Quand le jaune éclipse le violet

Emma Gaheneau, 04/12/2018


Le 19 novembre dernier, une tribune était publiée sur France Info et Médiapart contre les violences faites aux femmes. Six-cents femmes l’ont signée car « l’impunité doit cesser ». Parmi les signataires, nous pouvons retrouver les noms de journalistes comme Rokhaya Diallo et Audrey Pulvar, de femmes politiques comme Cécile Duflot ou Ericka Bareigts ou enfin de personnalités plus connues du grand public comme la dessinatrice Pénélope Bagieu et la chroniqueuse TV et entrepreneure, Hapsatou Sy. 

Photo prise lors de la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles à Rouen le 24 novembre.

Nous Toutes, le collectif à l’origine de cette pétition, a appelé à marcher le samedi 24 novembre, veille de la Journée nationale contre les violences faites aux femmes. L’appel a été entendu jusqu’à Rouen où plus de 250 femmes ont défilé pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Parmi elles, la représentante régionale du collectif Nous Toutes a accepté une interview pour La Voix du Robec. Malgré son jeune âge, son engagement associatif est total : « Je me suis engagée en septembre, suite à un post sur Facebook. J’ai créé Nous Toutes 76. Le féminisme n’est ni plus ni moins que de l’humanisme, mon engagement semblait logique ». 

#NousToutes, une suite naturelle au mouvement de 2017

Ce mouvement se bat contre les violences sexistes et sexuelles, mais quelle est la différence ? Les violences sexistes reflètent des relations de pouvoir inégales entre femmes et hommes dans la société et notamment dans le monde du travail. Les violences sexuelles désignent, quant à elles, tout acte de nature sexuelle non consenti et donc imposé par une contrainte psychologique ou physique. 

« Le mouvement #NousToutes est une suite aux hashtags #metoo et #balancetonporc » ; en effet, un an après l’Affaire Weinstein et la libération de la parole des victimes sur les réseaux sociaux, « le combat continue ». D’après la représentante interrogée, les victimes ne doivent plus avoir honte de s’exprimer sur leurs agressions et même si les hashtags pouvaient paraître violents, il fallait peut être en arriver là pour prendre conscience de la banalité des agressions sexuelles et sexistes. 

Une réponse du Gouvernement jugée tardive

En août dernier, déjà, le gouvernement a durci la loi : un outrage sexiste peut maintenant être puni par une amende allant de 90 à 1500 euros, en fonction des circonstances aggravantes ou de la récidive. Un bon début pour la représentante du collectif de Seine Maritime, mais elle attend de réels résultats. Rappelons qu’en 2017, sur 254 viols ou tentatives de viol perpétrés chaque jour en France seulement 1% ont été condamnés. 

Flyer distribué par le collectif Nous Toutes lors de la marche.

De plus, deux jours après la marche, le gouvernement annonçait l’ouverture d’une plateforme de discussion en ligne pour accompagner les victimes ou les témoins dans leurs démarches. Il faut pour cela aller sur le site internet service-public.fr, puis choisir la rubrique « service en ligne » et enfin « signaler une violence sexuelle ou sexiste », puis rentrer un code postal. De fait, la prise en main peut paraître longue et compliquée, notamment pour les victimes pouvant être en état de choc, nous fait remarquer notre interlocutrice. 

Quelques bons points sont tout de même à noter : une trentaine de policiers se relaient 24/7 pour répondre en direct à toute interrogation. Ce service est également ouvert aux témoins pour les accompagner dans l’aide aux victimes. L’anonymat est respecté si les utilisateurs le souhaitent et le chat peut être fermé à tout moment. Un service à développer et surtout, dont il faudrait faire la promotion. 

Un manque de couverture médiatique flagrant

« Depuis Septembre, à mon entrée dans le collectif, la date de la manifestation était connue. » A la veille d’une journée symbolique pour les droits des femmes, les médias ne pouvaient pas passer à côté et pourtant… La représentante du collectif Nous toutes 76 s’est appuyé sur une association déjà bien ancrée dans le paysage rouennais : Droits des femmes Rouen ; et dès octobre, elles organisaient main dans la main la manifestation, les démarches administratives et la diffusion de l’information sur les réseaux sociaux. Au vu du travail fourni par le collectif, la porte-parole haut-normande était très déçue de ce manque de considération : « ce manque de réaction de la part des médias nationaux et locaux n’est qu’un reflet de ce qui se passe dans la vie des femmes au quotidien : le manque de reconnaissance ».  Elle se rend toutefois à l’évidence : « toutes les causes sont bonnes à mener et nous avons tous nos revendications ». Mais il est indéniable qu’une vague de gilets jaunes a étouffé la parole du mouvement violet dans les médias français. 

Ces collectifs se réjouissent malgré tout de l’accueil populaire de cette marche et préparent celle du 8 mars 2019, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, que La Voix du Robec ne manquera pas de relayer sur ses réseaux.

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Date de dernière mise à jour : 04/12/2018