A qui perd, gagne

Louis Lesueur, 11/06/2019


La saison de football s’est achevée hier, pour l’Europe tout du moins, tandis que la Copa America et la Coupe d’Afrique des Nations viendront elles conclure l’année américaine et africaine. Le Portugal s’est imposé contre les Pays-Bas en finale de la Ligue des Nations (1-0), définitivement le pays des perdants magnifiques.

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Erik ten Hag (à gauche) et Ronald Koeman (à droite), tous deux à la tête d'équipe marquante de cette saison

«Peu importe le nombre de buts que concède mon équipe, l’essentiel est qu’elle en marque un de plus ». Popularisée par Johan Cruijff, cette célèbre maxime est pourtant l’œuvre de Gustav Sebes, sélectionneur de la fabuleuse équipe de Hongrie des années 50. Cette citation suit désormais les équipes vaincues, sur le tableau d’affichage mais pas dans les idées ni dans les cœurs. Cette année 2019 est venue confirmer cette règle, avec les défaites de ces équipes magnifiques que sont l’Ajax Amsterdam (en demi-finale de Ligue des champions contre Tottenham) et les Pays-Bas (en finale de la Ligue des Nations, donc).

Dominés dans la finale de cette nouvelle compétition, les Néerlandais ont subi les assauts portugais et se sont inclinés au terme d’une remarquable action entre Bernardo Silva et Gonçalo Guedes (le buteur), pour l’unique réalisation du match. Visiblement émoussés pour beaucoup d’entre eux, les joueurs bataves n’ont pu déployer leur jeu, d’habitude, si flamboyant, qui l’a moins été dimanche soir à l’Estadio do Dragao de Porto. Mais, sur certaines actions, on a pu retrouver les passes et les mouvements dévastateurs qu’Oranje, et Ajacides ont déployé tout au long de cette saison et depuis même deux ans maintenant. Un jeu que Pep Guardiola résume évidemment mieux que personne : « le ballon nous organise et désorganise l’adversaire ». Erik ten Hag (entraîneur de l’Ajax), comme Ronald Koeman (sélectionneur des Pays-Bas), imprégnés des théories de Cruijff et de l’exemple plus récent de Guardiola, aiment voir leur équipe pratiquer un jeu plaisant, de mouvement, où le ballon, la possession et la science de l’espace sont aux centres des attentions. Cruijff : « l’espace sur le terrain est le fil rouge de ma vision du jeu : il s’agit surtout de créer de l’espace pour soi-même. Pour ce faire, la phase de préparation de l’action est cruciale ». Cette idée coule dans le sang de ces deux tacticiens. Tout le monde a en tête des actions débutés par une relance du gardien (Onana à l’Ajax ou Cillessen avec les Pays-Bas), relayés par De Ligt et Blind avant que De Jong et van de Beek (tous les quatre jouent dans les deux équipes) ne fassent progresser leur équipe par une course folle ou une passe dévastatrice avant une conclusion non moins belle d’un des attaquants. Cette action de l’Ajax en quart de finale de la Ligue des champions contre la Juventus le prouve, bien que la finition de Ziyech vienne ici gâcher ce sublime enchaînement.

Au cœur d’une ère footballistique où le football guidé par des entraîneurs comme Guardiola, Pochettino, Klopp et maintenant ten Hag entre dans une nouvelle dimension, les coachs laissant de côté le ballon (Conte, Allegri, Mourinho, Simeone) sont lésés. Le Portugais affirme même baser son jeu sur une idée bien précise, « l’équipe qui possède le plus le ballon a le plus de chance de faire une erreur qui peut provoquer une occasion dangereuse voire un but ». Ce principe qui a prévalu pendant quelques années est désormais dépassé. Malgré des résultats satisfaisants, le football ne peut être que vecteur de résultat. Le plaisir doit en être le vecteur. Auparavant, cette émotion était majoritairement véhiculée par les victoires. Désormais, elle le sera par le jeu, comme Marcelo Bielsa, maître en la matière l’avait indiqué. « Pour moi, il faut châtier celui qui sacrifie la manière et la beauté du jeu. Les plus pauvres ont seulement le football pour se divertir et ça me coûte de dire qu’on aurait seulement des résultats à leur offrir ». L’Ajax Amsterdam et les Pays-Bas ont perdu sur le terrain, le tableau d’affichage ne leur était pas favorable mais quel plaisir nous ont offert ces deux équipes. Une nouvelle philosophie est installée : à qui perd sur le terrain, doit au moins gagner le cœur des suiveurs. A ce petit jeu, Amstellodamois comme Néerlandais ont vaincu haut la main.

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Date de dernière mise à jour : 11/06/2019