Protoxyde d'Azote : Les maires réagissent

William Lacaille, le 24/09/2019


Le protoxyde d'azote, surnommé "proto", qui n'était à l'origine qu'un simple gaz, utilisé en cuisine pour faire monter une chantilly dans un siphon, est devenu depuis ces dernières années un véritable objet de shoot en soirées. Mais la riposte des maires s'est enclenchée depuis quelques semaines.

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Restes d'une soirée au "Proto" à Saint Etienne du Rouvray

Considéré comme la drogue du pauvre, le nouveau poppers des jeunes ou la nouvelle tendance pour se défoncer, le protoxyde d'azote semble de plus en plus présent sur le territoire et notamment en soirées. 

Cette cartouche de gaz à l'allure inoffensive est pourtant très prisée pour ses effets comparable au «Gaz Hilarant». Ce qui fait son atout : une facilité pour s'en procurer car il ne nécessite pas d'ordonnance, il est disponible dans les grandes surfaces, sur internet et même dans quelques épiceries, il n'y a pas de restriction d'âge, ce n'est pas considéré comme un produit stupéfiant. Ce mélange est le cocktail idéal pour une expansion très rapide de ce produit dans les soirées. Souvent vendues en lots, les cartouches peuvent coûter 30 centimes l'unité.

Équipés de ces cartouches et de ballons de baudruche, qui ne coûtent pas grand chose non plus, les jeunes débarquent aux soirées et se réunissent pour une prise collective. Ils remplissent leur ballon avec le gaz contenu dans la cartouche et l'aspire à plusieurs reprises. 

Un témoin, qui restera anonyme, nous explique ses effets : «Les premières sensations sont instantanées, tu ressens directement les effets : une sensation de chaleur et une forte euphorie, incontrôlable et une distorsion visuelle. Ça peut durer de 30 secondes à 2 minutes pour être large, avant de revenir à la normale»

Ces effets semblent dérisoires par rapport aux drogues les plus dures, mais ne sont pas moins sans conséquence. En effet cette rechute très rapide pousse généralement l'individu à reprendre du protoxyde d'azote, le fait qu'il ne soit pas cher pousse également à un achat plus conséquent. Il peut y avoir des cas de dépendance, comme à une drogue réelle lors d'une tentative de sevrage.

La prise de protoxyde d'azote est assez récente dans notre société (depuis les années 2010) mais il est déjà possible de voir quelques effets sur le long terme d'une prise régulière de ce gaz : une dégénérescence neuronale qui peut provoquer par la suite des pertes de mémoire ou des problèmes cardiaques. Mais le risque le plus grand est dans l'immédiat. 

Comme dit précédemment, les prises sont collectives et simultanées, personne n'est en état de surveiller les autres. Outre le fait que le gaz soit très froid et risque de créer des gelures, cet état d'euphorie qui cause parfois une perte de la notion de discernement ou même de la sensibilité et le manque d'équilibre avec la distorsion peut mener à des chutes parfois graves. Une chute depuis une fenêtre ou un balcon est possible et serait potentiellement invalidante voir mortelle. De plus, la prise trop rapide et soudaine de ce gaz pourrait également mener à la mort. 

L'autre problème qui peut être soulevé avec cette consommation de cartouches c'est qu'elles sont, pour la plupart, jetées à terre et ce sont les services de nettoyage qui les ramassent ensuite. Une nouvelle pollution car les cartouches sont en métal et ne se dégradent pas naturellement.

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Les cartouches jetées se retrouvent dans la nature, un nouveau problème de pollution

Mais depuis quelques semaines, la réaction politique se fait de plus en plus forte. Les maires commencent à interdire la vente de ces produits aux mineurs pour endiguer ce fléau. Il a été plusieurs fois questions de mineurs sous l’emprise de ce gaz, même pour des collégiens. Des communes comme Nîmes, Seclins ou encore Linselles ont réagi très rapidement en interdisant par un arrêté la vente aux individus âgés de moins de 18 ans. 

Mais malgré cela, beaucoup de communes n’ont pas encore réagi face à cela et le phénomène n’est pas près de s’arrêter. Entre les personnes qui y voient un trafic potentiel et les gens qui n'y voient que le bénéfice que cela peut apporter à leur commerce, cette mesure semble aller au ralentie. De plus, cette mesure d'interdiction ne concerne que les mineurs, c'est à dire que les étudiants à l'université peuvent en acheter sans aucunes crainte, ce qui ne résout que partiellement la question. 

Enfin l'ultime contrainte de cette réglementation est la question de la légalité de la vente de ce produit. Car il est possible pour les mineurs d'acheter sur internet ces cartouches pour un prix dérisoire. La mairie ne peut contrôler l'intérieur du colis et ne peux pas non plus s'assurer de l'acheteur. Par conséquent, les mineurs peuvent encore se fournir sur des sites de ventes en ligne sans être réellement inquiétés.

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Date de dernière mise à jour : 24/09/2019