, les Démocrates ont triomphé des Républicains à la chambre basse du Congrès (Chambre des Représentants). Les déçus de l’élection présidentielle qui a conduit D.Trump au pouvoir ont ainsi pris une revanche, partielle. La Chambre des Représentants, dont les membres sont élus proportionnellement au nombre d’habitants de chaque État, comprendra désormais 231 sièges démocrates pour 198 républicains. Si 6 sièges ne nous sont pas encore parvenus (ce qui, à cette heure, avive des tensions dans certains États comme la Floride), la majorité est déjà établie, ce dont Donald Trump ne s’est pas vanté. 

En effet, le Président s’est d’abord félicité en ce qui concerne la composition du Sénat, qui reste à majorité Républicaine. Le raz de marée démocrate que son parti appréhendait à été évité de justesse car le chef de l'État conserve tout de même une influence importante sur les 51 sénateurs (sur 100), qui partagent ses opinions à la fois politiques, économiques et sociales. Mais cela n'en reste pas moins une victoire quasi-historique pour le parti adverse.

Mais alors en quoi le pouvoir du président serait-il paralysé?

S’il se montre flatté, Trump n’en demeure pas moins inquiet. Aux États-Unis, le régime est certes « présidentiel », mais c’est le Congrès qui est l’organe le plus puissant. Voilà comment fonctionne le système états-unien. 

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Schéma du fonctionnement du système gouvernemental des États-Unis. 

En effet, il faut obligatoirement que le Sénat et la Chambre des Représentants soient strictement d’accord sur une loi, un budget ou une procédure d’impeachment pour que ces derniers soient adoptés. Si, après le vote dans chacune des assemblées, le verdict diverge, les textes doivent être revisités jusqu’à l’adhésion du Congrès dans son ensemble, ou totalement rejetés.

Face au nouveau Congrès Américain, D.Trump va par conséquent, et nécessairement, disposer de pouvoirs limités. Il n’est plus assuré d’obtenir le soutien de son parlement pour prendre des décisions et devra bien souvent faire des compromis car les démocrates, qui comptent bien remporter les futures élections présidentielles, ne laisseront passer aucune mesure qui contredise leurs valeurs.

L’American Dream de retour ?

Enfin, et c’est un autre record, une centaine de femmes entreront à la Chambre des Représentants. Une vengeance face aux propos sexistes, mais aussi racistes de D.Trump, car beaucoup d’entre-elles sont radicalement opposées aux positions idéologiques du Président : Rashida Tlaib (d’origine palestinienne), et Ilhan Omar, seront les deux premières musulmanes à entrer à la Chambre. Le « plafond de verre » semble s’être brisé, et cet événement historique redonne espoir en l’état d’esprit traditionnel d’ouverture états-unien.

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Date de dernière mise à jour : 16/11/2018