Lemon Insect : on se met à l'entomophagie ?

Mélisande Queïnnec, 29/01/2019


Le réchauffement climatique est inéluctable. C’est ainsi que de nombreuses démarches « grand public » visant à le limiter et à éveiller les consciences ont émergé ces derniers mois sur le web (Il est encore temps, L’affaire du siècle, Ça commence par moi...). Avec, souvent, le même constat : pour lutter contre le réchauffement climatique, il va nous falloir remettre en question notre manière de vivre et de consommer… et diminuer la viande.

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Etal d'instectes sur un marché en Asie

La pollution provoquée par les gaz à effet de serre contribue largement au réchauffement climatique, et les élevages d’insectes polluent 10 à 100 fois moins que les élevages d’animaux (Oonincx et De Boer, 2012). Et outre le réchauffement climatique et la pollution, nous devrons affronter un changement tout aussi préoccupant : le manque d’eau potable. Dans les pays Occidentaux, nous fonctionnons au quotidien comme si l’eau était une ressource inépuisable. Pourtant, il en faut 15 000 litres pour produire seulement ​​1 kg de viande de bœuf !

Ingénieur, aventurier, navigateur et fondateur de l’association Gold of Bengal, Corentin de Chatelperron fait partie des adeptes du low-tech : vivre avec peu et faire beaucoup. Depuis quelques mois, il parcourt le monde à la recherche d’initiatives eco-friendly à bord d’un catamaran, le Nomade des mers. Et comme 2,5 milliards de personnes à travers le monde (Durst, 2008), Corentin consomme quotidiennement des insectes… Ses préférés : les grillons, qu’il élève lui-même et qui demandent très peu d’eau ! Les consommateurs d’insectes représentent ainsi près d’un tiers de la population : on les appelle les entomophages. Et si on s’y mettait ?

Insectes préhistoriques

L'entomophagie est une manière de s’alimenter qui tend à se démocratiser… Grillés ou frits, les insectes sont sains et bourrés de protéines. Mais il n’est pas toujours facile de dépasser l’aspect visuel de l’insecte pour oser se régaler d’un ver de farine, d’un criquet, d’une punaise d’eau ou même d’un scorpion…

Pourtant, cette pratique est bien plus ancienne que ce que l’on pourrait croire. Déjà, sous Aristote (384-322 avant J.C), il était courant de consommer des insectes comme des criquets ou des cigales, que l’on soit riche ou pauvre. Dans la Bible, le Coran ou la Torah, on les mentionne comme faisant partie intégrante de l’alimentation humaine (« Voici donc celles que vous pourrez manger : les différentes espèces de sauterelles, criquets, grillons et locustes », Lévitique, 11.22). Des fragments d’insectes ont même été découverts dans des coprolithes (excréments fossilisés) d’Homo sapiens… Quand la chasse était difficile, les insectes apportaient aux Hommes certains éléments essentiels à leur bon fonctionnement, tels que le fer, le zinc ou encore la vitamine B12.

En Europe et en Amérique du Nord, nos habitudes de consommation ont changé, et il paraît maintenant difficile de croire que nous avons un jour consommé régulièrement des insectes. Pourtant, réintroduire ces petites bêtes dans nos assiettes présente une multitude d’avantages.

51162302 1857883187673259 6116227806838915072 nVous reprendrez bien un ver ?

Mais t’avais dit qu’on ferait des criquets

Les Inconnus l’avaient compris : « Les insectes sont nos amis, il faut les aimer aussi… » ! La population mondiale augmente massivement et de nombreux pays sont touchés par la famine. En 2010, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a estimé à un milliard le nombre de personnes en situation de sous-nutrition… Les insectes apparaissent donc comme une bonne solution. Ils ont l’avantage d’être très nombreux et de se reproduire vite (environ 1900 espèces comestibles d’après la FAO), de se trouver aux quatre coins du globe et d’être assez faciles à produire chez soi car peu gourmands en termes de place. Partant de ce constat, de plus en plus d’occidentaux se lancent dans ce business croustillant !

Par ailleurs, les insectes ont des valeurs énergétiques intéressantes : un grillon contient plus de 20 grammes de protéines pour 100 grammes, soit autant que le bœuf, mais il est beaucoup moins calorique et presque deux fois moins gras. Il contient beaucoup plus de calcium, de magnésium et de vitamine B12 que le poulet, par exemple. C’est donc le partenaire idéal d’un régime healthy et il pourrait véritablement contribuer à lutter contre la sous-nutrition.

Si la vente d’insectes se développe en Europe, ils restent chers... Cependant, différents modes de consommation existent pour les intégrer doucement (mais sûrement) à notre alimentation. Les insectes préalablement déshydratés peuvent être broyés et transformés en farine servant à agrémenter pâtes et gâteaux, ils peuvent être frits, bouillis, caramélisés, servis en soupe ou à l’apéritif… Tout est possible !

Les vers de farine, minuscules, ont un goût très proche de celui des Curly une fois grillés. On peut les consommer très facilement en apéritif, et il est plutôt facile de passer outre leur aspect. Frits, les insectes de la famille des orthoptères, comme les criquets, les grillons ou les sauterelles, sont croquants et salés. « Ça peut paraître un peu fade nature, mais tout dépend de l’assaisonnement. J’ai goûté paprika et ail et fines herbes et le goût m’a plu », explique Sophie, une adepte. À 26 ans, cette étudiante en gestion des organisations d’économie sociale et solidaire, investie dans plusieurs associations, a osé l’entomophagie pour prolonger son engagement jusqu’à son assiette. Pari réussi !

Convaincus ? Vous souhaitez vous mettre à l’entomophagie ou simplement goûter, par curiosité ? N’hésitez pas à vous rendre sur ce site https://bit.ly/2DB8BX0, où vous pourrez vous procurer insectes à croquer, pâtes à la farine d’insectes et même barres de céréales, et à regarder le documentaire Bugs d’Andreas Johnsen pour plus d’informations. http://www.alimenterre.org/bugs

 

 

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Date de dernière mise à jour : 29/01/2019