Tensions en plein confinement

Mélaine Lhomme, 05/05/2020


Alors que le confinement bat son plein et que le 11 mai, date envisagée du déconfinement, se rapproche, les tensions grandissent dans certains quartiers. Les exemples se multiplient en France où la police tente d’imposer l’ordre et où les dégradations vont bon train sur fond de bavures policières.

 

Voiture police nationale en intervention strasbourg

Tensions à Villeneuve-la-Garenne

Tout commence par un “accident” survenu dans la soirée du samedi 18 avril. Un trentenaire, au casier judiciaire fourni, circulait sur une moto de cross sans casque et a percuté une portière de voiture de police banalisée qui se trouvait alors “à l’arrêt à un feu rouge”. Le motard se brise la jambe et aussitôt la police est incriminée sur les réseaux sociaux, vidéos de témoins à l’appui. Deux scénarii se dessinent très vite : la victime et les témoins parlent d'une agression, la police ayant volontairement ouvert la portière au moment du passage du jeune homme ; ce dont la police se défend. La tension monte et les effets sont presques immédiats puisque dans la nuit de dimanche à lundi, la tension se transforme en altercations. Ça et là dans les banlieues d’île-de-France, des voitures et des poubelles sont incendiées, la police est prise à partie et attaquée à coup de feux d’artifice. Malgré les interpellations, les tensions ne diminuent pas. Bien au contraire, elles se multiplient dans le pays suite à cet accident rapidement taxé de “racisme policier”. Le jeune homme a été  transporté à l’hôpital Beaujon (Clichy) dans la nuit même afin d’être opéré puis transféré à l’hôpital Bichat pour une complication dû à une artère. Dès le lundi matin, le blessé a porté plainte et l’Inspection Général de la Police National a été saisi afin d’enquêter sur la nature de cet “accident”. 

À Toulouse, la quartier du Mirail s’enflamme

Dans ce quartier bien connu des services de police, les tensions de Villeneuve-la-Garenne s’y exportent sur fond de trafic narcotique. Avec le confinement, le business que représente la drogue dans ce quartier de Toulouse s’est vu fortement affecté. Les consommateurs sont sur les dents du fait de la raréfaction des vendeurs. Pour cette raison, la moindre altercation menace d’exploser. C’est ce qui s’est produit dans la soirée du 21 avril. Le schéma des altercations s’est reproduit : feux de poubelles, voitures incendiées, tirs de feux d’artifice sur la police ainsi que d’autres projectiles comme des cocktails molotov … La police a dispersé la foule d’assaillants à coup de grenades lacrymogènes. Personne n’a été interpellé mais les tensions demeurent car cette fois-ci encore l’abus exercé par les forces de police pendant le confinement est bien présente. À Toulouse, c’est une jeune femme accusée d’avoir accroché une bannière “Macronavirus à quand la fin ?” à la façade de son immeuble qui a été inculpé pour “outrage au chef d’État” alors que ce délit n’existe plus dans le droit français depuis 2013 suite à la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Ce zèle policier va à l’encontre de la liberté d’expression alors que cette jeune femme souhaitait dénoncer la gestion de la crise du COVID-19 par le chef d’État. Néanmoins, au vu de la charge “fantôme” retenue contre elle, la jeune femme a été relâchée quelques heures plus tard. 

Heurts sur la Seine

La soirée du dimanche 26 avril a été mouvementée sur les Hauts-de-Rouen. À l’origine de la tension : une vérification des attestations de déplacement sur une quinzaine de jeunes. La police s’est vue obligée de faire barrage durant plusieurs heures car bien que les tensions se soient calmées après cette altercation, elles ont repris du plus belle dans la soirée alors que les jeunes tendaient des guet-apens aux policiers effectuant des rondes dans le quartier. Des poubelles et des engins de construction ont été incendiés. La police a été, une fois de plus, la cible de tirs de mortiers de feux d’artifice. En conséquence de quoi, elle a dû répondre à coup de gaz lacrymogène afin d’imposer la dispersion des éléments perturbateurs. Aucune personne n’a été interpellée. Plus haut sur la Seine, en Seine-Saint-Denis, un homme poursuivi par la police s’est jeté dans les eaux du fleuve à deux heures du matin. Si au premier abord, ce bain de nuit improvisé n’a rien de choquant, il n’en est rien puisque cette course-poursuite est également teinté de “racisme policier”. De retour sur la terre ferme et arrêté par la police, l’inculpé a fait l’objet d’insultes à caractère raciste : “Un bicot comme ça, ça nage pas” ou encore “Tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied”. Insultes très mal venues dans ce lieu marqué par le massacre de manifestants algériens jetés à la Seine par la police, provoquant de nombreux morts par noyade, survenu le 17 octobre 1961 ...

À ce jour, aucune victime n’est à déplorée bien que la police, fortement menacée, doit faire usage de “l’armement collectif” qu’elle assure “garder sous contrôle”. Également, la police dit “enquêter” sur toutes actions “abusives” et/ou “racistes” des membres des forces de l’ordre. Mais le ras-le-bol du confinement continu de se faire sentir surtout dans les quartiers “sensibles”. Le 11 mai, le déconfinement devrait avoir lieu et si la population s’autorise le droit de ressortir comme avant, à l’image des foules qui font fi du règlement et qui se baladent (parfois même sans protection !) sans que la police ne vérifie les attestations et leurs véracités, le risque d’une seconde vague de Covid-19 et donc d’un nouveau confinement est à envisager, tout comme les tensions qui iront de pair. 

 

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Date de dernière mise à jour : 05/05/2020