Que doit-on retenir de la conférence de presse d'Emmanuel Macron ?

Emma Gaheneau, le 03/05/2019


Le 25 avril dernier, Emmanuel Macron s’essayait pour la première fois de son mandat à l’art de la conférence de presse. Celle-ci était organisée en conclusion du grand débat national, lancé en janvier 2019.Emmanuel macron

Le président Emmanuel Macron s'est exprimé le 25 avril dernier lors d'une conférence de presse très attendue

C’est devant un parterre de 300 journalistes que le locataire de l’Élysée s’est installé à son bureau à 18h05. Son discours préliminaire devait, d’après son entourage, durer une vingtaine de minutes, mais c’est au bout d’une heure que la litanie s’arrête. Le président adopte un débit de parole rapide, comme s’il avait peur de manquer de temps pour s’expliquer sur la politique qu’il mène depuis maintenant deux ans. Rapide certes, mais son calme est olympien et les mots sont particulièrement bien choisis, comme s'il voulait éviter la petite phrase qui choquerait les français. S’ensuit 1h30 d’échange avec les journalistes, où Emmanuel Macron répondra à 15 questions.

La forme était donc attendue, le président a voulu affirmer sa position régalienne. Voici maintenant ce qu’il faut retenir du fond.

Rendre la démocratie plus représentative et non plus participative 

Emmanuel Macron a commencé son discours en évoquant le fonctionnement institutionnel français, et plusieurs changements sont à prévoir comme l’introduction d’une dose de proportionnelle à hauteur de 20% à l’Assemblée Nationale et l’augmentation du  taux déjà existant au Sénat. Il évoque également une baisse significative de 25 à 30% du nombre de parlementaires.

La représentation augmente donc mais pas la participation : la reconnaissance du vote blanc et le vote obligatoire ne sont pas retenus par le Président qui y a pourtant “longuement réfléchi”.

C'est aussi une fin de non-recevoir pour la revendication phare des Gilets Jaunes, le RIC (Référendum d'Initiative Citoyenne). Emmanuel Macron entend réformer le  Référendum d’Initiative Partagée, qui est aujourd’hui compliqué à mettre en place car il nécessite 4,5 millions de signataires. Le Président souhaite un abaissement à 1 million de signataires par pétition.

Il veut également compléter l’effectif du CESE avec 150 citoyens tirés au sort dès l’été. À l’heure actuelle, le Conseil Économique, Social et Environnementale compte 233 membres représentant la société civile. Ce conseil, peu connu, est pourtant la troisième assemblée de la République, il a un rôle consultatif auprès du parlement et du gouvernement.

Pour augmenter la représentativité, le chef de l’Etat souhaite accentuer la décentralisation du pouvoir, essentiellement concentré à Paris ; les élus nationaux n'allant pas suffisamment à la rencontre des concitoyens. Il compte redonner du pouvoir aux préfets et aux maires, et annonce le déploiement de maisons “France Service” qui faciliteront les démarches administratives.   

Fiscalité et pouvoir d’achat

Le Président a annoncé une baisse importante de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes. Le financement de cette baisse de 5 milliards d’euros reste flou, il faudra cependant que “les français travaillent plus”.  Macron reconduit également la prime exceptionnelle défiscalisée qui n’est toutefois pas obligatoire pour les entreprises. Pour aider les retraités, les pensions de moins de 2000 euros seront réindexées sur l’inflation à partir du 1er janvier 2020.

Encore une fois, la parole des gilets jaunes n'est pas entendue : le Président confirme qu'il ne reviendra pas sur la suppression de l’ISF.

Ecologie et jeunesse

L’écologie est aujourd’hui au centre des préoccupations internationales, notamment de la jeunesse grâce aux mouvements de grève scolaire lancés en août 2018 par Greta Thunberg. Est à remarquer, le manque de propositions du Président qui se résume à la création d’un Conseil de défense écologique composé de 250 citoyens tirés au sort. Il aura pour but de créer un “agenda de la transition écologique” afin de la rendre plus compréhensible et de mieux l’organiser, pour l’horizon 2025.

La jeunesse est également absente du discours présidentiel. Il évoque seulement la création et la systématisation de campus universitaires connectés. Une attention particulière est néanmoins donnée aux classes primaires, lorsqu’il annonce vouloir “étendre le dispositif de dédoublement de classes jusqu’au CE1” et soumettre la fermeture d'écoles à l'autorisation préalable des maires.


Emmanuel Macron le dit dès le début de son allocution : il ne compte pas revenir sur la politique qu’il mène, car il “ne fait pas fausse route”. Pourtant, le Président s’excuse à plusieurs reprises. Ce mea culpa, il le fait, non pas sur le fond, mais sur la manière dont les mesures ont été prises par son gouvernement et le manque de clarté dans le travail de ses équipes. Il ne donne que peu de détails et botte vite en touche lorsque les journalistes le constatent : il laisse le soin au gouvernement et aux députés de s’occuper des éléments concrets lors de la session parlementaire estivale. Il faudra donc attendre septembre pour obtenir plus de précisions quant aux annonces du Président.

 

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Date de dernière mise à jour : 03/05/2019