Un plan de déconfinement qui fait débat

Emma Gaheneau, 28/04/2020


Aujourd'hui, 15h, le Premier Ministre Édouard Philippe s'est exprimé au Palais Bourbon devant 75 députés. La Voix du Robec a fait, pour vous, le résumé de ce plan de déconfinement envisagé par le gouvernement.  

 

Telechargement 1

"Nous allons devoir vivre avec le virus" 

Le Premier Ministre commence par un constat : nous ne connaissons pas de traitement véritablement efficace contre cette maladie toujours méconnue, l'immunité collective est loin d'être suffisante et l'économie est en berne, il va donc falloir apprendre à vivre avec le virus. La stratégie nationale repose donc sur trois principes : protéger, tester et finalement isoler. 

Protéger la population en appliquant scrupuleusement les gestes barrières : lavage des mains, distanciation sociale et l'ajout du port obligatoire du masque dans certaines situations. La France a dû gérer le risque de pénurie de masque en multipliant par 5 la production de masque sur le territoire national, puis en réservant les masques pour les soignants au vu de la difficulté d'importation. Les collectivités qui décideront de commander des masques pour leurs administrés se verront remboursées à hauteur de 50% du coût par le gouvernement.  Dès le 30 avril, une plateforme de e-commerce sera lancée par La Poste, des masques conformes y seront proposés.

La deuxième étape pour le chef du gouvernement est de tester.  À partir du 11 mai, 700 000 tests virologiques seront disponibles par semaine. Les scientifiques estiment à 3000 le nombre de nouveaux cas par jour après cette date. Pour chacun de ces nouveaux cas, il faudrait tester 25 personnes de l'entourage immédiat (famille) et non-immédiat (collègues), ce qui éléve le nombre de test à 525 000 par semaine, tout en gardant une marge pour pallier à une éventuelle reprise.  Ces tests seront à la charge de l'Assurance Maladie. Le Premier Ministre appelle à l'aide les médecins et infirmiers libéraux pour effectuer ces tests ainsi que la création de "brigades", en région, qui permettront de tester l'entourage et vérifier l'isolement des personnes contaminées.  

La troisième phase de ce triptyque est d'isoler les populations contaminées afin de casser les chaînes de transmission. D'après Édouard Philippe "l'isolement n'est pas une punition mais bel et bien une mise à l'abri". Les contrôles n'auront lieu que s'ils sont véritablement nécessaires et le gouvernment compte avant tout sur la responsabilité individuelle et le civisme de chacun. L'isolement peut alors se faire de deux manières : soit l'isolement de tout le foyer pendant 14 jours, soit un isolement dans un établissement réquisionné, comme un hôtel. 

Sur la question de l'application Stop Covid, Édouard Philippe estime qu'elle ne doit être utilisée que de façon complémentaire à ces trois étapes car il est d'après lui "difficile de prévenir celui qui a partagé votre rame de métro à 7h du matin". Les questions de liberté publique et individuelle sont fondées et elles doivent faire l'objet d'un vote. D'après lui, cette question doit faire l'objet d'un débat et d'un vote spécifique, qui sont pour le moment, prématurés.  

Enfin, avant de présenter son plan, le chef du gouvernement  rappelle que les français doivent faire preuve de la plus grande rigueur car c'est à cette condition que le déconfinement sera posssible le 11 mai, en fonction des territoires et après une vérification du nombre de cas département par département. Le déconfinement sera réévalué toutes les trois semaines. 

La rentrée scolaire 

Édouard Philippe estime la reprise de l'école impérative sur le plan pédagogique et nécessaire sur le plan de la justice sociale, et elle doit évidement être conciliée avec les mesures sanitaires connues. Le 11 mai : les crèches réouvriront avec un nombre maximum de 10 enfants par groupes, avec une possibilité d'accueillir plusieurs groupes si ils ne se croisent pas dans la structure. Les écoles maternelles et primaires réouvriront le même jour sur tout le territoire, avec un nombre de 15 élèves maximum par classes et sur la base du volontariat. Le port du masque sera prohibé en marternelle et des masques pédiatriques seront mis à disposition en primaire, si un enfant vient à montrer des symptômes en cours de journée, il devra le porter le temps que ses parents puissent venir le chercher. Au collège, à partir du 18 mai et seulement dans les départements où la propagation du virus est faible, la reprise commencera par les classes de cinquième et sixième, avec un port du masque obligatoire, certains seront même fournis par l'établissement par le truchement des préfets et des départements. Enfin, fin mai, sera élavuée la possibilité pour les lycéens de revenir en cours. Le Premier Ministre rappelle que l'enseignement à distance restera gratuit. 

La reprise du travail

Pour le Premier Ministre, en ce qui concerne le travail  "il n'y aura pas d'avant et après 11 mai"  : le télétravail doit être maintenu partout où cela est possible, au moins dans les trois prochaines semaines pour limiter les contacts. Il enjoint également les entreprises à privilégier les horaires décalés pour limiter le nombre de salariés se trouvant au même moment dans les locaux et éviter les horaires de pointes dans les transports.  

Les commerces 

Date très attendue par les commerçants, les magasins réouvriront bien le 11 mai, tous sauf les cafés/restaurants dont le sort sera réévalué le 2 juin. Les marchés seront en général autorisés, sauf dans le cas où le maire ou le préfet en décide autrement pour des raisons de sécurité. Certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, qui attirent des clients en dehors du bassin d'habitation, pourront se voir fermés. Et enfin l'accès au magasin pourra être soumis à une limite de personnes présentes dans les locaux ou au port du masque. 

Les transports

Eux aussi réouvriront le 11 mai avec toutefois des adaptations nécessaires. comme la condamnation d'un siège sur deux et le port du masque obligatoire dans les transports publics et les taxis/vtc. La capacité du métro parisien sera réduite et le premier ministre souhaite un fléchage clair des distances de sécurité à respecter dans les rames et sur les quais. De plus, Édouard Philippe rappelle que ce n'est pas le moment pour les français de partir en week-end. Bien que les attestations de sorties disparaitront pour les trajets quotidiens, il en faudra une pour "les déplacements à plus de 100km du domicile, qui ne seront possibles que pour un motif impérieux, familial ou professionnel". 

La reprise de la vie sociale 

En ce qui concerne les plus agés et les plus fragiles d'entre nous, aucune attestation ne sera nécessaire mais le premier ministre appelle à la vigilance et à la patience. Une activité sportive individuelle sera de nouveau autorisée, ce n'est pas le cas des cours collectifs en intérieur et des sports de combats et contacts. La reprise de la saison de football ne se fera qu'en septembre d'après le premier ministre.  Les grands parcs et les plages ne seront accessibles qu'au 2 juin, sauf en cas de deuxième vague, tout comme les grands musées, les cinémas, les salles de théâtre et de concert. A contrario, les petits musées, les bibliotèques et les médiathèques pourront réouvrir le 11 mai prochain. Tous les événements rassemblant plus de 5000 personnes ne pourront pas se tenir avant septembre. Pour ce qui est des lieux de cultes, ils réouvriront également mais les cérémonies ne pourront avoir lieu avant le 2 juin. La seule exception est celle des cérémonies funéraires qui peuvent être organisées, en présence de 20 personnes seulement. Enfin Edouard Philippe rappelle que les rassemblements de plus de 10 personnes seront interdits. 

Un plan qui fait débat 

Après l'annonce du plan de déconfinement voulu par le gouvernement, Édouard Philippe rappelle qu'il aurait pu être annoncé lors d'une conférence de presse ou sur un plateau télévisuel. Il répond ici aux nombreuses critiques des députés qui ne se sont vu laisser que quelques heures pour débattre du plan et pour voter, vote qui ne sera que consultatif. Un véritable refus de démocratie pour certains députés qui réclament au moins 24h pour débattre du texte. 

Le Premier Ministre, à la fin de son discours, met également en garde contre les commentateurs politiques qui d'après lui "sont passés du café du commerce aux plateaux tv" pour faire leurs commentaires. Il fait ici référence aux nombreuses figures politiques qui savaient, dès le début, comment endiguer cette crise sanitaire sans précédent. 

Il rappelle toutefois que le but, est pour lui et pour son gouvernement, d'adapter au mieux ce plan de déconfinement en fonction des avis des élus de la République. 

 

 

 

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 29/04/2020